Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La retraite est naturellement associée à la vieillesse, et comme la vieillesse est un sujet d'inquiétude plus ou moins latente pour beaucoup de gens, le problème de cette retraite est souvent reporté à plus tard, ...quand ce n'est pas trop tard.
Il est donc utile de s'interroger sur la notion même de retraite, afin d'avoir à son sujet des idées claires et objectives, ce qui n'est pas toujours le cas dans l'opinion publique à en juger par les réactions diverses à l'occasion de la journée de manifestations du 22 mai dernier :
- La retraite est d'abord une affaire personnelle. Il y a pour chacun un déclin inéluctable de la vie qui n'obéit pas à une règle fixe, puisqu'il survient plus ou moins vite et plus ou moins fort sur le plan physique et sur le plan moral. Il est donc normal que certaines personnes éprouvent le besoin de ralentir ou d'arrêter leur "activité", parce que celle-ci leur est pénible ou simplement parce qu'elles en ont envie...Inversement, il est tout aussi normal que d'autres personnes ne ressentent pas la nécessité de "prendre leur retraite", parce qu'elles trouvent dans leur "activité"- parfois "jusqu'au bout" ...ou presque - un équilibre qui devient même pour elles une "raison de vivre", notamment dans les professions dites libérales où il n'y a pas de contraintes collectives...En quelque sorte, il s'agit donc d'une équation propre à chaque individu...
- Mais la retraite est aussi une affaire sociale. Il y a effectivement pour la plus grande partie de la population des contraintes collectives, résultant de la "pyramide démographique" - se traduisant par la division, d'ailleurs contestable, entre "jeunes", "actifs" et "vieux"... - ainsi que le développement "massif" des métiers (ouvriers, fonctionnaires, employés divers), ayant conduit à établir des règles "communes" : d'abord un "âge légal de départ à la retraite", fixé en France à 60 ans (1) depuis la loi du 1er avril 1983, ce qui a été alors considéré comme une "grande conquête sociale", au même titre que les lois fixant en 1998 et 2000 la "durée hebdomadaire du travail à 35 heures"...Ajoutées à des "départs anticipés à la retraite", ces dispositions devaient permettre de résorber le chômage... Malheureusement, il n'en a rien été - ou fort peu - et ces dispositions ont surtout servi à améliorer la vie de la génération alors concernée ...au dépens de la génération suivante, c'est-à-dire les plus jeunes, ...alors que que les raisons d'un tel échec étaient pourtant prévisibles...
En effet, l'évolution démographique était telle que, dès les années 1945-1950 avec le "baby-boom", on pouvait prévoir qu'il y aurait une proportion de retraités 60 ans après, c'est-à-dire à partir de 2005, dépassant les capacités de la population "active", tant sur le plan des tâches à accomplir que du financement des pensions... Et ce dépassement était d'autant plus prévisible que les progrès de la médecine et du bien-être (les "30 glorieuses") ont fait progresser "l'espérance de vie" d'environ 60 ans à environ 80 ans en un demi-siècle... ce qui justifie qu'il y ait actuellement une proportion importante de gens capables de prolonger leur activité jusqu'à 70 ans, sinon plus, sans que cela soit choquant, au contraire...
Quoi qu'il en soit, il faut désormais faire face à une situation de crise devenue incontournable dans le domaine des retraites... Il y a des solutions radicales comme le relèvement des cotisations des actifs, ou la création d'une taxe sur les bénéfices des entreprises à l'instar de l'imposition des produits pétroliers (TIPP), mais "le remède peut être pire que le mal", surtout dans le contexte actuel de difficultés économiques mettant en cause le pouvoir d'achat... Il faut néanmoins "faire quelquechose", mais quoi ?...
- Le gouvernement, poussé par l'urgence, est tenté de s'en prendre d'abord aux "effets", c'est-à-dire à l'insuffisance prévisible du financement... Et, comme il lui est difficile d'augmenter les cotisations des actifs, c'est-à-dire d'agir sur le"multiplicande", il envisage d'agir sur le "multiplicateur", sur le nombre des "actifs" cotisants en rallongeant la durée de "l'activité" qui passerait par étapes à 41 années en 2012... Les syndicats ont déjà réagi par leurs manifestations du 22 mai, car on peut comprendre que "la pilule soit difficile à avaler", mais ils ne peuvent ignorer les échéances...Tout au plus peuvent-ils chercher - non sans raison - à retarder ces échéances, en demandant de développer le "travail des seniors", pour lequel la France, en raison de la pratique antérieure des "pré-retraites" et du refus des entreprises de les engager, a la proportion la plus faible d'Europe (37,6 % de seniors de 55-65 ans au travail en 2006 alors que l'Union Européenne prescrit 50 % en 2010) ...Mais l'arbre, même s'il est planté (ce qui reste à démontrer) , ne pourra pas cacher longtemps la forêt...
- Le gouvernement n'aura donc pas d'autre solution que de s'attaquer aux "causes", c'est-à-dire à la durée du travail dans tous ses aspects : d'abord un relèvement progressif de la durée hebdomadaire de travail aux normes antérieures de 39 ou 40 heures , avec augmentation parallèle des salaires à titre de compensation - ce qui ira dans le sens d'une amélioration du pouvoir d'achat - ou, à défaut, un large recours aux heures supplémentaires ou au rachat des RTT... Ensuite, un relèvement de l'âge de départ à la retraite, en faisant sauter "le verrou "des 60 ans, ce qui n'aurait rien d'extraordinaire et permettrait une juste équité avec les autre pays de l'Europe, puisque l'âge de 65 ans est pratiqué dans la plupart des pays de l'OCDE et que le Danemark et la Norvège montent même jusqu'à 67 ans, avec un système de départ anticipé 2 à 5 ans avant cet âge pour faire face aux situations particulières...
C'est d'ailleurs pourquoi il conviendrait d'appliquer de telles mesures avec circonspection, en ne tombant pas , une fois de plus, dans 'l'égalitarisme"...et en permettant, compte tenu du fait que le départ à la retraite est d'abord une "affaire personnelle", la plus grande liberté possible dans leur application... Une "retraite choisie" vaudra toujours mieux qu'une "retraite imposée", et la vieillesse n'en sera que plus facile à accepter...
(1) Expression résumée, étant entendu qu'il s'agit de l'âge à partir duquel on peut prendre sa retraite et recevoir sa pension, le départ à la retraite devenant obligatoire 5 ans plus tard, à 65 ans.
-