Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Christine Taubira, nommée Ministre de la Justice dans le gouvernement mis en place par François Hollande, nouveau Président de la République, vient de marquer son entrée en fonction par une promesse spectaculaire de suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs ...Il est évident que cette promesse fait écho à celle formulée par François Hollande, alors candidat à l'élection présidentielle le 26 janvier 2012, dans ses 60 engagements pour la France, de "redonner espoir aux nouvelles générations" ...Mais Christine Taubira semble oublier que la Justice des mineurs avait été créée par l'ordonnance du 2 février 1945 "justement" pour assurer la protection judiciaire de la jeunesse et permettre que les jeunes délinquants ne soient pas traités comme des adultes et puissent bénéficier de mesures particulières en considération de leur âge et de leur niveau variable de responsabilité.
Il faut rappeler en effet qu'avant 1945 la justice n'accordait aucune indulgence aux mineurs, sauf pour les délits de faible importance comme les petits vols, le vagabondage ou ...la mendicité alors imputés au milieu social ...Elle délibérait encore suivant le Code Pénal napoléonien de 1810, amendé par une loi de 1912, qui fixait alors la majorité pénale à partir de 16 ans, de sorte que, dès cet âge, les adolescents encouraient les mêmes peines que les adultes, y compris la peine de mort encore en vigueur ...Ils étaient emprisonnés dans des "maisons de correction" qui étaient considérés comme des "bagnes pour enfants" ...et donnèrent d'ailleurs lieu à des révoltes, comme celle de Belle-Ile en 1934 qui entraîna une amélioration relative des conditions de détention...
Dans cette perspective, la Justice des mineurs instituée en 1945 n'avait fait qu'améliorer encore le "traitement de la délinquance juvénile" en précisant la nécessité de "l'éducatif" sur le "répressif" et en prévoyant à ce titre des dispositions pour la réinsertion des jeunes concernés ...Le Tribunal pour enfants alors créé était d'ailleurs une juridiction travaillant à huis clos, où le juge désigné des enfants instruisait l'affaire, présidait le tribunal, et contrôlait l'application de la peine ...autrement dit, le juge assurait un suivi continu ne pouvant que faciliter la prise en charge...
Malheureusement, en dépit de succès incontestables ayant permis à de nombreux jeunes de retrouver le "droit chemin" (80 % des délinquants mineurs cessent actuellement leur délinquance une fois majeurs - la majorité pénale étant passée à 18 ans), le taux de la délinquance juvénile a continué à progresser avec l'effet cumulé d'une immigration mal contrôlée, de la concentration ségrégative dans les banlieues des villes et de la persistance du chômage, notamment pour les jeunes dont le désoeuvrement est générateur d'incivilité ...Il n'y a donc eu rien d'excessif à ce que l'ancien Président Sarkozy fasse voter la loi du 10 août 2011 instituant, en plus des tribunaux pour enfants, des "tribunaux correctionnels pour mineurs", toujours présidés par un juge pour enfant, mais composés par des magistrats non spécialisés afin d'éviter qu'un excès de compréhension n'aille à l'encontre de la fermeté nécessaire au moins pour les "mineurs les plus âgés" (16 à 18 ans), notamment pour les récidivistes ...Le nouveau Président Hollande lui-même en avait reconnu "de facto" l'utilité dans ses 60 engagements, en promettant le doublement des "Centres Educatifs fermés", c'est-à-dire de les porter de 40 à 80 pendant le quinquennat, proposition d'autant plus méritoire que le Parti Socialiste a toujours manifesté des réserves contre "l'incarcération des jeunes"...
Dans ces conditions, la suppression éventuelle des tribunaux correctionnels pour mineurs ne peut être qu'une mesure à contretemps, d'autant plus regrettable que, parallèlement, Christine Taubira, en sa qualité de Ministre de la Justice, n'a pas annoncé de mesures compensatoires, notamment un accroissement des moyens d'encadrement des jeunes délinquants ou "pré-délinquants" , par exemple l'organisation de stages de ré-éducation ou de travaux d'intérêt général ...Il est vrai que Christine Taubira, ancien Professeur de Sciences Economiques, qui s'était déjà illustrée avant 1981 comme militante indépendantiste en Guyane, puis comme initiatrice d'une loi "mémorielle" très contestée sur l'esclavage en 2001, n'a peut-être pas la compétence nécessaire pour traiter d'un sujet aussi délicat que la "Justice des mineurs" ...N'a-t-elle pas fait l'objet d'une erreur de "casting" lors de la composition du gouvernement où, en raison de la parité imposée entre hommes et femmes sans priorité de compétence, des ministères aux attributions bizarres ont été créés ?...