Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexions sur l'actualité en tous genres.

Publicité

L'euthanasie

   Le passage de la vie à la mort a toujours été une préoccupation majeure des êtres humains, puisqu'on en retrouve la trace dans les vestiges préhistoriques... Il est d'ailleurs à la base des religions fondées sur la croyance en une puissance supérieure et en l'existence d'un "au-delà"...

  

  Cette préoccupation se traduit le plus souvent à la fois par l'attachement à la vie et par la crainte de la mort... Mais il arrive que certains êtres humains, pour des raisons diverses (infirmité, douleur physique, dépression morale, voire sacrifice...) peuvent souhaiter la mort et se la donner par le suicide. Dans ce cas, il n'est pas possible de porter un jugement - même si le suicide est condamné dans certaines sociétés et par la plupart des religions - car cet acte relève de la liberté - certes extrême - de chacun "d'être maître de sa vie". Tout au plus peut-on chercher à intervenir auparavant, surtout s'il apparaît que la personne ne dispose pas - provisoirement - de toutes ses facultés...

   Le problème est différent pour l'euthanasie, qui consiste à "donner la mort à autrui pour abréger ses souffrances"... L'intention paraît louable à priori, mais elle pose en fait de graves problèmes :

   - Un problème "d'éthique" : le respect de la vie est un principe fondamental, et c'est d'ailleurs à ce principe que se rattache pour les médecins le serment d'Hippocrate consistant à tout faire pour préserver la vie...

   - Un problème de "métaphysique" : donner la mort, c'est donner quoi au juste ? Le néant ? L'accès à un "au-delà" ? Dans ce cas, quel "au-delà"? L'Enfer ou le Paradis ? Et si c'est le Paradis, peut-il constituer un prétexte ?...

   - Un problème de "science" : si la guérison d'un malade paraît actuellement impossible et si les soins semblent relever de l'acharnement thérapeuthique, qui peut savoir si des progrès scientifiques parfois rapides ne vont pas permettre une solution à une échéance relativement courte ?...

   Il n'en est pas moins vrai qu'il y a des circonstances où le respect de la vie peut être mis en cause, ce qui ne signifie pas qu'il doit alors être systématiquement transgressé :

   - Souffrance physique intolérable, qu'il faut comprendre en pensant simplement à l'impatience que chacun peut ressentir seulement pour une migraine ou une rage de dents...

   - Souffrance morale, beaucoup plus difficile à appréhender, mais qui peut conduire à la dépression ou à la folie. On peut évoquer en particulier la maladie d'Alzheimer qui prive progressivement l'individu de toutes ses facultés...

   - Cas d'inconscience totale, avec coma prolongé et "encéphalogramme plat"...

   Peut-on alors donner la mort, et dans quelles conditions ?

  

   - Ou bien le malade , ayant encore ses facultés dument reconnues, le demande lui-même ou a clairement donné ses instructions. Dans ce cas, le problème est de satisfaire un voeu, qui s'apparente à un suicide par personne interposée...

   - Ou bien le malade est inconscient, sans avoir donné d'indication. Dans ce cas, de quel droit lui donner la mort ?

   En tout état de cause, même si on admet le principe de donner la mort, qui peut la donner ?

   - Certainement pas à l'initiative des "particuliers" : chacun peut comprendre les dérives qui pourraient en résulter... Où va-t-on, par exemple, si une mère estime qu'elle peut donner la mort à son fils, même avec son consentement, parce qu'à l'origine elle lui a donné la vie ?... Et combien de "vieux" risqueraient d'être "euthanasiés" pour cause d'embarras graves (ex:soins pénibles)... ou pour un motif caché ...d'héritage ?

   - Eventuellement par des médecins : il ne faut pas être hypocrite... Il y a des médecins qui, mus par une conscience morale tout-à-fait respectable, abrègent les souffrances d'un malade en interrompant les soins... Mais alors il ne faut pas laisser "un" médecin décider seul et "en conscience"... Un Conseil de médecins, comportant au moins le médecin traitant et un médecin assermenté, et ayant l'accord du malade - si possible - et à défaut celui de la famille, pourra-t-il alors prendre la décision ? Réponse difficile, relevant  de l'opinion de chacun, pour ne pas dire impossible...

 

    A fortiori, une législation dans ce domaine, même animée par les intentions les plus généreuses et soucieuse de résoudre les cas les plus difficiles, restera "illégitime"... surtout si elle n'est pas faite avec le sens de la mesure et dans un contexte objectif, détaché de l'actualité et d'un battage médiatique...

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Le débat sur l'euthanasie est un sujet difficile et sensible. Si pour la plupart  il n' est pas aisé de se prononcer, mon point de vue n'est en rien équivoque, je suis contre pour les raisons suivantes:j'ai été personnellement confrontéé au probléme, ayant accouchée d'une petite fille qui a été euthanasiée sans appel et surtout sans qu'on me demande mon avis, par un obstétricien dont la place n'était surtout pas là. J'appelle cela un crime. Je ne vais pas m'arrêter à mon histoire.Un des dangers, si une loi s'appliquait comme vous le dites est qu'elle soit transgressée par des personnes voulant se débarrasser d'une autre. Le plus grave étant d' assermenter, une nouvelle race de tueurs, de légitimer un acte contre nature, ce n'est plus le serment d'Hippocrate mais d'hypocrite. C'est la forme de l'eugénisme appliquée sur l'individu lui même. Quelques pays en font des émissions de téléréalité" la mort en directe" c'est certes sans hémoglobine, juste avec une substance létale, sous le regard et la bienveillance d'une accompagnatrice pré-mortem.Taux d'audimat assuré! Plus grave encore, est de réveiller l'âme de certains petits "Hitler". Et enfin arriver à vouloir légiférer quand des millions d' Hommes cherchent désespérement à vivre ou à survivre. Quelle honte! pour quelques cas épars dans le monde, chercher une solution pour tuer légalement .Le paradoxe me géne, tant d'argent dépensé pour sauver des vies, pour finir par l'euthanasie, c'est une hérésie! Que l'acharnement  thérapeutique soit remis en cause, ou certains soins intensifs, absolument.Votre blog est trés complet, et intéressant;
Répondre
D
   Vous posez des questions légitimes auxquelles je ne peux évidemment pas donner de réponse... "Donner la mort à un autre", même s'il s'agit "d'un suicide par personne interposée", est un acte qui pose un problème fondamental d'éthique et ne peut pas être réglé par une loi nécessairement contingente...
Répondre
J
comment le fils humbert aurait-il pu se suicider?<br /> comment cx qu'on maintient en assistance prolongée peuvent-ils décider?
Répondre
D
   Le suicide et l'euthanasie ne peuvent pas être confondus, même si, dans les deux cas, il s'agit de "donner la mort" : le suicide consiste à "donner la mort à soi-même" et évidemment aucune législation ni aucune "sanction" n'est possible, sauf une appréciation des "autres".  L'euthanasie consiste à "donner la mort à un autre" et un tel acte -"social" - pose problème, à fortiori si on veut légiférer, conformément à mon article...
Répondre
J
ou certain ont les moyens de mener à bien leur suicide ou certains ont de grandes chances de louper?<br /> et si certains ne voulaient se sentir "se dégrader", perdre leur autonomie , reconnait-on le droit au suicide?
Répondre