Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Alors que se profile l'élection présidentielle de Mai 2012, il est utile de rappeler que Nicolas Sarkozy avait été élu en Mai 2007 par 18.983.138 voix, soit 53,08 % des votants et 42,60 % des électeurs inscrits, ce qui faisait de lui un Président mieux élu que Giscard (50,81 % des votants en 1974), Mitterrand (51,76 % en 1981), et Chirac (52,64 % en 1995) ...Et il ne s'agissait pas d'un "feu de paille" puisqu'au terme des "100 jours" en juillet 2007, il bénéficiait même de 65 % de "confiance" ...Or, à l'approche de la fin de son mandat, il bat maintenant un record d'impopularité, les sondages d'opinion ne lui accordant le 30 janvier 2012 qu'une moyenne de 25 à 28 % de confiance, en dessous de ses prédécesseurs dans le même délai : Giscard 44 % en 1981, Mitterrand 34 % en 1995, et Chirac 30 % en 2002 ...Même s'il y a toujours , en France comme dans la plupart des pays démocratiques, une "usure du pouvoir", il faut convenir que la "dérive" de Nicolas Sarkozy a été particulièrement importante, au point de poser la question de l'utilité de sa candidature à une ré-élection...
La question mérite réflexion, car la situation de Nicolas Sarkozy est complexe et ne peut pas justifier des réponses sommaires, qu'il s'agisse de son maintien "à tout prix" pour ses partisans, ou d'un rejet "catégorique" pour ses adversaires :
- D'abord, Nicolas Sarkozy a une forte "personnalité", qui s'est bâtie sur une forte ambition (*), ce qui n'est pas nécessairement un défaut pour la direction d'un pays nécessitant à la fois des qualités d'arbitrage et un esprit de décision ...Même s'il a commis des erreurs, il a incontestablement été un "chef d'Etat", non seulement pour règler les problèmes de la France, mais pour assumer avec brio des responsabilités internationales à la tête de l'Europe ou dans des conférences internationales ...Et il ne manque pas de courage, comme il l'avait montré en qualité de Maire de Neuilly dans l'affaire des otages du 13 mai 1193 ayant largement contribué à le faire connaître, ...et comme il le montre encore dans son "face-à-face" du 29 janvier 2012, en prenant le risque d'augmenter la TVA et de remettre en cause les fameuses "35 heures", ce qui n'est pas vraiment "électoraliste" ...
- D'autre part, le "bilan" de son mandat comporte des éléments positifs, d'autant plus méritoires qu'ils sont été obtenus souvent dans un contexte difficile:
1. Dans le domaine économique, il a fait face à la crise économique de 2008 - qui a eu des conséquences graves dans de nombreux pays comme l'Irlande, l'Italie, l'Espagne - en injectant 34 milliards d'€ dans les secteurs à forte main d'oeuvre (automobile, construction, restauration...) qui ont permis de sauvegarder des emplois ...Certes, il a augmenté de ce fait la dette publique, mais il y avait urgence et, de toutes façons, il n'a fait que continuer une politique antérieure d'endettement sans excès et commune avec d'autres pays...
2. Dans le domaine social, il a favorisé l'indemnisation du chômage partiel ainsi que le retour à l'emploi par des contrats aidés et diverses mesures de soutien...Et il a cherché à revaloriser le travail par l'exonération des heures supplémentaires suivant sa formule "Travailler plus, pour gagner plus" qui a eu un succès certain avant d'être compromise par la crise économique ...Ce n'est tout de même pas son fait, si la France est, après la Finlande, le pays occidental où on travail le moins (1679 heures annuelles), loin avant l'Espagne (1798), l'Allemagne (1904), ...la Grèce (1971) ...et la Roumanie (2095)...
3. Dans le domaine éducatif, où la France avait perdu sa situation exemplaire avec l'égalitarisme du Collège unique, il a eu le souci de recentrer le travail scolaire sur l'acquisition prioritaire des "savoirs" et d'encourager le "mérite", allant jusqu'à créer des internats d'excellence ...tout en veillant à l'aide des enfants en difficulté par un accompagnement éducatif ...Et il a permis un plus grand esprit d'initiative en matière de formation et de recherche en garantissant l'autonomie des Universités...
4. Dans le domaine de la sécurité, reprenant sa propre action antérieure comme Ministre de l'Intérieur, il a pris des mesures rigoureuses contre la délinquance et la récidive, ainsi que des mesures de protection des femmes (Loi 2010 sur les mariages forcés)...
