Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Le passage de la vie à la mort a toujours été une préoccupation majeure des êtres humains, puisqu'on en retrouve la trace dans les vestiges préhistoriques... Il est d'ailleurs à la base des religions fondées sur la croyance en une puissance supérieure et en l'existence d'un "au-delà"...
Cette préoccupation se traduit le plus souvent à la fois par l'attachement à la vie et par la crainte de la mort... Mais il arrive que certains êtres humains, pour des raisons diverses (infirmité, douleur physique, dépression morale, voire sacrifice...) peuvent souhaiter la mort et se la donner par le suicide. Dans ce cas, il n'est pas possible de porter un jugement - même si le suicide est condamné dans certaines sociétés et par la plupart des religions - car cet acte relève de la liberté - certes extrême - de chacun "d'être maître de sa vie". Tout au plus peut-on chercher à intervenir auparavant, surtout s'il apparaît que la personne ne dispose pas - provisoirement - de toutes ses facultés...
Le problème est différent pour l'euthanasie, qui consiste à "donner la mort à autrui pour abréger ses souffrances"... L'intention paraît louable à priori, mais elle pose en fait de graves problèmes :
- Un problème "d'éthique" : le respect de la vie est un principe fondamental, et c'est d'ailleurs à ce principe que se rattache pour les médecins le serment d'Hippocrate consistant à tout faire pour préserver la vie...
- Un problème de "métaphysique" : donner la mort, c'est donner quoi au juste ? Le néant ? L'accès à un "au-delà" ? Dans ce cas, quel "au-delà"? L'Enfer ou le Paradis ? Et si c'est le Paradis, peut-il constituer un prétexte ?...
- Un problème de "science" : si la guérison d'un malade paraît actuellement impossible et si les soins semblent relever de l'acharnement thérapeuthique, qui peut savoir si des progrès scientifiques parfois rapides ne vont pas permettre une solution à une échéance relativement courte ?...
Il n'en est pas moins vrai qu'il y a des circonstances où le respect de la vie peut être mis en cause, ce qui ne signifie pas qu'il doit alors être systématiquement transgressé :
- Souffrance physique intolérable, qu'il faut comprendre en pensant simplement à l'impatience que chacun peut ressentir seulement pour une migraine ou une rage de dents...
- Souffrance morale, beaucoup plus difficile à appréhender, mais qui peut conduire à la dépression ou à la folie. On peut évoquer en particulier la maladie d'Alzheimer qui prive progressivement l'individu de toutes ses facultés...
- Cas d'inconscience totale, avec coma prolongé et "encéphalogramme plat"...
Peut-on alors donner la mort, et dans quelles conditions ?
- Ou bien le malade , ayant encore ses facultés dument reconnues, le demande lui-même ou a clairement donné ses instructions. Dans ce cas, le problème est de satisfaire un voeu, qui s'apparente à un suicide par personne interposée...
- Ou bien le malade est inconscient, sans avoir donné d'indication. Dans ce cas, de quel droit lui donner la mort ?
En tout état de cause, même si on admet le principe de donner la mort, qui peut la donner ?
- Certainement pas à l'initiative des "particuliers" : chacun peut comprendre les dérives qui pourraient en résulter... Où va-t-on, par exemple, si une mère estime qu'elle peut donner la mort à son fils, même avec son consentement, parce qu'à l'origine elle lui a donné la vie ?... Et combien de "vieux" risqueraient d'être "euthanasiés" pour cause d'embarras graves (ex:soins pénibles)... ou pour un motif caché ...d'héritage ?
- Eventuellement par des médecins : il ne faut pas être hypocrite... Il y a des médecins qui, mus par une conscience morale tout-à-fait respectable, abrègent les souffrances d'un malade en interrompant les soins... Mais alors il ne faut pas laisser "un" médecin décider seul et "en conscience"... Un Conseil de médecins, comportant au moins le médecin traitant et un médecin assermenté, et ayant l'accord du malade - si possible - et à défaut celui de la famille, pourra-t-il alors prendre la décision ? Réponse difficile, relevant de l'opinion de chacun, pour ne pas dire impossible...
A fortiori, une législation dans ce domaine, même animée par les intentions les plus généreuses et soucieuse de résoudre les cas les plus difficiles, restera "illégitime"... surtout si elle n'est pas faite avec le sens de la mesure et dans un contexte objectif, détaché de l'actualité et d'un battage médiatique...