Réflexions sur l'actualité en tous genres.
L'archéologie religieuse, à ses débuts, avait le seul souci de prouver sur le terrain que la Bible disait vrai, et de fait la Bible fourmille de précisions géographiques et historiques qui sont incontestables... Mais pour autant de nombreux récits ont un caractère légendaire (Abraham, Moïse, Josué, etc...) et sont donc invérifiables... Et ceci n'a rien d'étonnant car la Bible est un "Livre de Foi" destiné à marquer "l'Alliance avec Dieu", et n'a jamais prétendu raconter "l'Histoire" telle qu'on la connaît actuellement avec des critères objectifs... La contrepartie est que les critiques ont beau jeu de souligner les "erreurs" et d'en tirer des conclusions négatives sur la valeur de ce texte religieux.
C'est notamment le cas pour la vie de Jésus-Christ, qui n'a rien écrit lui-même et n'est connu que par les témoignages tardifs des Evangiles, rédigés entre 40 et 60 ans après sa mort... Comme de surcroît ces témoignages avaient seulement pour but d'annoncer la "Bonne Nouvelle", celle de sa mission de "Sauveur", ils sont très imprécis sur sa "biographie" qui ne peut être reconstituée que par "bribes"... Et dans ces "bribes", il y a une femme qui revient à plusieurs reprises sous le nom de Marie-Madeleine et dont la "présence" a suscité les interprétations les plus diverses, allant même jusqu'à en faire "l'épouse de Jésus"...ce qui, évidemment, ne manque pas d'alimenter la presse ou la littérature à sensation, voire à donner lieu à des films ou des documentaires "à grand profit"... Qu'en est-il vraiment ?...
D'abord, il faut partir du nom même de "Marie" : ce nom et ses diverses variantes viennent du latin "Maria", assimilé lors de la conquête romaine au terme sémitique "Myriam" utilisé par les juifs comme plus tard par les Arabes... C'était alors - et c'est encore - un nom fréquent : dans le Nouveau Testament, on en relève ... six, non sans une certaine confusion : bien sûr Marie, épouse de Joseph et mère de Jésus... mais aussi... Marie la pécheresse évoquée par Luc (7-44/50),... Marie dite de Béthanie, soeur de Marthe et de Lazare (le "ressuscité") évoquée par Jean (11) et Matthieu (26-6/13),... Marie dite Salomé, mère de Jean et de Jacques le Majeur,... Marie dite Jacobé, femme de Clopas et mère de Jacques le Mineur, ces dernières évoquées par Marc (15) et supposées être les soeurs de Marie, mère de Jésus... Enfin il y a Marie de Magdala (sens incertain : "de la Tour" ?), devenue Marie-Madeleine : cette femme, ancienne "courtisane" que Jésus a libérée de ses"démons", l'accompagne effectivement Jésus au cours de ses périples ... elle est témoin de sa Passion... et surtout elle est le 1er témoin de sa Résurrection ( Jean 20 - Noli me tangere). Elle avait donc une relation "particulière" avec Jésus...
Il faut dire que les femmes ont eu une grande importance dans l'entourage de Jésus. Elles y sont plus "actives" que les hommes dans les Evangiles, et, à l'exception de Jean ("celui que Jésus aimait"), elles sont seules à assister à sa Passion et à sa mise au tombeau, alors que les hommes - et notamment les apôtres - se sont enfuis, ou l'ont renié comme Pierre... Mais de là à faire de Marie-Madeleine "l'épouse de Jésus", il y a tout de même une marge... Certes, Jésus a été considéré par les Juifs comme un "Rabbi", et à l'époque un "Rabbi" devait être marié pour "enseigner", car un homme non marié était un homme "incomplet" n'ayant pas encore satisfait au commandement de Dieu "Vivez et prospérez"... Certes, l'évangile "apocryphe" de Philippe évoque un "baiser sur la bouche" de Jésus à Marie-Madeleine... Certes, des exégètes ont pu affirmer que les Noces de Cana auraient scellé leur union... Et certes enfin, l'Eglise elle-même a proclamé - contrairement à certaines hérésies (Arianisme, nestorianisme) - que "Jésus était vrai-homme et vrai-Dieu" : comme homme, il en a nécessairement éprouvé tous les sens... Le "sexe" alors n'était pas "tabou" et la procréation était recommandée, la seule réserve importante étant la fidèlité, car un commandement de Dieu proscrivait l'adultère... Mais tout cela n'est "qu'extrapolation", et il n'y a aucune preuve... pour un mariage et, à fortiori, une descendance...
Inversement, d'autres exégètes ont fait de Marie-Madeleine, dès les débuts du christianisme, une "sainte", au sens d'une "mystique" et d'une "initiée", et certains lui attribuent même la 1ère place dans la mission de Jésus, avant les Apôtres... Il est certain que les femmes ont joué dans les premiers siècles un rôle important dans les communautés chrétiennes, comme le souligne Paul lui-même dans ses Epîtres (Ex:Thessaloniciens) tout en souhaitant limiter leur influence... Et il y a un évangile "apocryphe" attribué à Marie (-Madeleine) lui reconnaissant une "connaissance de l'au-delà", mais cet évangile est un texte "gnostique" du milieu du 2ème siècle, dont le "mysticisme" - à l'instar du célèbre évangile de Judas - n'a pas été reconnu par l'Eglise...
D'ailleurs, "l'étoile" de Marie-Madeleine s'éclipse au début du Moyen-Age, puisqu'elle disparaît alors du Nouveau Testament et Pierre devient même le 1er témoin de la Résurrection... La femme, il est vrai, est vraiment alors le "sexe faible", et Marie-Madeleine n'est plus qu'une pécheresse, à l'image d'Eve responsable du péché originel... On va même jusqu'à nier son existence, en la confondant avec Marie de Béthanie... Mais elle "revient en grâce" au 9ème siècle, notamment grâce aux moines de Vézelay qui en font la patronne de leur basilique : ils racontent même que ses reliques ont été transférées de la région de Sainte-Baume près de Marseille, où elle aurait fini ses jours en compagnie de Marthe et de Lazare... En fait, ils voulaient surtout assurer la notoriété de leur basilique à la faveur de pélerinages fructueux...
Toujours est-il qu'à partir de cette époque Marie-Madeleine devient essentiellement l'image de la "pécheresse repentie" et donc le symbole de la "Pénitence", et donc du "rachat", ce qui lui vaut la ferveur populaire de ceux qui veulent "gagner le Ciel"... La "courtisane" parée et fardée des premières représentations devient la "misérable" vêtue seulement de ses cheveux, avec le visage baigné de larmes, à l'image de la statue de Donatello au Baptistère de Florence... Ainsi est née une autre légende, celle de la "pleureuse", justifiant l'expression devenue courante : "pleurer comme une madeleine"...