Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Il a toujours été impossible d'avoir du passé une histoire objective, en dépit des efforts des historiens, car l'histoire est par définition une relation incomplète - ne pouvant tout retenir - et plus ou moins partiale, en raison du contexte de son évocation ...
Il en est ainsi de l'histoire des grands hommes - ou réputés tels - de l'histoire de France et, à l'instar de Clovis, de Henri IV ou de Napoléon 1er, celle de Louis XIV comporte des aspects encore inconnus ou délibérément écartés jusqu'à maintenant ...Tel est le sujet d'un numéro spécial de la Revue Géo-Histoire de 2011 montrant quelle fut la part "d'ombre" dans la vie du "Roi-Soleil"...
Louis XIV fut dénommé le "Roi-Soleil" dès le début de son règne personnel en 1661 quand il affirma qu'il ne prendrait pas de 1er Ministre, ce que l'histoire a retenu dans l'espression : "L'Etat, c'est moi !" ...Mais cette dénomination ne fut pas une invention de courtisans soucieux d'obtenir ses bonnes grâces, car lui-même s'était fait dès son adolescence une haute idée de sa fonction, se considérant en qualité de Roi "très chrétien" sacré à Reims comme le représentant de Dieu sur terre, et de façon ...plus païenne comme le Soleil règnant sur l'univers, des médailles montrant l'effigie de son visage entouré de rayons, avec la devise "Nec potior, nec par" (Nul ne le dépasse, nul ne le vaut) ...Il se considérait lui-même comme un nouvel ...Alexandre, et se faisait appeler "Louis-le-Grand", expression désignant encore le lycée de Paris le plus célèbre de France ...Et pour les français comme pour les étrangers, le symbole de son règne "brillant" reste le Château de Versailles, qui est encore maintenant le plus prestigieux des châteaux, où des actes historiques ont été signés (la proclamation de l'Empire allemand après la défaite française de 1871, ...et sa capitulation en 1919 après la victoire alliée de 1918 ) ...et où des manifestations officielles sont encore tenues (ex : la réception de Kennedy par De Gaulle le 1er juin 1961) ...Enfin, il avait su s'entourer d'artistes et de musiciens en leur conférant subsides et honneurs, entre autres l'architecte Lansart, le peintre Le Brun, le sculpteur Coysevox, le musicien Lulli, les dramaturges Racine et Molière, le fabuliste La Fontaine...
Mais le Roi-Soleil avait aussi sa part d'ombre ...D'abord, pour réaliser ses rêves de grandeur, il a sacrifié des milliers d'ouvriers et de soldats, qu'il s'ag isse de l'hécatombe des hommes s'étant échinés à acheminer l'eau de l'Eure pour les "Grandes Eaux" du Château de Versailles ...et surtout des nombreuses guerres contre les autres pays d'Europe (guerre de Hollande, guerre de la Ligue d'Augsbourg, guerre de succession d'Espagne...), sans parvenir à des avancées territoriales et en commettant même des horreurs (dévastation du Palatinat) ...D'autre part, il a fait preuve d'une intolérance que n'avait pas manifesté son ancêtre Henri IV, en révoquant en 1685 son Edit de Nantes qui avait accordé des garanties aux Protestants, contraignant ainsi 200.000 d'entre eux qui ne voulaient pas se convertir au catholicisme à s'exiler, ce qui contribua, avec des calamités naturelles (sécheresse), à appauvrir fortement la France ...Finalement, au terme de 72 ans de règne, le plus long de l'histoire de la monarchie française (1643-1715 : régence de sa mère Anne d'Autriche + règne pdrsonnel), il laissa la France dans une situation difficile que son successeur Louis XV, assez indifférent et résigné ne pourra redresser ("Après moi, le déluge") ... Enfin, sur un plan personnel, si on peut ironiser sur la succession des "favorites" (les plus connues étant Louise de La Vallière, Athénaïs de Montespan et Françoise de Maintenon), on ne peut que réprouver la condamnation et l'exil de Nicolas Fouquet, dont il avait jalousé le luxe au château de Vaux-le-vicomte, ainsi que l'exil moins célèbre de Bassy-Rabutin qui avait osé brocarder les vices de la Cour dans une "Histoire amoureuse des Gaules" ...Et on n'en finirait d'évoquer les répressions (celle de la révolte des esclaves aux Antilles, celle des Camisards par des "dragonnades" dans le Languedoc...), et les emprisonnements sans jugement sur simple "lettre de cachet", notamment à La Bastille qui acquiert alors une réputation détestable comme symbole de la tyrannie ...Car Louis XIV,, en véritable tyran, voulait que tous ses sujets lui obéissent au doigt et à l'oeil, et même sa "Cour"était règlée par une "étiquette" implacable, allant jusqu'à préciser le nombre des révérences et l'ordre des repas ...Ainsi a-t-il incarné la monarchie "absolue" ...
Mais l'homme qui avait voulu imposer au monde une sorte de "paradis" personnel ne put imposer à sa propre destinée une fin conforme à cette image, car il mourut dans les plus grandes souffrances, atteint de la goutte et de la gangrène, le 1er septembre 1715...
NB : Le présent article s'inscrit dans une série devant corriger l'image stéréotypée présentée dans les livres scolaires et le plus souvente reprise par l'opinion courante pour les personnalités célèbres de l'histoire de France.