Après ...ou avec le scandale du pétrole, le scandale de l'eau...
La France a la chance de ne pas avoir de problème de consommation d'eau en raison de son climat tempéré et humide ...Chance qui est loin d'être partagée par de nombreux pays du monde, notamment ceux qui sont situés dans des zones de steppes ou de déserts actuellement en extension à cause d'un réchauffement climatique de durée incertaine ...C'est d'ailleurs un des thèmes centraux de l'Exposition Internationale sur l'Eau, prévue en Espagne à partir du 14 juin 2008.
Et pourtant, il y a un scandale de l'eau en France ...On pourrait penser en effet qu'en raison d'une régularité rarement mise en cause - sécheresse en 1976 ou inversement inondation en 1995 - l'eau fasse partie des "produits" facilement disponibles et donc peu coûteux ...Or ce n'est pas le cas : non seulement l'eau distribuée après traitement pour la rendre "potable" est chère, mais elle donne lieu à de nombreuses disparités ...Car le prix de l'eau potable varie du simple au ...double, à en juger par une enquête réalisée pour 2004 par l'Institut Français de l'Environnement (IFEN), suivant laquelle le prix de l'eau allait de 1,80 euro le mètre cube (Massif Central, Alpes) à 4,20 euros (Bretagne), ce qui est plutôt paradoxal puisque l'Ouest est plus arrosé que l'Est ...Enquête largement dépassée d'ailleurs, puisqu'une enquête personnelle révèle un prix de 6,77 euros dans une petite bourgade près de Dieppe (Seine-Maritime) et de 4,60 euros à Redon (Ile-et-Vilaine)... Le prix augmente en effet beaucoup plus rapidement que l'inflation, puisqu'il est monté en moyenne de 3,6 % en 2007 par rapport à 2006, alors que l'inflation n'a été dans le même temps que de 1,5 %...
Comment expliquer cette situation ?... A nouveau on peut penser qu'en vertu de la loi bien connue de l'offre et de la demande le prix de l'eau augmente parce que la consommation se développe en raison de l'accroissement de la population et de ses besoins ...Mais à nouveau ce n'est pas le cas ...car la consommation ne cesse de ...baisser - oui, de baisser ! - pour des motifs divers : progrès techniques permettant surtout aux industries de réduire leur utilisation, comportement plus "écologique" des usagers ...encouragé, il est vrai, par la hausse rapide du prix... Et cette baisse de la consommation devrait même s'accentuer, car il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine, en cessant par exemple d'utiliser l'eau "potable" pour les sanitaires, les nettoyages divers ou les arrosages de jardins (cf vogue actuelle des citernes d'eau de pluie) ...Néanmoins les "professionnels de l'eau" justifient leurs prix en faisant valoir que leurs "charges fixes" (façon de parler...) représentent 80 % du prix de revient : construction et entretien des réseaux, stations d'épuration, etc..., pour lesquels le coût des ouvrages augmente plus vite que l'inflation ...et s'accélère encore depuis 2007 avec la montée des prix des matières premières, et notamment du pétrole (encore lui !) ...Et ils ajoutent que ces charges sont accentuées par les directives européennes faisant obligation de traiter les eaux usées au nom de l'environnement, en limitant au maximum les rejets de phosphate et d'azote...
Même en acceptant ...ou du moins en prenant acte de ces arguments, il reste alors à expliquer pourquoi les prix peuvent varier du simple au double... Pour cela, il faut rappeler que le service de l'eau est à la charge des communes (ou des syndicats intercommunaux) et qu'elles ont la possibilité de choisir entre 2 types de gestion : soit la "Régie" consistant en une gestion directe (au moins pour la distribution), soit la "Délégation de Service Public" confiant la gestion à une Compagnie privée... Or il n'y a pratiquement que 3 grandes Compagnies - Véolia, Suez et Saur - ne laissant pas de place à de petites entreprises locales et dont les parts de marché restent stables, ce qui jette un doute sur la sincérité des appels d'offres réglementaires ...Le résultat est illustré par un rapport de l'organisme EAU (Elus-Associations-Usagers) donnant l'exemple de la petite commune de Venelles, près d'Aix-en-Provence, qui, après une hausse de 60% pratiquée par la Saur au début des années 90 n'avait pas renouvelé le contrat en 2001 à la faveur d'un changement de municipalité ...Dès 2002, le prix avait baissé de 21 %, ce qui avait permis à la municipalité de faire une économie de 350.000 euros...
Sans commentaire...