Réflexions sur l'actualité en tous genres.
De nombreux médias "titrent" actuellement sur les problèmes posés à l'économie du monde et par conséquent à l'équilibre social de nombreux pays par le renchérissement considérable du pétrole passé de 60 dollars le baril (*) en mai 2007 à 150 dollars en mai 2008 ... et ils parlent à juste ...titre d'un 3ème choc pétrolier, survenant après ceux de 1974 et 1980.
Le moins que puisse ressentir l'opinion publique est que ce 3ème choc pétrolier - plus encore que les deux précédents dûs à des causes externes (guerre du Kippour en 1973 et Révolution iranienne en 1979) - est particulièrement ..."choquant", parce qu'il ne relève que de causes internes en faisant l'objet d'un scandale à l'échelle mondiale...
En effet, même si, à l'instar du charbon et du gaz, les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables, il est impossible d'admettre que l'augmentation du prix du pétrole, à son rythme actuel, est dû à l'éventualité prochaine de son épuisement ...En 2005, les réserves "prouvées" de pétrole dans le monde étaient de 160 milliards de tonnes (*), et la consommation a été d'environ 5 milliards de tonnes dans l'année... L'échéance de son épuisement n'est donc pas prochaine, d'autant moins qu'il faut tenir compte des réserves "potentielles" dans des régions aux ressources naturelles encore largement inexplorées comme l'Amazonie, le Bassin du Congo, le nord de la Sibérie, diverses contrées de l'Asie du Sud-Est et de l'Océanie, ...auxquels on peut ajouter les découvertes possibles et l'exploitation - il est vrai, plus coûteuse - de réserves dans l'Antarctique et l'Arctique (cf la dorsale de Lomonossov ayant justifié une expédition russe)... L'augmentation du prix du pétrole n'a donc pas actuellement de cause "structurelle"...
A-t-elle, par contre, une cause "conjoncturelle" ?... Certainement, mais il est nécessaire d'en limiter la portée, qui ne justifie en aucune façon le doublement du prix depuis un an...En effet, le développement économique de certains pays dits "émergents" comme la Chine, l'Inde ou le Brésil pousse à une certaine "pression" sur les prix, accentuée par une insuffisance chronique du raffinage, en particulier aux Etats-Unis ...Mais les pays producteurs de pétrole, notamment l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) qui contrôle environ 70 % de l'exportation, ont la capacité d'augmenter la production ...Or ils ne l'augmentent pas, ou fort peu, trop heureux de profiter de la hausse pour accroître leurs investissements qui, paraît-il, leur coûtent cher, l'exploration de certains "champs" leur revenant à 60 dollars le baril... Dès lors, évidemment, suivant la loi du marché entre et la demande, les prix ne peuvent que monter...
Et dans ces conditions, comme pour la réclame du Loto en France, "cela ne coûte pas (trop) cher et ça peut rapporter gros"...comme le prouvent les profits records des compagnies pétrolières en 2007 :
Exxon Mobil .......40,6 milliards de dollars
soit + que le PIB des 2/3 des pays du monde
Chevron .............27,6 milliards de dollars
Total ..................12,2 milliards de dollars
etc...
Néanmoins, les compagnies pétrolières ont beau jeu de dire qu'elles ne contrôlent plus le prix du baril et que celui-ci fait l'objet d'une spéculation effrénée qui s'étend aux matières et aux denrées dont la production et la consommation dépendent fortement des sources d'énergie et des transports ... Et elles soulignent non sans raison que le prix de l'essence ou du fuel à la pompe comporte souvent une part importante de taxes (entre 18 et 64 % de TIPP en France suivant les produits), mais en oubliant de préciser que ces taxes permettent de limiter l'impôt sur le revenu dans le cadre des recettes publiques et servent en partie à reverser des aides aux professions en difficulté, comme c'est le cas actuellement pour les pêcheurs...
Or les pêcheurs ne sont que la "partie émergée de l'iceberg", dont l'ampleur et la rapidité des réactions correspondent au fait qu'ils sont immédiatement concernés par la part des dépenses de fuel dans le budget de leur pêche... En fait, la "grogne" est en train de "gagner le monde", notamment en Europe, non seulement dans les diverses branches de métiers, mais dans l'ensemble de la population, surtout, et comme toujours en cas de crise, les plus pauvres - petits salariés et retraités ainsi que chômeurs - affectés prioritairement par une baisse du pouvoir d'achat...
Il est donc nécessaire d'en finir avec cette "frénésie pétrolière" qui peut désormais engendrer des troubles graves... Et comme il n'est pas possible, dans une "économie mondialisée", à des pays comme la France d'agir isolément, il faut recourir d'urgence à des organismes internationaux... Déjà, le 1er Ministre britannique Gordon Brown annonce que "l'augmentation de la production internationale de pétrole sera au programme du prochain "Sommet Européen" (mi-juin) et du "G8" (juillet)" ...Mais cette mesure d'urgence ne suffira pas, car il faut se garantir contre tout nouvel excès... L'Union Européenne a déjà donné l'exemple en créant une "Commission Européenne de l'Energie" ...Il faut aller plus loin en mettant en place un organisme international à l'image de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ayant le pouvoir de réguler les cours de l'énergie, notamment celui du pétrole et des produits dérivés ...et, au delà, de préparer l'avenir en temps utile par un développement des recherches en matière d'énergies nouvelles (en particulier l'hydrogène qui, entrant dans la composition de l'eau - H2 0 - est réllement inépuisable), ceci pour éviter de tomber avant la fin du 21ème siècle dans une crise "structurelle" liée à la raréfaction du pétrole...
(*) 1 baril = 159 litres et 1 tonne = 7,3 barils