Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Etant directement concerné par le chômage de mon fils, cadre de 43 ans dans le secteur Marketing, je me suis abstenu jusqu'à présent d'évoquer ce problème, dans un souci d'objectivité, car mon écoeurement est grand... Mais finalement je pense qu'il est possible d'en parler, au moins pour en discerner les causes et réfléchir aux remèdes possibles...
Le chômage a évidemment des causes profondes dites "structurelles" qui ne sont pas une exclusivité "française" :
- Causes économiques : l'ouverture du monde a certes apporté un enrichissement global des entreprises, comme en témoigne la progression du "CAC 40" d'environ 50 % en moins de 5 ans... Mais cet enrichissement a été assuré au prix de la concurrence, c'est-à-dire souvent grâce à des regroupements ou des délocalisations , voire même au seul souci d'assurer un "ratio" plus important du bénéfice des actionnaires, ce qui a entraîné des licenciements massifs de salariés, y compris de cadres chevronnés...
- Causes sociales : l'évolution démographique a contribué à un déficit des emplois (les suppressions étant supérieures aux créations), car les entreprises n'ont parfois eu, au moins dans certains secteurs, que l'embarras du choix, notamment pour les cadres : il était "rentable" de licencier des collaborateurs chevronnés pour les remplacer par des "jeunes" payés moins cher, le processus faisant boule de neige... Et ceci à fortiori avec l'arrivée sur le marché du travail de générations toujours plus nombreuses de "diplômés", à la limite du raisonnable ou ,en tous cas, sans orientation préalable...
Cependant la forte reprise actuelle de l'économie des Etats-Unis - toujours leaders dans ce domaine, non sans un égoïsme foncier - montre qu'il y a aussi des causes "conjoncturelles" et qu'après une longue période de stagnation relative l'économie mondiale repart à la hausse... Le journal Le Figaro du 16 janvier 2006, dans son encart "Entreprises et Emplois" a pu titrer (page 11) : "Des cadres au bord de l'euphorie !"... avec des sondages et des graphiques montrant des "prévisions de croissance bien meilleures en 2006 qu'en 2005"... Est-ce à dire que la France - qui détient de tristes records de chômage (entre 25 et 50 % de "jeunes"...et de "vieux") est vraiment concernée, et qu'une diminution du chômage - notamment des cadres - est envisageable ?...
- Le gouvernement Villepin (après Balladur, Jospin, Raffarin... donc indépendamment des contingences politiques) prend des mesures de "traitement social du chômage"... Et après l'échec patent des mesures de contrainte, il a le courage d'initier des mesures de "libéralisation" allant jusqu'à toucher aux "dogmes" - il est vrai, déjà écornés - du Contrat à Durée Indéterminée (CDI) et de l'interdiction des licenciements : contrat de nouvelle embauche, avec possibilité de licencier dans les 2 ans, et mesures analogues pour les "jeunes" et les "plus de 50 ans"..., les limites imposées aux entreprises étant largement compensées par la suspension provisoire des charges sociales... En fait, le gouvernement, ne pouvant pas agir sur "l'économie" fait ce qu'il peut pour "limiter la casse sociale" engendrée par celle-ci, voire pour "inverser le courant"... Cet effort sera-t-il suffisant ?
- L'effort n'est certes pas négligeable, à en juger par les premiers résultats... Mais il n'aura de véritable effet que s'il est pratiquement aidé par une forte reprise de l'économie en France... Dans l'affirmative, une telle reprise peut être aidée par l'évolution démographique elle-même (Papy-boom...) qui, même s'il ne faut pas s'en exagérer l'importance, va favoriser l'emploi, notamment des "jeunes" (20-30 ans) moins nombreux et des "moins jeunes" (30-50 ans)... On peut alors s'imaginer qu'on en reviendra à une situation de (presque) plein emploi, avec une remontée des CDI... Rien n'est moins sûr...
En effet, l'économie ne cesse d'évoluer, et, dans certains secteurs, la "qualification" est sans cesse remise en cause, ce qui suppose ou bien qu'on exerce plusieurs métiers dans sa vie active, ou qu'on se soumet régulièrement à une "ré-adaptation" permanente... Dans ce cas, le CDI est condamné sous sa forme actuelle à plus ou mois long terme; et le problème devient de trouver une formule qui garantisse la continuité de l'emploi pour les salariés... comme, par exemple "un contrat évolutif" permettant des stages réguliers ou occasionnels de ré-adaptation, dont le coût devra être partagé entre les entreprises et les salariés dans le cadre de "conventions collectives"...
Il n'est pas interdit de rêver...