5. Dans le domaine de la Santé et de la Solidarité, il a eu le mérite de s'atteler au problème éludé jusqu'alors par ses prédécesseurs en procédant à un premier recul de l'âge de la Retraite à 61 et 62 ans (sauf cas particuliers : pénibilité et activité commencée dès 18 ans), amorçant ainsi une prolongation justifiée par l'allongement moyen de la vie et la nécessité de financer les pensions ultérieures...
Malheureusement, ces mesures ont été soit déjà oubliées, soit masquées par des "erreurs de jugement" qui ont contribué à une impopularité croissante : il est certain que son comportement qualifié bizarrement de "bling-bling" au début de son mandat (Fête du "Fouquet" dès son élection, croisière en yacht avec son "ami" Bolloré...) a nui fortement à son image ...Et le "bouclier fiscal" - même s'il avait le but, illusoire, d'éviter la fuite des capitaux à l'étranger - a surtout accrédité l'idée d'une complicité avec les "riches", d'autant plus fâcheuse que la crise a entraîné rapidement une paupérisation, y compris pour la classe dite "moyenne"...Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur un plan psychologique pour comprerndre cette attitude, car Nicolas Sarkozy, petit-fils d'un émigré hongrois, délaissé par son père mais aidé par une mère méritante, n'est pas issu d'une "grande famille"...
Dans cette perspective, on comprend mieux que, dans son "face-à-face" du 29 janvier 2012, il ne se soit pas soucié de répondre à son concurrent François Hollande et à ses "60 engagements pour la France" - mais ait surtout cherché en "homme de terrain" à "rétablir son crédit", c'est-à-dire à enrayer la dérive de sa popularité par une série de mesures "fortes" destinées à lui donner "l'habit d'un Président protecteur" et de "capitaine dans la tempête" ...Autrement dit, c'est un "banco" du genre "ça passe ou ça casse", le courage - dont il ne manque pas - devant, selon lui, payer ...
1. Hausse de la TVA de 19,6 à 21 % (hors alimentation et santé) pour diminuer les charges des entreprises, les rendre ainsi plus compétitives notamment sur le marché extérieur, et contribuer ainsi à la fois à une réduction de la dette et à une reprise de l'emploi.
2. Modulation de la durée du travail en favorisant une négociation directe entre les patrons et les salariés (accords compétivité-emploi), ce qui permet de sortir du carcan des 35 heures, notamment dans les petites entreprises, l'horaire quotidien pouvant varier suivant les saisons ou les besoins.
3. Action en faveur des jeunes avec l'obligation pour les grandes entreprises de plus de 250 salariés de recruter au moins 5 % d'apprentis.
4. Augmentation des possibilités de construction de 30 % à la fois pour faire baisser le prix des logements devenant souvent inabordables dans les grandes villes comme Paris et sa banlieue, ...et pour relancer l'activité et donc l'emploi dans ce secteur.
Et ces réformes sont accompagnées de dispositions financières : outre la hausse de la TVA devant rapporter 11 milliards d'€, elles comportent un relèvement de 2 points de la CSG sur les revenus financiers et la création d'une taxe de 0,1 % sur les titres des entreprises cotées en France... ..Et ses partisans enchaînent : Bruno Le Maire, Ministre de l'Agriculture lance : "Arrière les doutes, les hésitations, les idées noires !" ...Jean-François Copé, Secrétaire Général de l'UMP insiste : "Le courage, c'est de dire la vérité au risque de l'impopularité, c'est préférer l'intérêt supérieur de la France à quelques points dans les sondages"... Et François Fillon, le Premier Ministre, renchérit en concluant : " L'élection présidentielle récompensera le candidat le plus solide ...et l'homme que les circonstances difficiles exigent, ...c'est Nicolas Sarkozy" ...C'est une version actualisée de la "méthode Coué" car, dans l'immédiat l'accueil de la "droite" et du "centre" est plutôt tiède, tandis que la "gauche vitupère contre des mesures qui sont pour elle "de la poudre aux yeux" ou se retourneront - comme la hausse de la TVA - contre les consommateurs ...Et de fait, les premiers sondages depuis le 29 janvier 2012 ne traduisent pas de remontée de la "confiance" ...Le capitaine va-t-il colmater les brèches ou couler corps et biens avec son navire ?...Pourra-t-il arracher une victoire à la faveur d'évènements imprévisibles ? ...Lui sera-t-il permis, alors qu'il vient d'avoir 57 ans le 28 janvier 2012, de prendre alors sa retraite en 2017, c'est-à-dire à 62 ans, l'âge minimal de la retraite qu'il a lui-même reculé par sa loi de 2010 ?...
(*) Catherine Nay - Un pouvoir nommé désir - Ed Grasset 2007