Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexions sur l'actualité en tous genres.

Publicité

La Présidence de la République

   Le journaliste Alfred Grosser a publié le 28 février 2007 un article intitulé "La Présidence surestimée et rabaissée" (*), permettant de bien situer l'enjeu des prochaines élections présidentielles... En effet, il montre que cette charge a connu depuis 1958 une évolution pour le moins incohérente,  en raison du comportement très variable des Présidents successivement élus, ce qui prouve, dans ce domaine comme dans d'autres, que l'écart peut être important entre la "théorie" et la "pratique" et, en l'occurrence, entre la "lettre" et "l'esprit" de la Constitution ...

   Dans la Constitution de 1958, le Général De Gaulle - qui avait condamné dès 1946 le régime des partis de la 4ème République et ironisé sur le Président qui "inaugurait les chrysanthèmes" - avait redonné à ce Président un rôle décisif dans la conduite des affaires de l'Etat... Néanmoins, il ne lui avait pas attribué un rôle exclusif, comme le révèlent ses propos lors de la présentation de la Constitution pour le référendum du 4 septembre 1958 : ..."Qu'il existe, au-dessus des luttes politiques, un arbitre national, chargé d'assurer le fonctionnement régulier des institutions, ayant le droit de recourir au jugement du peuple souverain... Qu'il existe un gouvernement qui soit fait pour gouverner, à qui on en laisse le temps et la possibilité... Qu'il existe un Parlement destiné à représenter la volonté politique de la nation, à voter les lois, à contrôler l'exécutif, sans prétendre sortir de son rôle"... Et le texte même de la Constitution affirmait clairement que ..."le Président veille au respect de la Constitution et assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics" (article 5) et que ..."le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation"(article 20)..."et le Premier Ministre dirige l'action du gouvernement" (article 21)...

   Mais le problème fut que, dès l'origine, le Général De Gaulle, élu comme 1er Président de la 5ème République par un Collège restreint de notables, ... ne tint pas compte de la "lettre" du texte et, ayant à sa dévotion comme 1er Ministre Michel Debré (pourtant inspirateur et rédacteur de ce texte...), assuma "pratiquement" la totalité du pouvoir, ... il est vrai dans le contexte difficile de la Guerre d'Algérie... Et cette exclusivité du pouvoir fut évidemment renforcée par une modification "fondamentale" de la Constitution en 1962 prévoyant "l'élection du Président de la République au suffrage universel"... Réélu dans ces conditions en 1965, il ne prétendit pas pour autant à une "dictature", se souciant seulement "d'avoir la confiance du peuple"...C'est pourquoi, estimant l'avoir perdue avec le refus du référendum d'avril 1969 sur la "Régionalisation", il se retira aussitôt... On peut d'ailleurs en conclure qu'il se serait déjà retiré si une majorité de gauche avait été élue après la dissolution de l'Assemblée en mai 1968, car on ne peut imaginer qu'il aurait accepté une "cohabitation" avec un 1er Ministre socialiste comme François Mitterrand ... qu'il détestait !

   Or, après la présidence interrompue de Georges Pompidou, son successeur Valéry Giscard d'Estaing proclama la possibilité d'une telle "cohabitation" en janvier 1978 avant des élections législatives au résultat alors incertain... Mais la gauche ne l'emporta pas, du moins pas encore, puisque François Mitterrand triompha aux élections présidentielles seulement en 1981... et endossa alors sans la modifier la charge de Président qu'il avait combattue pendant 23 ans... De surcroît, il ne démissionna pas ...et accepta la "cohabitation" avec Jacques Chirac quand la gauche fut battue en 1986... L'histoire se répète alors, puisque François Mitterrand est réélu en 1988... et, 5 ans après, accepte à nouveau une "cohabitation", cette fois avec Edouard Balladur...

   Arrive Jacques Chirac en 1995, et l'histoire prend un chemin inverse : une majorité de gauche ayant été élue en 1997 après sa dissolution malencontreuse de l'Assemblée, il "cohabite" à son tour... avec le socialiste Lionel Jospin... et l'emporte finalement aux élections présidentielles suivantes... avec environ 83 % des voix contre ... Le Pen. Il a alors un "boulevard devant lui" et peut se poser en "rassembleur", ce que les Français ont toujours apprécié... Décidément plus doué pour la politique extérieure - dont il est un expert mondialement reconnu - que pour la politique intérieure, il n'en profite pas et laisse l'autorité de l'Etat "s'effilocher" dans l'immobilisme...

   De sorte que, maintenant, on assiste au spectacle "abracadabrantesque" de candidats aux élections présidentielles de 2007 qui annoncent "les lois qu'ils promulgueront" et proclament toutes sortes de "promesses" se chiffrant en dizaines de milliards d'euros..., comme si le Parlement et le Gouvernement - toujours présents dans la Constitution...- n'existaient pas... Et en contrepartie, ...paradoxalement, ils vont se ridiculiser - pour ne pas dire s'humilier - devant des groupements "catégoriels" :  qu'un Nicolas Hulot présente un "Pacte Ecologique", passe encore... parce qu'il défend l'intérêt général... mais de là à ce que les candidats se commettent à une signature à grand spectacle, non !... Qu'ensuite, ils passent un "grand oral" devant les ...chasseurs, tout cela pour ...chasser des voix, encore non !... Pourquoi pas alors aller devant un assemblée des ...pêcheurs à la ligne... Après tout, les ...abstentionnistes représentent l'un des plus grands partis de France, avec 30 à 40 % de l'électorat en moyenne...

    En conclusion, il est temps de rendre à la Présidence de la République à la fois sa dignité ...et ses limites... Le nouveau Président pourra-t-il s'en charger ?... C'est l'un des grands enjeux de son choix en 2007...

(*) Journal La Croix - Rubrique Forum - Page 22

  

  

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
Bonsoir,encore une fois (cf commentaire sur le blog de candide), cohabitation n'est pas immobilisme... rappelons nous les 35h: ce n'est pas ce que l'on peut appeler une réformette !!!! une connerie oui, mais pas une réformette...!!!Enfin, n'oublions pas que l'élection présidentielle est l'élection d'un homme... pas d'un parti et pas d'un projet ! Même sous le quinquennat !je vous laisse lire la suite sur:www.changerlavenir.comOlivier.
Répondre
D
   Ce serait un cas de figure intéressant, qu'il ne faut pas exclure, suivant l'adage que "les Français n'aiment pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier"... Après tout, il y a l'exemple voisin de l'Allemagne, où, pour d'autres raisons, Angela Merkel a été amenée à diriger une coalition CDU-PSD... Mais en France une telle coalition ne donnerait pas forcément de bons résultats, les "partenaires obligés" pouvant alors se neutraliser dans l'immobilisme...
Répondre
J
Et si les Français élisaient, en Juin, une majorité non conforme aux souhait de l'élu(e) de Mai? Voilà qui constituerait un message très clair!  Quelquechose comme : "Mettez vous d'accord pendant 5 ans  pour faire les réformes qu'ils faut afin de mettre le pays en état de marche sans que l'autre camp vienne ensuite récupéere la mise électorale ... 
Répondre