Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La Fayette ou une méprise de l'Histoire...
En effet, aux Etats-Unis, on dénombre 40 villes, 7 comtés, une montagne et un parc national dédiés au "Héros des deux mondes", ...et chacun sait que le Général Pershing, venu apporter l'aide des Américains à la France en 1917, avait proclamé : "La France est accourue vers nous lorsque l'Amérique combattait pour assurer son indépendance...Nous n'avons pas oublié... La Fayette, nous voici !"... Et les Américains sont d'ailleurs revenus le 6 juin 1944... Et pourtant la France, à part une avenue et un grand magasin à Paris et quelques rares rues ou places dans les villes de province, n'a pas témoigné jusqu'à présent de reconnaissance particulière pour cet homme qui avait en son temps porté très haut l'honneur de la "patrie" et connu une popularité extraordinaire...
Quelle vie exemplaire avait été, à vrai dire, celle de cet homme !... A l'origine, "les fées s'étaient penchées sur son berceau" , puisqu'il était né en 1757 dans une famille aristocratique, déjà illustrée au 17ème siècle par Marie- Madeleine, auteur de "La Princesse de Clèves" et apparentée aux familles anciennes des Bourbon-Busset et La Trémoille... Orphelin de son père, mort pendant la Guerre de Sept-Ans contre l'Angleterre, il avait de surcroît hérité de biens lui assurant un revenu annuel de 100.000 livres (*), ce qui lui permit , pendant toute sa vie, de n'avoir jamais de soucis financiers... Dés son enfance, il se montre actif et même hardi : à 10 ans, il regrette de ne pas pouvoir jouer un rôle dans la recherche ...de la "bête du Gévaudan", non loin du château familial ... A 11 ans, il est élève au Collège du Plessis (futur Lycée Louis-le-Grand) à Paris, ...mais il ne tarde pas à fréquenter Versailles, où il participe à la vie de fêtes de Marie-Antoinette, mariée à 15 ans en 1770 au Duc de Berry, futur Louis XVI...Il est vrai que celle-ci n'aime pas ce "grand dadais" ...qui lui a marché sur les pieds lors d'un menuet !... A 17 ans, il épouse Adrienne de Noailles, qui en a 14, et ce mariage "arrangé" suivant la tradition de l'époque deviendra un mariage "d'amour", auquel il restera fidèle jusqu'à sa mort ...
Un autre événement, dont l'importance est souvent oubliée, va marquer sa vie : à 18 ans, il est initié à la Franc-Maçonnerie, qui est alors l'héritière de la "Philosophie des Lumières", et il va y approfondir les notions de liberté et de tolérance qui correspondent à sa générosité naturelle... Engagé comme Capitaine dans l'armée du Roi à Metz, il y rencontre le Duc de Gloucester, frère du Roi d'Angleterre Georges III, qui évoque le conflit opposant alors les colons anglais d'Amérique à leur Métropole, celle-ci prétendant leur imposer des taxes sans leur consentement... Le fougueux Capitaine prend aussitôt fait et cause pour les "Insurgents" : "Dès le moment où j'ai su que l'Amérique combattait pour la liberté, je l'ai aimée et j'ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle"...
C'est ainsi que le jeune La Fayette, dès la Déclaration d'Indépendance des "Etats-Unis" le 4 juillet 1776, s'engage auprès d'eux au nom de la liberté...mais aussi pour venger son père contre l'Angleterre.... Il fait connaissance avec le Général Washington, également membre de la Franc-Maçonnerie, qu'il considérera comme son père d'adoption... Il est chargé de mission pour nouer des liens avec les Indiens Hurons et Iroquois qui avaient naguère aidé les Français dans la défense de l'Acadie au Canada voisin... Il découvre aussi l'esclavage des Noirs et militera aussitôt pour leur émancipation, ...sans être vraiment écouté... Ayant participé aux batailles et à la victoire finale des 'Insugents" avec le corps expéditionnaire du Général Rochambeau envoyé par Louis XVI, il revient en France en 1781, auréolé de gloire...
