L'actualité est "changeante" par nature, notamment en France où l'opinion - versatile - ne cesse de passer d'un thème à un autre, le plus souvent à l'occasion d'un évènement "défrayant la chronique" : une grève dans les hôpitaux ...et on parle de la "santé", un attentat ...et on invoque la "sécurité", un accident de chemin de fer ...et il n'est plus question que du "transport" ... certains thèmes sont d'ailleurs récurrents, car ils sont liés au calendrier, comme l'éducation ou les loisirs ...Le dernier thème, avant l'arrivée subite des inondations sur la côte charentaise, engendrant une marée d'informations et de discours, aura été "l'identité nationale" ...
La notion "d'identité" paraît simple ...mais le dictionnaire en donne une définition quelque peu alambiquée : "c'est le fait, pour une personne ou une collectivité, de pouvoir être reconnue grâce à des éléments qui l'individualisent" ...Pour une personne, c'est son "apparence physique" (taille, poids, photo, éventuellement empreinte digitale) et son "état-civil" (nom, prénom, date et lieu de naissance) qui peuvent être consignés dans une "carte d'identité" ...mais il va de soi que cette "identification" est limitée, car elle ne comporte pas d'éléments relatifs à l'intelligence, la sensibilité, le caractère ...qui représentent sa vraie "personnalité" ...mais dont l'appréciation inévitablement contestable serait de toutes façons incompatiblr avec le respect de la vie privée ...Pour une collectivité, la notion d'identité est également complexe et incertaine, en particulier dans le cas de la "nation" :
- Il y a le "territoire" : celui-ci peut être homogène -comme pour de nombreux pays du monde (l'Inde, la Chine....l'Allemagne, le Brésil, ...etc) ou comporter une partie "métropolitaine" et une partie extérieure (exemple de la France , avec la Corse et les "territoires d'outre-mer") ...Mais le territoire peut être dispersé (exemple de l'Indonésie) ...Et certaines "nationalités" se répartissent entre un territoire particulier et indépendant et une présence minoritaire dans des pays étrangers (exemple des juifs à la fois en Israël et surtout aux Etats-Unis) ...D'autres encore n'ont même pas de territoire propre, comme les Tziganes nomades ou les Kurdes partagés entre Turquie, Irak et Syrie ...
- Il y a la "langue" : certains pays comme la France ont une langue "nationale" et l'écrivain Renan a pu écrire " Etre Français, c'est d'abord s'exprimer en français, et le comprendre" ...Mais beaucoup de pays en ont plusieurs comme la Suisse ( français, allemand, romanche) ou même un très grand nombre comme en Inde (22 officielles, plus de 400 en fait...) , et ces pays ne s'en reconnaissent pas moins comme "nations"...
- Il y a "l'histoire ": la simple consultation d'un Atlas historique montre que la nation française s'est constitué au cours des siècles à la suite d'invasions successives - les Celtes (ou Galli=Gaulois), les Romains, les "Barbares" (dont les Francs), les "Normands" - et à partir d'un petit territoire allant de la Somme à la Loire pour atteindre progressivement les Pyrénées, les Alpes et le Rhin...
- Il y a la "mentalité" : cet élément est plus difficile à cerner, car il relève de la conscience collective et donne lieu à des "clichés" simplistes comme le rationalisme français, la discipline allemande, la spiritualité russe, le sang-froid britannique, la fierté espagnole, etc ...qui dissimulent une réalité très diverse ...Ainsi, en France, on évoque le marseillais vantard, le "chti-mi " accueillant, le normand évasif avec son "pt-être ben que oui, pt-être ben que non" ...
- Il y a "l'apport civilisateur" : la France est le pays du "classicisme" avec Descartes et le "siècle de Louis XIV" (Versailles...), comme l'Allemagne est celui du "romantisme" avec ses écrivains (Goethe, Schiller...) et ses musiciens (Beethoven, Schubert, Schumann ...) . Mais la France est aussi le pays des " Droits de l'Homme", comme la Suisse est celui de la "neutralité" accueillant des organismes internationaux (autrefois la Société des Nations, maintenant encore l'Organisation Internationale du Travail, l'Organisation mondiale de la Santé, l'Union Postale Universelle, etc...) ...Pour autant, ces pays ne sont pas toujours exemplaires dans leurs domaines de prédilection : les conquêtes napoléoniennes pour la France et, pire encore, le pangermanisme allemand et les horreurs nazies de la "Shoah" traduisent des dérives ayant conduit à l'impérialisme et à l'oppression...Quant à la Suisse, elle a quelques ...comptes à rendre...
