L'affaire de la Société Générale fait de plus en plus de "bruit", à l'image des sommes en litige qui passent des 5 milliards d'euros apparemment perdus par le "trader" Jérôme Kerviel à des "positions" de 50 milliards d'euros qui auraient été liquidées précipitamment par le "PDG" Daniel Bouton alors qu'elles auraient pu être redressées "avec le temps"...
Il n'est déjà pas facile pour le "commun des mortels" - en France comme à l'étranger - de comprendre le fonctionnement de l'économie et notamment des transactions boursières... Il en résulte une sorte de méfiance instinctive de l'opinion vis-à-vis des organismes concernés - comme les banques - accréditant l'idée de leur incapacité à maîtriser la technicité croissante des opérations... Et cette méfiance ne peut qu'être aggravée par le "brouillard" délibéré qui a été entretenu par les protagonistes de cette affaire de la Société Générale...
C'est pourquoi, à défaut de connaître réellement les "tenants et aboutissants" de cette affaire, on est obligé de s'en tenir à des "hypothèses" en fonction des informations incertaines et donc sujettes à caution des médias :
- D'une part, le courtier Jérôme Kerviel est présenté comme un homme de 31 ans, originaire de Pont-Labbé en Bretagne, où il a laissé le souvenir d'un jeune étudiant "sérieux, travailleur, intelligent", bref sans histoire... En 2000, il a obtenu un "Master d'opérations de marché" avec la mention Assez Bien à l'Université de Lyon 2, dont un responsable a dit avec humour : "Si c'était un génie, on ne l'avait pas repéré"... Recruté en 2004 par la Société Générale, il donne apparemment satisfaction, puisque son "portefeuille" est encore bénéficiaire d'environ 1 milliard d'euros fin 2006 et qu'il a donc eu une part non négligeable dans l'enrichissement de la banque attesté par son 9ème rang dans les profits réalisés par les entreprises du CAC 40...
- D'autre part, le PDG Daniel Bouton est présenté comme un "self-made-man" à la la carrière méritoire, même si elle a été plutôt aidée par sa participation comme Directeur à des cabinets ministériels, de droite comme de gauche,... et il bénéficie d'une bonne réputation en raison du développement de la Société Générale sous son égide... Lui-même a déclaré à Europe 1 le lundi 28 janvier 2008 que la Société Générale était une banque exemplaire, en précisant qu'elle pratiquait une politique de promotion remarquable pour ses employés...
Alors, compte tenu d'une telle "excellence" de part et d'autre, qu'a-t-il pu se passer ?...Où est la faille qui a déclenché l'affaire ?...
- Jérôme Kerviel avait une fonction de "trader", consistant à vendre d'un coté des contrats à terme portant sur la valeur des principaux indices boursiers européens, de l'autre à acheter les actions qui composent les indices... c'est-à-dire, en simplifiant, à "spéculer" en vendant et achetant de façon à réaliser le plus grand bénéfice possible... Evidemment pas de problème tant qu'il y a un bénéfice : l'intéressé a lui-même souligné : "Tant que nous gagnons, et que ça ne se voit pas (sic), on ne nous dit rien"... Mais il peut aussi y avoir un débit, et dans ce cas, il faut anticiper sur des actions futures... en clair, faire ce qu'on appelle vulgairement de la ..."cavalerie" : le procédé n'est certes pas normal, mais il est ...courant, et beaucoup d'entreprises seraient rapidement en faillite et leurs dirigeants condamnés s'il fallait la proscrire systématiquement... Le problème est donc certainement venu d'une anticipation ratée ou ...interrompue, l'intéressé ayant en effet déclaré "qu'il escompait se refaire dans le 1er semestre 2008" ...On peut le croire, avec cette réserve qu'il s'était manifestement engagé pour des sommes trop importantes, largement au-delà du plafond qui lui était autorisé, ...car là est son erreur, même s'il affirme que cette pratique est courante dans son milieu... Il est également possible, et même vraisemblable, qu'il ait succombé à la fois une "frénésie de la réussite" et à une "volonté d'être le meilleur" vis-à-vis de collègues qui, ayant des diplômes supérieurs (Polytechnique, Centrale...), l'avaient "snobé" et qui, peut-être, l'ont secrètement dénoncé... On peut également imaginer, s'il est vrai qu'une prime de 300.000 euros pouvait lui être versée au titre des positions prises en 2007 - alors que son salaire était de 100.000 euros par an - "qu'il ait succombé à la tentation"...
- Daniel Bouton avait certes une bonne réputation comme "PDG", mais il avait quand même échoué dans quelques opérations comme le rachat des des banques CIC et Paribas et il n'était pas un "tendre", à en juger par les témoignages de collaborateurs évoquant son arrogance... Et en l'occurrence, il paraît évident qu'il a commis lui aussi des erreurs : d'abord cette promesse de prime qui, si elle a été faite, avait une allure de "pousse-au-crime"... Ensuite une faute de "casting", en confiant une fonction opératoire à un employé qui avait préalablement travaillé au contrôle, cet employé ne pouvant alors que connaître les moyens d'y échapper par une bonne manipulation informatique.. Enfin, au lieu de régler le problème en "douceur", le PDG l'a aggravé en liquidant d'un seul coup les positions, ce qui ne pouvait que provoquer la baisse du cours des actions, à fortiori dans le contexte d'une menace de "krach financier" international, avec cette histoire de l'immobilier aux Etats-Unis - les "subprimes" - où la Société Générale était impliquée pour 2 milliards d'euros, ce qui n'était pas plus honorable pour le PDG que le découvert de 5 milliards d'euros d'un de ses "traders"... pourtant chargé de tous les maux comme un "bouc émissaire"...
Bien entendu, la présente interprétation n'est - il faut le répéter - qu'une hypothèse, et cette hypothèse n'est peut-être elle-même qu'un tissu d'erreurs... Il n'en est pas moins vrai - puisque, par une coïncidence étrange, une réunion de Chefs d'Etat a eu lieu le 29 janvier 2008 pour réfléchir à "l'assainissement des pratiques financières" - qu'on ne peut que souhaiter, comme l'a souligné le Président Sarkozy, "un peu plus de transparence" et une "économie qui soit non pas un capitalisme de spéculateurs, mais un capitalisme d'entrepreneurs"... Voeu pieux ?...