Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La demande d'adhésion de la Turquie à la Communauté Européenne constitue actuellement un problème majeur, non seulement pour les instances de cette Communauté, mais pour chacun des Pays membres, où l'opinion des responsables politiques est le plus souvent divisée, comme c'est le cas en France...
Evidemment, on peut trouver des justifications à cette adhésion, ne serait-ce qu'en rappelant l'Histoire : le territoire actuel de la Turquie a fait partie successivement de l'héritage hellénistique d'Alexandre, de l'Empire Romain et de l'Empire Byzantin, soit pendant une période allant du 4ème siècle av.JC au 15ème siècle après JC, c'est-à-dire environ 18 siècles, autant dire presque 2 millénaires... Ce n'est pas négligeable, et d'ailleurs il en reste des traces nombreuses dans la variété du peuplement, la persistance de minorités religieuses - notamment juives et chrétiennes de diverses confessions - ainsi que les vestiges monumentaux à l'origine d'un tourisme important des Européens eux-mêmes...
Il n'en est pas moins vrai que , depuis la chute de Constantinople devenue Istanbul (1453), l'Empire Turc s'est implanté de façon durable, au point d'obtenir la conversion de la quasi-totalité de la population d'Asie Mineure à l'Islam (98 %)... et cet Empire s'est même développé en Europe, notamment dans les Balkans, où subsistent encore de fortes minorités musulmanes (Bosnie, Kosovo...) expliquant les conflits actuels de l'ancienne Yougoslavie... On peut d'ailleurs rappeler que la "crainte des Turcs" a été longtemps un élément important de la politique des Pays européens, - la monarchie des Habsbourgs ayant constitué le rempart de la "Marche de l'Est" (Oster-reich = Autriche)...
Cependant, certains commentateurs objectent que, depuis Ataturk (1923-1938) la Turquie s'est à la fois "laïcisée" et "occidentalisée", et des reportages sur les grandes villes (Istanbul, Ankara...) sont probants sur ce point... D'autre part, la Turquie fait partie de l'OTAN depuis 1952... Mais ces arguments ne sont pas totalement convaincants, car le gouvernement a été conquis par un parti "islamiste" (modéré, il est vrai...) et le "danger de l'URSS" a disparu... Alors ?...
Alors, il faut faire le point de la situation dans le cadre de la "géopolitique" :
- Sur le plan démographique, il faut souligner que la Turquie comporte actuellement environ 67.300.000 habitants, tandis que l'Europe (hors Russie) en contient un peu moins de 600.000.000... L'entrée de la Turquie en Europe apporterait donc d'un coup environ 10 % de population supplémentaire, proportion appelée à augmenter en raison d'une croissance démographique plus rapide pouvant l'amener à 100.000.000 vers 205O... C'est beaucoup,... mais ce n'est pas cependant un argument décisif : somme toute, lors de la formation du Conseil de l'Europe en 1949, il y avait en France beaucoup de gens qui craignaient son écrasement économique par l'Allemagne alors sensiblement plus peuplée... Et la crainte s'est renouvelée lors de la réunification de l'Allemagne en 1990... En fait, la crainte de la Turquie a une origine plus importante, mais moins "avouable" dans un contexte désormais hostile aux discriminations...
- Sur le plan religieux, en effet, la Turquie est acquise à l'Islam, et la "pratique" musulmane y est encore très forte - jusque dans les moeurs quotidiennes (ex: place de la femme), alors que parallèlement la "pratique" chrétienne a fortement baissé en Europe... A la rigueur, les Européens pourraient accepter cette "co-existence" s'il y avait une tradition de tolérance... Malheureusement, "l'activisme islamiste" dans le monde, et en particulier en Europe -même s'il est désapprouvé par les musulmans modérés - est un facteur de rejet : il n'est pas excessif de dire qu'il a été une cause importante du refus du Traité Constitutionnel par une majorité de Français en 2005...
Dans ces conditions, il paraît difficile d'envisager l'entrée de la Turquie dans la Communauté Européenne, alors que celle-ci, de surcroît, n'a pas encore réglé les problèmes nombreux résultant de son élargissement aux anciennes "démocraties populaires de l'Est"... Mais cela ne signifie pas pour autant que la Turquie doive être "laissée pour compte" ...On peut même faire de la "prospective" - où elle serait encouragée à prendre sa place - en organisant la répartition des Pays en 4 zones autour du centre aussi ancien qu'historique de la Méditerranée, pouvant collaborer sur le plan économique par des traité bi-latéraux (certains existant déjà...) :
1. La zone de la Communauté Européenne, élargie à ses petites dépendances extérieures (Islande, Antilles, Océanie...)
2. La zone de la Communauté des Etats Indépendants groupés autour de la Russie (Ukraine, Biélorussie, Etats Caucasiens, Sibérie...)
3 La zone du Moyen-Orient où la Turquie pourrait jouer un rôle en raison du voisinage des frontières et de l'identité musulmane (Syrie, Irak, Iran, Jordanie...)
4. La zone du Nord de l'Afrique, de l'Egypte au Maroc, reconstituant une association ancienne du Makrek et du Maghreb...
Vue de l'esprit ?... Dans l'immédiat, oui...car il faudrait d'abord transcender des problèmes majeurs comme ceux de l'Irak, des Républiques d'Asie Centrale, des Kurdes, de l'hostilité entre les sunnites et les chiites, et bien sûr de la place d'Israël... Mais on peut espérer qu'avec le temps les difficultés s'apaiseront... L'Histoire a souvent réservé des surprises : après tout, qui aurait prédit l'implosion de l'URSS en 1989 ?...