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Que l'on soit croyant ou incroyant, quand on parle de "l'Orthodoxie" ...c'est pour évoquer le Schisme par lequel "l'Eglise orientale" s'est séparée en 1054 de l'Eglise "catholique" dirigée par le Pape à Rome... Autrement dit, on perpétue sans trop le savoir l'idée que "l'Eglise orientale " devenue "l'Eglise orthodoxe" est seule responsable de cette rupture qui perdure dans la Chrétienté depuis presque un millénaire... Et si cette idée couramment répandue - au moins dans le monde "occidental "- était fausse et manquait d'équité ?...
Pour comprendre cette rupture, il faut commencer ...par le commencement du christianisme. A l'origine, celui-ci s'est développé là où il était né, c'est-à-dire en Orient, au sens des pays entourant l'Est de la Méditerranée... Les disciples de Jésus, et notamment les apôtres qui étaient de "juifs convertis" chassés de Jérusalem, s'étaient dispersés dans les pays proches, en particulier dans les cités importantes comme Alexandrie, Antioche, Ephèse, Corinthe..., suivant en cela les "juifs...orthodoxes" qui s'étaient installés avec la "Diaspora" sur le pourtour de la Méditerranée... Les "chrétiens" s'étaient regroupés comme eux en "communautés", auxquelles ils remettaient leurs biens et où ils pratiquaient ensemble un culte inspiré par le souvenir de l'enseignement de Jésus qui avait prédit l'arrivée prochaine du "Royaume de Dieu"... Et comme celui-ci tardait à arriver..., ils s'étaient progressivement organisés, en mettant par écrit entre 70 et 100 dans les Evangiles (mot signifiant "Bonne Nouvelle") les souvenirs jusqu'alors transmis oralement, ... et en se choisissant des responsables ou "épiscopes" (mot ayant donné "évêques") : parmi ces derniers, les plus importants devinrent naturellement ceux des métropoles déjà évoquées, auxquelles s'ajoutèrent Rome, après les voyages de Paul, et Byzance devenue Constantinople au 4ème siècle avec l'Empereur Constantin qui fit du christianisme en plein essor la religion de l'Empire Romain...
Dès cette époque, en raison même de la rivalité entre "l'ancienne Rome" et la "Nouvelle Rome", apparaît une rivalité entre le "Pape" - qui n'est encore que "l'évêque de Rome" - et les "Patriarches" orientaux... mais cette rivalité est sans conséquence, car l'esprit de "communauté" prévaut toujours et les décisions importantes sont prises en "collégialité " à l'occasion de "Conciles" où le Pape n'a qu'une primauté nominale due au fait qu'il est le "successeur de Pierre", conformément aux propos prêtés à Jésus : "Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise" (Matthieu 16-19)...
Mais l'Empire se disloque au 5ème siècle avec les "invasions barbares", et il ne subsiste de l'Empire Romain que "l'Empire d'Orient", appelé plus tard "byzantin", dont les Empereurs et les Patriarches considèrent avec condescendance les "royaumes" nouveaux de l'Occident... Ce n'est pas par hasard que le Pape Léon III couronne Charlemagne comme Empereur en 8000, car l'un et l'autre y retrouvaient un prestige perdu par rapport à l'Empire d'Orient... Et d'ailleurs le rapport d'influence s'inverse à nouveau entre l'Empire byzantin, diminué et affaibli par les conquêtes arabes (seules subsistent la Grèce et une partie de l'Asie Mineure), et l'Occident où le Pape en profite pour s'ériger en chef suprême de la Chrétienté, au mépris de la "collégialité" d'origine... D'où la multiplication des différends qui aboutit au "Schisme" en 1054, en raison de l'hostilité personnelle entre Cérulaire, Patriarche de Constantinople, et Humbert, légat du Pape Léon IX, qui "s'excommunient " réciproquement (c'est-à-dire se rejettent de la "communion")... Néanmoins, tout n'était pas perdu, mais les tentatives de réconciliation échouent définitivement quand le Pape Innocent III, fervent du "césaropapisme", veut imposer la "théocratie" pontificale non seulement aux souverains mais à toutes les Eglises et lance la 4ème croisade qui saccage Constantinople (1204) et consomme la rupture avec l'Eglise d'Orient...
Et depuis lors le désaccord subsiste : l'Eglise d'Occident se revendique "catholique" (c'est-à-dire "unitaire") alors que la division est consommée, ...et l'Eglise d'Orient se veut "orthodoxe" (c'est-à-dire "droite dans la foi"), signifiant ainsi que c'est l'Eglise d'Occident et non l'Eglise d'Orient qui est partie de la "communauté" chrétienne...
Ce maintien des traditions communautaires d'origine a ainsi conduit l'Eglise orthodoxe à conserver une structure "collégiale", où les Eglises territoriales ( Grèce, Chypre, Serbie, Pologne, Russie,etc...) sont "autocéphales" (c'est-à-dire indépendantes) avec leurs propres synodes choisissant les diacres, prêtres, évêques et primats dont les plus imprtants portent le titre de "Patriarches"... Et elle reste fidèle à une liturgie ancienne : célébration des fêtes à partir de la veille au coucher du soleil suivant l'usage sémitique (comme les juifs...), signe de croix de droite à gauche (primauté divine de la droite...), avec le pouce, l'index et le majeur accolés (signe de la Trinité) et les deux autres doigts repliés(signe de la Double nature), représentation codée religieusement (et non "artistiquement") du Christ, de Marie et des Saints dans des "icônes" qui sont le plus souvent "visibles" sur un mure de séparation entre le choeur et la nef des églises (l'iconostase).
Cette fidèlité aux traditions l'a amenée en contrepartie à rejeter les "nouveautés" apportées par l'Eglise romaine en dehors de toute décision conciliaire : refus du "Filio-que" suivant lequel le Saint-Esprit procèderait du Père et du Fils et non directement du Père ...Refus de la notion de "grâce" divine ne laissant pas de place à la liberté de l'homme ... Refus de considérer "l'Immaculée Conception" de Marie comme un dogme, car le culte de Marie doit être limité à son privilège d'être la "Mère de Dieu" (en grec : Théotokos)...Il en est de même de "l'Assomption" fêtée le 15 août par les catholiques pour célébrer sa montée au Ciel "corps et âme", alors que pour les orthodoxes, il y a eu seulement "Dormition" avec seulement "Sommeil" et "Elévation de l'âme"... Et évidemment refus de la primauté du Pape et à fortiori du dogme de "l'infaillibilté pontificale" proclamée en matière de doctrine de la Foi en 1870...
Ainsi peut-on comprendre mieux l'importance de la rupture entre 'l'Eglise catholique" et "l'Eglise orthodoxe"... Néanmoins les deux Eglises, malgré le "Schisme", ne se sont jamais considérées comme mutuellement hérétiques, et reconnaissent les mêmes sacrements... L'Eglise orthodoxe a rejoint le Conseil oecuménique des Eglises en 1961... Paul VI et Athénagoras se sont rencontrés à la fin du Concile Vatican II en 1965 et ont alors levé les excommunications de 1054... Jean-Paul II a rendu visite à Démétrios 1er à Istanbul (Constantinople...) en 1979... et il a retiré le "Filio-que" de la lecture du Credo, ainsi que son successeur et actuel Pape Benoît XVI... Mais le dilemme fondamental entre la "prééminence" et la "collégialité" n'est toujours pas réglé, et pourra-t-il l'être ?...