Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Le Ministre de l'Education Vincent Peillon a suscité de la surprise en annonçant récemment son intention d'introduire des cours de "morale laïque" à l'école ...De la surprise, mais non de l'hostilité, ...au contraire, car le plus grand nombre des Français, et notamment les "acteurs" de l'école - administrateurs, enseignants, parents, et les élèves eux-mêmes - déplorent sa crise actuelle et ne peuvent qu'approuver toute mesure susceptible de lui rendre la qualité qui lui valait encore au milieu du 20ème siècle l'un des premiers rangs dans le monde...
Il convient néanmoins de s'entendre sur les termes, qui peuvent prêter à confusion. L'évocation de la "morale" renvoie à sa définition, et celle-ci a évolué avec le temps : elle a d'abord été associée à la religion comme une "science du bien et du mal" - à l'image du Décalogue de la Bible - avant de s'élargir à partir du 18ème siècle à la nécessité de "règles de conduite" dans la société ...Et, à ce titre, elle apparaît dans l'école primaire fondée en 1881 par Jules Ferry, qui la qualifie de "laïque" au sens de l'indépendance à l'égard de toute doctrine religieuse ou philosophique ...et non pas de "l'anti-religion" prônée par les adversaires systématiques de l'Eglise surnommés des "laïcards" ...C'est ainsi que les instituteurs issus du peuple - les "hussards noirs de la République" - ont pu inscrire chaque matin une maxime de "morale", à la craie blanche sur le tableau noir, pour l'édification de leurs élèves, qui la recopiaient sur leur "cahier du jour"... avec les "pleins" et les "déliés" d'un porte-plume "sergent-major" trempé dans l'encrier de leur table bi-place disposée dans une rangée, au sein d'une classe où devait régner le silence ... Bien entendu, il s'agissait de morale "laïque" du genre "Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage" ..."La sagesse n'est que dans la vérité " ..."La loi est dure, mais c'est la loi ..."La tolérance est mère de la paix",... etc...
En fait, l'Eglise gardait son influence, car beaucoup d'élèves allaient aussi au "catéchisme" - le jeudi (puis le mercredi...) lui étant réservé - et, dans une certaine mesure, la "leçon de morale" à l'école en était une copie ...Quant à l'enseignement secondaire, il a toujours connu "l'instruction civique" qui, comme l'expression l'indique, est une "morale du citoyen", le plus souvent confiée d'ailleurs aux professeurs d'histoire censés en connaître dans ce domaine plus que les autres...
Le problème est que cette morale devenue coutumière a été bouleversée lorsque le système scolaire - que les responsables n'avaient pas su adapter à la prolongation de la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans décidée par l'ordonnance du 6 janvier 1959 sous la présidence de Charles De Gaulle - a éclaté, à l'instigation "d'apprentis sorciers" ayant prétendu instaurer la "primauté" de l'élève et la satisfaction prioritaire de ses besoins, ruinant ainsi, et pour longtemps l'autorité des maîtres ..."Il est interdit d'interdire" ..."L'imagination au pouvoir" ..."Du passé, faisons table rase" ...etc ...etc ...Ils prétendaient instaurer une école "démocratique", comme si les élèves étaient des adultes, alors qu'ils n'étaient à l'école que pour apprendre justement à le devenir, et que le pire service à leur rendre était de les traiter comme tels ...Car, par définition, un élève ne peut pas être l'égal du maître, même s'il est légitime qu'il veuille le devenir par l'éducation ..Et inversement le maître ne doit pas se comporter comme l'égal de l'élève par des manifestations de "jeunisme" dans le costume ou le propos ...
C'est pourquoi l'introduction d'une "morale laïque" par le Ministre actuel de l'Education peut être jugée positive ...Mais il convient qu'elle ne soit pas le fait d'une seule décision de sa part, et qu'elle soit élaborée dans le cadre d'une concertation la plus large possible, c'est-à-dire non pas seulement auprès des "acteurs" de l'Education, mais auprès de tous les citoyens...Comme l'avait dit naguère Georges Clémenceau à propos des militaires , l'Education est une chose trop sérieuse pour être confiée à ses seuls "acteurs" ...D'abord il faut évidemment éviter le retour pur et simple à la morale "d'autrefois", car les élèves ont changé, étant maintenant sollicités par toutes sortes d'informations, alors qu'au siècle dernier l'essentiel de leur formation se faisait à l'école ...Ensuite il est souhaitable de ne pas considérer que les élèves trouveront tout seuls les "valeurs" indispensables dans la société comme la "connaissance", ou la "solidarité" de plus en plus nécessaire dans un contexte de plus en plus tourné vers "l'individualisme" ...Car la "morale laïque" doit rester "sociale" ..., ce qui exclut toute prétention à donner des "conseils de vie" au sens de la "vie privée" - , qui pourrait aboutir à des abus incontrôlables comme une "morale sexuelle" ou une "morale du plaisir" ...ou encoreune "morale de la vertu"...
Il suffit, et c'est déjà beaucoup, de s'en tenir aux "Droits de l'Homme", que la France peut s'honorer d'avoir naguère proclamé à la face du monde...