La crise économique qui ébranle le monde depuis le 2ème semestre 2008 a au moins le mérite de remettre en cause la querelle "dogmatique" sur les vertus supposées de "libéralisme" et du "protectionnisme"...
Il s'agit d'une vieille querelle, qui a toujours poussé les Etats - suivant les circonstances - soit à encourager leur économie jugée suffisamment forte pour l'exercice d'une libre concurrence, soit au contraire à la protéger contre la concurrence jugée dangereuse de celle des autres Etats...
C'est ainsi que, depuis la 2ème Guerre Mondiale ayant rendu nécessaire une intervention importante des Etats pour assurer leur "reconstruction " - qu'il s'agisse d'une aide internationale comme le "Plan Marshall" institué par les Etats-Unis ou de "Plans nationaux" élaborés par de nombreux Etats européens - le monde dit "occidental" est passé progressivement à une "libéralisation des échanges" malgré diverses crises liées notamment à l'exploitation du pétrole ...Mais cette libéralisation a donné lieu à une spéculation outrancière, en particulier aux Etats-Unis, traditionnellement portés vers le "crédit" en raison de la domination du dollar, de sorte que le gonflement de la "bulle financière" dépassant largement la réalité des échanges a finalement entraîné la chute des valeurs avec le ralentissement de la production : crise des "subprimes", crise du crédit, crise des banques, crise économique ...et crise de la consommation en raison de la diminution du pouvoir d'achat...
Le problème a été aggravé par le fait qu'il a été accompagné de pratiques nuisibles à la cohésion sociale : là où il aurait été nécessaire de "se serrer les coudes" - notamment au niveau des grandes entreprises - pour faire face aux difficultés - on a assisté à des réductions massives des effectifs et à des "délocalisations", vers des pays à main d'oeuvre moins coûteuse, dans le seul souci de sauvegarder la "rentabilité économique" au mépris des "intérêts sociaux" ...Il est symptômatique que, cette année encore, les revues financières annoncent pour l'année 2008 des profits importants des "Sociétés du CAC 40" en France, à peine en diminution par rapport à 2008, avec des distributions de dividendes aux actionnaires ...De surcroît, on constate une augmentation "exponentielle" des rémunérations des dirigeants (plusieurs millions d'euros par mois : salaires, indemnités diverses, stock-options...), alors que les salaires des employés et petits cadres stagnent ou même reculent à la suite "d'arrêts de production"...
Les difficultés ne se limitent d'ailleurs pas au "monde occidental", puisqu'il affecte par contre-coup les pays dits "en voie de développement", dont les exportations sont ralenties, voire bloquées, alors même qu'ils y sacrifient souvent leurs productions vivrières, comme au Ghana, au Cameroun ou au Congo, où ont déjà éclaté des émeutes de la faim...
Ces difficultés, en raison même de leur gravité, ont entraîné une réaction salutaire des Etats les plus développés - G 6 élargi ensuite au G 20 - qui ont organisé des "Plans de relance" ...autrement dit... qui sont revenus à une politique "interventionniste" dans l'économie...C'est le cas en France où le Président Sarkozy, qui s'était pourtant fait le chantre de la liberté lors de sa campagne électorale et au début de son mandat en 2008, a non seulement dit que "c'en était fini" ...mais a même entraîné l'Europe dans le même sens à l'occasion de da mandature de 6 mois au 2ème semestre 2008 ...A cet égard, l'attitude du nouveau Président américain Obama a été beaucoup plus cohérente, à en juger par ses promesses de campagne rapidement traduites dans ses premières déclarations, où il affime :"Une nation ne peut pas prospérer pendant longtemps si elle favorise uniquement ses membres déjà prospères. La réussite de notre économie a toujours dépendu, non seulement du niveau de notre produit intérieur brut, mais aussi de l'étendue de notre prospérité, de notre habileté à étendre cette chance à toutes les personnes de bonne volonté. Non pas par charité, mais parce qu'il d'agit là du moyen le plus sûrde parvenir au bien commun"...Et il a joint le geste à la parole en limitant aussitôt les salaires de ses principaux collaborateurs ...et en imposant une forte baisse des rémunérations des dirigeants d'entreprises, à fortiori si celles-ci reçoivent une aide de l'Etat fédéral... Cette attitude est d'autant plus importante qu'il bénéficie actuellement d'un prestige inégalé dans le monde et paraît apte à "faire bouger les choses", c'est-à-dire à remettre de l'ordre dans l'économie de son pays comme dans celle du monde...
En effet, c'est au niveau du monde qu'une réorganisation est nécessaire, car des mesures "nationales" ne peuvent pas avoir d'effet, et même peuvent relancer une concurrence dangereuse, s'il n'y a pas une concertation "planétaire"... Cette concertation doit aboutir à une "moralisation de l'économie", où le profit financier ne devra plus être le seul "moteur" au bénéfice seulement de "quelques-uns", l'incidence sociale devant être aussi et constamment prise en compte ...C'est à ce prix que l'économie repartira sur de bonnes bases ...Sinon ...