Réflexions sur l'actualité en tous genres.
L'histoire de la France en a fait un pays "centralisé" en dépit des résistances "locales"... La dynastie capétienne, partie de Paris et de l'Ile-de-France, a progressivement "soumis" les "provinces" à son autorité de plus en plus absolue... et ensuite la Révolution, malgré les efforts des "girondins" (Fête de la Fédération...), a imposé une Etat "jacobin", que Napoléon Bonaparte a structuré sous le Consulat et l'Empire par ses fameuses "masses de granit" (Préfets, Lycées, Code Civil, et ...Légion d'Honneur). Les régimes successifs du 19ème et du 20ème siècle sont allés dans le même sens, avec le renforcement du sentiment "national" suscité par 3 guerres (1870-71, 1914-18, et 1939-45)...
Il n'en est pas moins vrai que le Général De Gaulle - pourtant un symbole de "l'unité" française, mais conscient de la nécessité d'une rénovation - avait entrepris une évolution vers ce qu'il appelait la "Régionalisation" ...mais, en heurtant les habitudes des partis politiques dont il n'avait pas cessé de vilipender l'influence, il avait perdu le référendum de 1969 et s'était aussitôt retiré... Le sujet, jugé trop hasardeux par ses successeurs Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, ne fut repris que lors de la présidence de François Mitterrand, sous le nom de la "décentralisation", mise en oeuvre par Gaston Defferre...
Il s'agissait, dans cette "décentralisation", de rapprocher les affaires publiques des citoyens en confiant à ceux-ci la gestion des affaires locales, c'est-à-dire en fait à procéder à l'élection de Conseils départementaux dits Généraux, et de Conseils Régionaux, établissant ainsi une hiérarchie de participation entre les Communes, ayant déjà un Conseil Municipal, les Départements et les Régions... Le "principe" était assurément séduisant, mais la "pratique" fut plutôt décevante...
En effet, à la différence d'autres pays comme l'Allemagne, où "l'Etat" laisse une large autonomie aux "landers" pour les affaires intérieures, la décentralisation française s'est limitée à un "partage des compétences" à tous les niveaux entre la "hiérarchie administrative" et les "hiérarchies participatives"... C'est ainsi que, dans l'Education Nationale, les Ecoles relèvent... des Conseils Municipaux, les Collèges ...des Conseils Généraux, et les Lycées ...des Conseils Régionaux pour le financement et la carte scolaire, mais continuent à relever de la hiérarchie administrative pour la gestion des personnels et l'organisation pédagogique, ...les établissements "de base" au contact des réalités n'ayant que peu d'autonomie et étant même souvent "cisaillés" entre les tutelles concurrentes...
Finalement, il en ressort que la soi-disant "décentralisation" n'aboutit qu'à une "déconcentration" ou à une "reconcentration"( suivant le point de vue ou l'on se place...) autour des "chefs-lieux"... Et le phénomène ne fait que s'accentuer actuellement avec le souci de "rationalisation", qui est en fait l'interface de la volonté de réduire les dépenses publiques ...Autrement dit, on s'en prend aux effets au lieu de s'en prendre aux causes ...Et on s'en prend évidemment aux localités (petites villes et bourgades) où il y a moins de monde et donc moins de risques : fermeture d'écoles, d'hôpitaux, de maternités, de maisons de retraite, de bureaux de postes et maintenant de tribunaux, jugés non rentables, suppression de gares et même de lignes de chemin de fer, départ de garnisons et de services de police, etc... Et comme dans le même temps, des usines sont regroupées ou se "délocalisent" souvent à l'étranger ... et même des évêques suppriment des paroisses... les commerces disparaissent... et , malgré la résistance des Communes, la "désertification" s'amplifie dans certaines zones...
Or, "au fin fond des campagnes", il y a toujours des gens - des personnes âgées mais aussi des paysans ou des artisans - de plus en plus isolés... Dominique Quaino écrit dans le journal La Croix du mercredi 26 septembre 2007 : "C'est ainsi que change la géographie... la raison y incite... mais le coeur a du mal à suivre"... Néanmoins cette évolution est-elle inéluctable ?... Certainement pas !... Il y a de plus en plus de "citadins" des grandes villes qui recherchent le calme et l'air pur de la campagne, et pas seulement pour des séjours de vacances... Il est vrai que cette tendance concerne actuellement surtout les...étrangers, qui "colonisent" de plus en plus certaines régions, comme les Anglais en Bretagne et en Normandie ou les Allemands en Alsace, où ils rachètent de vieilles maisons à bon prix...
Les Français, au lieu de "décentraliser" de façon douteuse sans réfléchir vraiment à leur"avenir", feraient mieux de se préoccuper du fait que leur "passé" - comme ...le café de la campagne - "fout le camp"...