Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Le dictionnaire donne de la "liberté" diverses définitions à l'image de la complexité de cette notion : au sens "large", il s'agit de "l'état de ce qui ne subit pas de contrainte"... mais au sens "étroit", il ne s'agit plus que du "pouvoir d'agir selon sa propre détermination, dans le respect de règles définies"'... ce que l'opinion courante traduit plus simplement dans une maxime : "La liberté de chacun s'arrête où commence celle des autres"... Le problème est que la limite est toujours difficile à définir !
Il en est ainsi pour la "liberté de l'enseignement"... Certains n'y voient pas de limite, et on aboutit à une idéologie ..."libertaire", comme en 1968 : "Il est interdit d'interdire"... ou "il faut laisser l'élève s'exprimer" ... ou encore - paradoxe de l'expression - "l'enfant est roi"... Mais d'autres établissent au contraire une limite stricte et exclusive : on ne conçoit pas de liberté en dehors de celle dont on bénéficie, qu'il s'agisse en l'occurence de l'enseignement public ou de l'enseignement privé...
Cette conception restrictive a une origine ancienne, car elle est le produit d'un long conflit ayant opposé naguère en France l'Eglise - qui exerçait un monopole de fait de l'enseignement dans le cadre traditionnel de "l'union du trône et de l'autel" - et la philosophie "rationaliste" voulant exclure la religion de l'enseignement... Cette lutte entre le "cléricalisme" et "l'anticléricalisme" a été jalonnée de lois (entre autres, la loi Falloux 1850,...les lois Jules Ferry 1881-1882, ...la loi Debré 1959, ...la loi Haby 1975), et elle atteint un sommet avec le Projet Savary 1984 qui veut "unifier" les deux types d'enseignement dan un "service public unifié de l'Education Nationale" : son retrait devant la réaction massive de la population concernée a l'avantage de conduire à un compromis pratiquement encore en vigueur, dans la mesure où la passion est largement retombée, peut-être parce qu'elle était "d'un autre âge"...
Il est donc intéressant de faire le point de la situation, car l'enseignement "public" et l'enseignement "privé " n'ont manifestement pas connu la même évolution :
- L'enseignement public dispose toujours de moyens supérieurs (environ 80 %)attribués par l'Etat ou les Collectivités territoriales (écoles par Commune, collèges par Département, lycées par Région) à la fois pour la rétribution des personnels, le fonctionnement, l'entretien des bâtiments, et, s'il y a lieu , l'équipement et les constructions... Mais cette "tutelle" s'exerce aussi sur les structures pédagogiques, en limitant l'autonomie des établissements : ceux-ci n'ont en aucune façon la maîtrise de leur "recrutement" - qui reste une affaire "d'Etat" obéissant à des règles strictes pour les nominations et mutations - et ils sont également enfermés dans le cadre rigide de la "carte scolaire", où les créations ou suppressions de classes et de postes sont décidés en "haut lieu" - suscitant d'ailleurs régulièrement des manifestations de mécontentement... Quant à la "pédagogie" proprement dite, en dépit d'initiatives intéressantes et du dévouement d'une majorité d'enseignants, elle a abouti - notamment avec l'instauration des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, à des résultats désastreux, puisque près de la moitié des élèves de Collège ne maîtrisent pas le français et le calcul... Et ceci alors que les syndicats "représentatifs" ont privilégié les intérêts "corporatifs" malgré leurs voeux répétés depuis 40 ans d'une "Ecole de la réussite"
- L'enseignement privé (dont les établissements catholiques représentent 90 %) a une situation différente qui, face aux "lourdeurs" de l'enseignement public, le fait apparaître comme un enseignement réellement ...plus libre. Certes, il reste soumis à un "cahier des charges" dans le cadre d'un "contrat" (horaires, programmes, encadrement, inspection...) qui fait de chaque établissement "un partenaire associé au service public d'éducation", et il est tenu de respecter la liberté des consciences... Mais justement il accueille tout élève, quelles que soient les origines, les opinions et les croyances des familles... Et, sous réserve de conditions normales de diplômes et d'expérience professionnelle, le chef d'établissement a la possibilité de constituer lui-même son équipe pédagogique, ce qui est un gage d'unité et de continuité... De même, il n'est pas assujetti à la rigueur d'une "carte scolaire", et il peut donc assurer l'inscription des élèves en fonction d'un projet librement accepté par les élèves et leurs parents, une enquête récente ayant montré que de nombreux élèves étaient boursiers (40 % dans un lycée de la banlieue parisienne...), contrairement à l'image obsolète qui fait de l'enseignement privé une "école des riches"... Néanmoins, il faut préciser qu'en plus de la rétribution des personnels, cet enseignement ne bénéficie que du "forfait d'externat" et, sauf cas de "mécénat", n'a le plus souvent pas les moyens d'entretenir les bâtiments, d'autant plus coûteux que deux-ci sont parfois d'anciennes constructions conventuelles...
Cette évolution différente des deux types d'enseignement explique en partie la situation actuelle qui conduit l'enseignement public à une relative stagnation, voire à un recul, tandis que l'enseignement privé connaît une progression importante l'ayant conduit à refuser 30.000 inscriptions en septembre 2006... Certes, plus de la moitié des familles choisissent , d'après une enquête, l'enseignement privé "par conviction"... mais il est évident que l'autre moitié le choisit "à défaut", parce que l'établissement public du secteur - à tort ou à raison - ne lui convient pas ou ne satisfait pas leurs demandes en matière d'autorité, de discipline ou d'orientation...
Car l'enseignement a besoin de "liberté", et c'est certainement en prenant modèle sur l'enseignement privé que l'enseignement public pourra conserver une juste place...