Réflexions sur l'actualité en tous genres.
L'intervention de la France au Mali pose de façon récurrente le problème du droit d'ingérence dans les relations internationales.
En effet le problème n'est pas nouveau ...Même si le terme "d'ingérence", apparu seulement en 1868, n'était pas utilisé auparavant, l'intervention d'un Etat dans un autre Etat a été pratiquée dès l'Antiquité pour des motifs divers : soit la conquête territoriale donnant un Empire (série interminable de l'Empire babylonien aux empires coloniaux du 19ème siècle)), soit le souci d'exporter les idées nouvelles (guerres révolutionnaires de la France à la fin du 18ème siècle), soit la volonté d'aller au secours de populations menacées de mort pour cause de famine (cas du Biafra en Afrique en 1967) ou de danger d'extermination (cas de pays de la Bosnie et de la Croatie en 1991), cette dernière circonstance ayant d'ailleurs entraîné la mise en "théorie" de la notion d'ingérence et la création d'Organisations Non Gouvernementales (ONG), à l'initiative du médecin français Bernard Kouchner ...Auparavant, en effet, cette notion était ignorée par les instances internationales, et notamment l'ONU, au nom des principes de neutralité et de paix interdisant à tout Etat d'intervenir dans les affaires d'un autre Etat...
Le problème n'apparut vraiment que lorsque l'ingérence ne fut plus limitée à la seule cause humanitaire et s'étendit au domaine politique ...L'ONU elle-même, ayant retenu l'échec de son intervention directe lors de l'indépendance du Congo en 1960, a multiplié de simples "résolutions" (ex : les Kurdes en Irak, les Tchetchènes en Russie), tout en faisant appel sur le terrain à des grandes puissances - comme les Etats-Unis - ou des organisations militaires - comme l'Otan ...Le plus souvent, elle a laissé des pays intervenir dans leur sphère d'influence ancienne, héritée du passé colonial ...C'est ainsi que la France a été à intervenir environ 40 fois en Afrique avec son accord (*), généralement à la demande des pays concernés n'étant pas en mesure de règler seuls leurs difficultés, dans le cadre de ce ce qu'il a été convenu d'appeler la "Françafrique", ...et en considération de la présence maintenue de résidents français et cxde l'importance des liens économiques...
Dans ces conditions, l'intervention de troupes françaises au Mali peut apparaître normale, sinon légitime : non seulement elle a été demandée par le gouvernement de ce pays, mais elle est apparue comme une nécessité urgente en raison de l'action offensive d'extrêmistes musulmans qualifiés de "djihadistes" dans tout le Sahel, et notamment aussi dans le Sud Algérien où les entreprises françaises ont conservé une place importante et vitale pour le pétrole et le gaz,...ces extrêmistes n'ayant pas le scrupule de l'ingérence ...Il n'en est pas moins vrai que l'intervention française au Mali a d'abord été décidée à la seule initiative du Président François Hollande, qui a certes prévenu les instances internationales, mais n'a pas attendu l'envoi de contingents d'autres pays africains de la région (Togo, Niger, Nigéria, Sénégal, ...et Algérie), dont l'annonce aurait pu freiner l'ardeur des extrêmistes ...Le Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, en homme politique expérimenté et averti, a eu l'intelligence de préciser - après coup - que la France avait été un "précurseur" ...Mais il est néanmoins difficile de considérer cette "ingérence" française comme exemplaire : d'abord, il n'y a pas jusqu'à nouvel ordre de "droit" international à l'ingérence, celle-ci n'étant encore qu'une "pratique" ...D'autre part, elle perpétue un rôle de "gendarme" de la France que ...Nicolas Sarkozy avait condamné en affirmant que "les temps ont changé" et il est étrange que son successeur François Hollande pousse le souci de prendre le contrepied de son action politique jusque dans ce domaine...Et ceci alors qu'il a mis ainsi en danger la vie des otages - comme l'a malheureusement prouvé le massacre d'In-Amenas, s'ajoutant à l'exécution d'un agent français en Somalie - et laisse même les Français de la métropole sous la menace d'actions terroristes, jugée suffisamment sérieuse pour justifier la mise en oeuvre du plan "Vigipirates" ...
Alors, il est peut-être temps que la France cesse de jouer ce rôle ingrat, coûteux et parfois meurtier et se consacre à une remise en ordre de son économie et à une lutte contre le chômage, tout en conservant le seul prestige qui vaille, celui de son éclat culturel reconnu par l'ensemble du monde...
(*) http://www.comores-web.com/article/france-un-demi-siecle-dingerence-militaire-en-afrique.html