Car la notion même de "nation" peut engendrer des dérives ...Certes, il est naturel qu'en fonction des éléments qui l'ont constitué on éprouve une certaine fierté - ce qu'on appelle un "sentiment national" - à fortiori si celui-ci est assorti d'une auto-dérision, comme celle consistant pour les Français à évoquer les propos de Jules César à propos de leurs ancêtres gaulois, "peuple instable et querelleur" ...Mais ce sentiment "d'appartenance" ne doit pas conduire à l'idée d'une identité "particulière" qui ne serait que l'interface d'une "discrimination" : discrimination vis-à-vis de "l'extérieur", génératrice de conflits pouvant être catastrophiques, comme les 3 guerres mondiales ayant opposé à l'origine la France et l'Allemagne (1870-71, 1914-18 er 1939-45) ...mais discrimination aussi à "l'intérieur" consistant à refuser les "étrangers", c'est-à-dire ceux qui ne correspondent pas au schéma d'identité pré-établi ...Cela a été le cas de l'Allemagne nazie où le nationalisme dénaturé en une utopie "raciste" a pu engendrer la persécution de tous les "groupes" jugés "impurs" comme les Juifs, les Tsiganes, les Slaves ...Tel pourrait être le cas de la France si elle s'opposait à l'immigration, ce qui a été aussitôt été évoqué - à tort ou à raison - quand il a été question d'un débat sur "l'identité nationale" ...
Car l'immigration n'est pas une calamité, au contraire ...L'ethnologie révèle que les "croisements" - même s'ils sont qualifiés de ..."bâtardises" - sont propices au développement des espèces, alors que 'endogamie" peut conduire à terme à leur extinction ...En l'occurrence, la France, en raison de sa situation à l'extrêmité occidentale de l'Europe, a toujours été une terre d'immigration et sa réputation internationale est la preuve que, malgré certaines erreurs, la "mayonnaise" a bien pris ...Toutefois, l'intégration n'a été réussie que dans la mesure où elle était acceptée par les immigrés eux-mêmes, comme les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les Flamands...dans la 1ère moitié du 20ème siècle, et la liste est longue des écrivains, artistes, savants, sportifs issus de l'immigration et ayant fait honneur à la France ...Et il n'y a problème que si les immigrés refusent cette intégration et pratiquent délibérément le "communautarisme" ...et s'organisent en véritables "ghettos" à l'échelle de certaines banlieues des grandes villes, ou de quartiers, voire d'mmeubles ...qui en arrivent à devenir des "zones de non-droit" , ce qui est la source de conflits avec le voisinage, et même parfois de "guérillas" urbaines ...Mais il ne suffit pas alors de stigmatiser le comportement des immigrés ...il faut aussi s'interroger sur les conditions de leur arrivée et de leur accueil, la politique urbaine de regroupement ayant longtemps contribué, au cours de la 2ème moitié du 20ème siècle à leur isolement, de surcroît aggravé par le chômage...
Il est donc nécessaire d'avoir une "politique de l'immigration" qui soit une action tolérante et solidaire, accordant aux immigrés - en contrepartie de leur acceptation d'apprendre la langue du pays d'accueil et de respecter ses lois et ses valeurs fondamentales - la reconnaissance de leurs coutumes propres ne mettant pas en cause l'unité de la nation ...C'est d'ailleurs une réaction spontanée des immigrés acceptant la nationalité française de considérer qu'elle ne les prive pas de ces coutumes qui ont modelé leur vie antérieure, ...et l'expérience prouve que ces coutumes s'effacent ou ...s'intègrent dans le pays d'accueil pour les générations suivantes ... On peut rappeler à ce titre que, dans le cas de la France, le maintien de traditions provinciales n'a jamais compromis l'unité de la nation ...Mais cette "ouverture" n'est possible que si on n'enferme pas la "nation" dans le cadre d'une "identité" ...
En conclusion, oui à l'exaltation de la nation ...mais non à l'affirmation de l'identité nationale !...