La charité, avec des nuances diverses à travers l'histoire - aumône, bienfaisance, solidarité - a toujours été une pratique complémentaire des activités humaines, offrant aux déhérités de la vie l'aide de ceux y ayant trouvé une place, même modeste... D'inspiration d'abord religieuse - elle a été une obligation dans le judaïsme avant d'être une "vertu théologale" dans le christianisme - elle est devenue désormais dans la plupart des pays du monde un aspect incontournable de la vie sociale.
Cette action sociale, pratiquée à l'origine au niveau local le plus souvent en fonction d'initiatives individuelles, s'est progressivement élargie d'abord au niveau des régions et des pays, et maintenant au niveau international en raison des progrès des communications et des transports de tous ordres, au point qu'il n'est même plus possible de dénombrer les organisations "caritatives", notamment les "organisations non gouvernementales" (ONG)...
Bien entendu, il ne peut être question de critiquer cette "charité", quels que soit son nom ou sa forme... Dans une société restée partout inégalitaire, où persistent la pauvreté et la précarité, même dans les pays dits "développés", l'aide au prochain reste une nécessité dans la mesure où elle apporte un secours "immédiat", sans attendre des dispositions éventuelles plus tardives...
Néanmoins, il faut convenir, en toute objectivité et sans remettre en cause le principe de la "charité", qu'elle peut engendrer des dérives et des abus aboutissant notamment à ce qu'il est convenu d'appeler le "charity-business"... L'éditorialiste Alain Rémond, dans un "billet" du journal La Croix du 8 novembre 2007 intitulé "Où vont les dons?", souligne "qu'on en a parfois assez d'être submergés par des courriers comminatoires, venant d'associations charitables nous suppliant d'aider, de parrainer, etc... en usant...d'un véritable chantage : si vous n'aidez pas, cet enfant va mourir"... Et ceci d'autant plus que cette "sollicitation" n'a parfois rien d'une réelle "sollicicitude", n'étant que la traduction anonyme d'un "mailing informatique" , comme le prouve l'anecdote de ce lecteur ayant demandé à une association d'arrêter ses envois insistants en joignant un chèque de 0,53 euro pour rembourser l'envoi de la dernière lettre, et ayant reçu peu après un ...reçu "fiscal" de 0,53 euro ouvrant droit à une réduction d'impôt de 70 %, soit 0,37 euro !... Certes, il est naturel de solliciter la générosité d'autrui, mais il est choquant d'utiliser une sorte de "pression morale" en culpabilisant les gens, tout en cherchant à les "aguicher" par un avantage marériel... Car, sur un plan "éthique", un "don" doit être le fait de la "responsabilité personnelle", et non le résultat de "calculs"...
Or des "calculs" douteux, il y en a parfois de la part d'associations charitables... D'abord, il est toujours gênant d'apprendre qu'une partie non négligeable des dons est utilisée pour des "frais de gestion", en particulier des "frais de personnels", alors que les donateurs peuvent légitimement croire qu'ils ont affaire à des "bénévoles"... D'autre part les "dons récoltés" - même s'ils ne sont pas de "l'argent public" - n'en sont pas moins de "l'argent du public", et à ce titre on peut s'étonner de ne pas avoir régulièrement des comptes-rendus de son utilisation : par exemple, au niveau international, que sont devenus les dons "colossaux" rassemblés après le Tsunami de l'Océan Indien de décembre 2005 ?... Un reportage sur les Iles Andaman dans le Golfe du Bengale - particulièrement ravagées en raison de leur proximité de l'épicentre - a montré qu'elles n'avaient alors reçu aucun secours ... Et parfois on ne sait pas trop quels sont les buts recherchés par une association, l'exemple de "l'Arche de Zoë" montrant que des initiatives apparemment généreuses peuvent poser des problèmes quand elles ne sont pas menées avec la rigueur indispensable...
C'est pourquoi , la lutte contre la pauvreté restant nécessaire de toutes façons , il convient d'éviter que, faute d'un encadrement suffisant, "trop de charité ne tue la charité", et par conséquent trouver les moyens d'organiser des initiatives certes souvent généreuses, mais désordonnées :
- d'abord, n'autoriser la création ou le maintien d'associations qu'en fonction du respect d'un "cahier des charges" inscrits dans leurs statuts.
- ensuite, assurer une coordination des associations à un niveau suffisamment proche des réalités pour permettre la connaissance des problèmes et une intervention rapide et efficace.
- enfin, exercer un contrôle de l'utilisation des dons par un examen régulier de la gestion des associations par la Cour des comptes au niveau national ou l'ONU au niveau international.