Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La liberté a toujours été considérée comme la base de la démocratie, plus encore, si l'on s'en tient à la devise de la République française, que l'égalité qui est impossible, ou la fraternité, qui est illusoire...
Mais la liberté peut-elle être une règle absolue, interdisant donc toute contrainte, et en particulier tout "emprisonnement" ? ...C'est une question qui mérite d'être posée, car ce n'est peut-être pas un hasard qu'une publication comme la revue "l'Histoire" de juillet 2014 évoque "Le temps des bagnes" et qu'un journal comme le Figaro, à la veille du 14 juillet 2014 - anniversaire symbolique - discute du projet de la Ministre de la Justice consistant pour l'essentiel à supprimer la prison pour la plupart des délits, notamment en affranchissant de toute sanction ceux qui auront eu la "bonté" de reconnaître leur culpabilité ...Autrement dit, la sécurité doit-elle l'emporter sur la liberté ou la liberté l'emporter sur la sécurité ?...
En fait, la recherche de la sécurité n'est pas une préoccupation apparue seulement à l'époque actuelle qui se distinguerait par une recrudescence particulière des délits ...Au contraire, elle a été pratiquée depuis longtemps, pour ne pas dire toujours, et avec des mesures particulièrement sévères comme le bagne ...Dans le cas de la France, on estime qu'entre 1852, date de sa création, et 1953, date de sa suppression, il y a eu environ 100.000 condamnés au bagne, et cette punition était d'autant plus sévère que condamnés étaient acheminés à pied, les fers aux chevilles, sous les cris d'une population souvent hostile ...D'abord assignés dans des bagnes portuaires (Brest, Rochefort, Toulon), ils furent ensuite transportés dans des bateaux-cages allant soit en Nouvelle-Calédonie (cas de la "communarde" Louise Michel), soit - pire encore - en Guyane, pays réputé pour son climat inhospitalier, où des colons nombreux étaient morts auparavant de fièvres diverses sans pouvoir bénéficier d'une médecine alors indigente de toutes façons ...Et cette rigueur pouvait frapper là encore des personnes n'ayant commis aucun délit de droit commun, mais étant des condamnés politiques (cas cette fois très connu du Capitaine Alfred Dreyfus, emprisonné à l'ïle du Diable en 1895)...
Il n'y a plus de bagne maintenant ...La "transportation" a été supprimée par le Front Populaire en 1938, mais le bagne de Guyane lui-même n'a été liquidé que par le Gouvernement Provisoire de la République Français (GPRF) de De Gaulle en 1944, les bagnards survivants étant rapatriés dans des prisons "ordinaires" en 1953 ...Est-ce à dire pour autant que ces prisons doivent maintenant être fermées à leur tour ?...Il est difficile de ne pas voir là une dérive reposant sur une conception "excessive" de la liberté, conception ne pouvant apparaître que comme un enjeu politique soucieux de sacrifier la sécurité des Français à une volonté obsessionnelle de prendre le contrepied de la politique "sécuritaire" de l'ancien Président de la République...
Et pourtant, il paraît de plus en plus nécessaire de juguler la recrudescence actuelle des délits, qui s'accélère actuellement, notamment pour les mineurs ...Or c'est le moment que choisit la Ministre de la Justice pour plaider la clémence, en supprimant les tribunaux correctionnels pour mineurs, et en prolongeant l'excuse de minorité (?) jusqu'à 21 ans (!)...
Où va-t-on ?...