Arrive la Révolution de 1789 en France... Fort de son expérience américaine, il participe à l'Assemblée des Notables en 1787, où il demande la convocation d'une Assemblée Nationale ...ce qui lui vaut, à défaut de convaincre le Roi Louis XVI déjà irrésolu, l'hostilité définitive et lourde de conséquences de Marie-Antoinette... Elu député de la noblesse aux Etats Généraux en 1789, il devient Vice-président de l'Assemblée Constituante le 13 juillet et Commandant de la Garde Nationale de Paris le 16 juillet : il y impose la cocarde tricolore qui est offerte au Roi : "Je vous présente une cocarde qui fera le tour du monde"... Il propose également une Déclaration des Droits de l'Homme, inspirée du modèle américain, et adoptée le 26 août, comme Préambule à une Constitution... La popularité de La Fayette est alors au Zénith... Mais elle ne va pas durer...
Pour une question de subsistances, surviennent en effet les journées d'octobre, et La Fayette reste un homme fidèle au Roi : il va protéger courageusement la famille royale contre les excès de la foule, sans pouvoir néanmoins empêcher le retour forcé à Paris "du boulanger, de la boulangère et du petit mitron"... Partisan convaincu d'une monarchie constitutionnelle, il ne sera compris ni du peuple versatile qui ne tarde pas à le considérer comme un traître, ni du Roi et de la Reine, celle-ci ayant même dit : "Je vois bien que Mr de La Fayette veut nous sauver, mais qui va nous sauver de Mr de La Fayette ?"... Clairvoyante, sa fille Madame Royale dira plus tard : "Si mes parents avaient écouté Mr de La Fayette, ils seraient encore vivants aujourd'hui"...
La Fayette disparaît alors de la "scène"... Appelé par Louis XVI à diriger l'armée de l'est contre la coalition étrangère, il préfère après quelques combats rejoindre les lignes prussiennes le 19 août 1792 et il est fait prisonnier sans égards... Exilé en Allemagne puis en Hollande, il ne sera libéré qu'en 1797 par ...Napoléon Bonaparte, à la demande ...des Américains... Après tant d'années de troubles, la France a alors besoin d'un homme "providentiel" et La Fayette connaît un regain de popularité... Mais il n'y a pas de place pour deux. ...et malgré diverses entrevues, les deux hommes ne peuvent pas s'entendre, Napoléon étant un partisan de "l'autorité" et La Fayette restant attaché à la "liberté"... Il refusera alors de devenir Sénateur, ainsi que d'être nommé Ambassadeur auxd Etats-Unis... Il ira même jusqu'à demander l'abdication de Napoléon apès sa défaite de Waterloo en 1815...
Durant la Restauration, La Fayette sera régulièrement élu député, mais ne participera pas activement à la vie politique... Il est d'ailleurs invité solennellement aux Etats-Unis, où il effectuera un "Farewell Tour" triomphal en 1824-1825... Néanmoins, il ne pourra pas accepter les Ordonnances de Charles X en juillet 1830.. L'incorrigible apôtre de la Liberté déclare que "l'insurrection est le plus sacré des devoirs"... Les insurgés lui demandent alors de "proclamer la République" et il est évident qu'il en serait élu Président ...et pourrait donc être le "Washington français"... Mais ce rêveur a toujours préféré la popularité au pouvoir, et il reste fidèle à son vieux projet de monarchie constitutionnelle... Et il propose lui-même à Louis-Philippe, fils de Philippe d'Orléans plus connu comme "Philippe-Egalité" en 1789, de devenir le "Roi des Français" et d'adopter le drapeau tricolore... Il aurait même dit :" Ce Roi est la meilleure de nos Républiques"...
La Fayette vivra encore 4 ans, jusqu'en 1834, non sans s'être encore battu, cette fois pour la défense de la Pologne et de l'Irlande, ainsi que pour l'indépendance de la Belgique, où certains patriotes veulent même faire de lui leur Roi...
Tel fut La Fayette, un "Héros des deux mondes", qui connut la gloire à défaut d'un "destin"... et qui a ensuite connu l'oubli en France, alors qu'un drapeau américain est renouvelé chaque année le 4 juillet sur sa tombe à Paris... Le Défenseur acharné de la Liberté, l'Initiateur de la Déclaration des Droits de l'Homme, le Défenseur des Indiens et des Noirs, le Militant de la suppression de l'esclavage... connaîtra-t-il enfin, au terme du 250ème anniversaire de sa naissance, l'honneur posthume du Panthéon : "Aux Grands Hommes, la Patrie reconnaissante" ?...
(*) soit 460.000 Euros actuels
Bibliographie :
- Gonzague Saint-Bris - La Fayette - Editions Télémaque 2006
- Revue Historia - La Fayette - Décembre 2007