Réflexions sur l'actualité en tous genres.
En relançant cette idée de "bivalence" des Professeurs des établissements secondaires, le Ministre de l'Education Nationale prend le risque de susciter une nouvelle querelle typiquement française, avec son parfum habituel de "guerre de religion", s'il est permis d'employer cette expression dans un milieu attaché à la laïcité... Car les partisans et les adversaires ne manqueront pas de s'affronter sur ce sujet avec des arguments pédagogiques contradictoires...
En fait, dans ce domaine comme dans d'autres, il convient, non pas d'appliquer une "idéologie" plus ou moins préétablie, mais de partir du "terrain". Et, en l'occurence, on peut faire des constatations simples :
- 1. La bivalence et même une certaine polyvalence sont pratiquées dans la plupart des pays européens, sans chercher à aller au delà... La monovalence est en effet une particularité de la France (parmi d'autres...), surtout au niveau du Collège. Les petits français seraient-ils faits autrement que les autres, même en faisant la part de "l'esprit de clocher" ?...
2. La monovalence française est, il est vrai, souvent illusoire, notamment dans certaines disciplines : ainsi les Professeurs d'Histoire enseignent aussi la Géographie, dont les critères d'étude sont sensiblement différents et donnent lieu d'ailleurs à une Licence universitaire séparée, ...et souvent de surcroît l'Instruction civique, qui relève plutôt du Droit... Quant aux Professeurs de Sciences Physiques, ils ont par nécessité dû approfondir les Mathématiques et n'y sont donc pas inaptes...
3. La bivalence est déjà, et depuis longtemps, pratiquée "à la marge" dans de nombreux établissements... En effet, elle permet à des Professeurs ayant un horaire incomplet dans leur discipline d'origine d'éviter de le compléter dans un autre établissement parfois éloigné en milieu semi-rural... Elle permet aussi aux Chefs d'établissement d'empêcher parfois par ce moyen la suppression d'un poste ou d'un demi-poste, à la grande satisfaction de l'équipe pédagogique...
Les partisans du "statu quo" peuvent néanmoins répondre que la bivalence systématique entraînera un abaissement général du niveau de l'enseignement. Car il y aura chez les Professeurs, avec leur monovalence actuelle, des disciplines où ils seront moins, voire peu compétents (ex: Histoire et Géographie pour les Professeurs de Lettres, et ...inversement)... De plus, ils peuvent invoquer, non sans raison, l'expérience antérieure de la bivalence dans les années 1960, où les Professeurs d'Enseignement Général de Collège (PEGC) - souvent des anciens instituteurs - n'avaient vraiment pas le niveau, et parfois pas de formation du tout, dans certaines disciplines, en dépit de leur savoir-faire pédagogique...
... Mais précisément, on peut tirer parti de cette expérience ancienne en donnant une formation universitaire (Bacc+4 minimum) bivalente ou même tri-valente, suivant les cas, aux futurs Professeurs, au lieu de leur imposer plus tard, sans véritable formation, une discipline mal connue... Ce serait d'autant plus concevable que la formation donnée actuellement dans certaines disciplines dépasse largement ce qui pourra être réellement enseigné dans les établissements secondaires, notamment les Collèges... Evidemment, cela suppose une révision importante des programmes et examens universitaires, car on ne commence pas par le toit quand on construit une maison... Si on n'en est pas capable, pour toutes sortes de raisons - notamment corporatives -, il vaut mieux en rester à la "monovalence" actuelle, avec ses aménagements...