Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Le problème de la retraite revient d'actualité ...de façon récurrente, puisqu'il n'a pas cessé de faire l'objet de réformes depuis un demi-siècle, en particulier en 1993 par Edouard Balladur sous la présidence de François Mitterrand, et en 2003 par ...François Fillon sous la présidence de Jacques Chirac, ...réformes toujours partielles ayant porté essentiellement sur la durée des cotisations portées pour les "actifs" de 37 ans 1/2 à 41 ans ...et manifestement insuffisantes, puisque le Conseil d'orientation pour les retraites (COR), créé naguère par Lionel Jospin, vient de révéler que les besoins de financement passeront de 30 milliards d'euros en 2010 à une "fourchette" de 75 milliards d'euros à 115 Milliards d'euros en 2050 en fonction de l'évolution de la productivité et du chômage...
En fait, le problème n'est ni nouveau, ni surprenant ...Car il était évident que le "baby-boom" des années 1945-1950 aboutiraient 60 ans plus tard à un ..."papy-boom",...et que l'action ultérieure et conjuguée de la baisse de la natalité et du recul de la mortalité ne pouvaient qu'aggraver le problème, le rapport des âges étant passé progressivement d'environ 4 actifs pour 1 retraité à ...1,5 actif pour 1 retraité. Or, non seulement aucune mesure significative n'a été prise avant 1993 pour y faire face, mais des dispositions ont été élaborées à contre-courant, comme l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans en 1983 et la diminution de la durée hebdomadaire du travail de 39 à 35 heures en 1998 et 2000, dont le coût annuel est de 40 milliards d'euros, soit 2 points de PIB...Certes ces dispositions ont représenté un "progrès social", mais, faute d'avoir été étalées dans le temps, elles revenaient à sacrifier les générations futures à la satisfaction des générations contemporaines..., autrement dit à "aller dans le mur" pour les retraites.
Une telle perspective d'avenir étant inacceptable - suivant l'adage connu que "l'avenir ne nous appartient pas, mais appartient à nos enfants" - une réforme globale du système de la retraite est donc inéluctable, et en raison du retard pris à l'entreprendre, elle ne peut être que brutale ...Le principe du système actuel étant la "répartition", c'est-à-dire le paiement des pensions de retraite par les cotisations des actifs, la condition préalable est donc de trouver des solutions rendant cette "relation inter-génération" aussi "équitable" que possible, et cette condtion n'a rien d'évident :
- Une première solution consiste à diminuer les pensions en partant du constat que leur niveau moyen est l'un des plus élevés d'Europe et que le pourcentage des retraités "pauvres" (seuil de pauvreté à 700 euros par mois) est - ce qui peut surprendre - inférieur à celui de l'ensemble des "pauvres" dans la population française ...Mais il ne s'agit que d'un niveau "moyen", ne rendant pas compte des disparités énormes entre les "retraites-chapeaux" des "hauts-cadres" - qui pourraient assurément être diminuées sans scrupules - et les petites retraites souvent incomplètes, notamment dans le milieu agricole, qu'il ne peut pas être question de restreindre, bien au contraire...
- Une deuxième solution est de prolonger la durée de cotisation des "actifs", seule solution d'ailleurs à avoir été déjà pratiquée de 37 années 1/2 à 41 ans, mais cette prolongation, à la rigueur acceptable compte tenu de l'allongement de la vie passée de 65 ans en 1950 à 85 en 2010 (plus pour les femmes,...moins pour les hommes!),ne peut pas être pousuivie indéfiniment, d'autant moins qu'elle serait inégalitaire et souvent illusoire : elle serait applicable ceux qui seraient devenus "actifs" à partir de 18-20 ans ...mais impossible pour ceux devenus "actifs" à partir de 23-25 ans du fait de leurs études ...Or la poursuite des études est appelée à se généraliser en raison de l'évolution des connaissances et des techniques...
- Une troisième solution est de relever l'âge moyen des départs à la retraite, jusqu'à 62 ans dans un 1er temps, en attendant de le prolonger jusqu'à 65 ans et,tant qu'à faire, jusqu'à 70 ans, également en raison de l'allongement de la vie, associé aux progrès de la médecine permettant de maintenir plus longtemps les capacités physiques et intellectuelles ...Mais il y a,là aussi,des limites, même si beaucoup de "vieux" reprennent un emploi "senior" après leur départ à la retraite...Et un tel allongement serait également inégalitaire, puisqu'il serait impossible dans les métiers dits "pénibles"...
Il apparaît donc qu'un aménagement des conditions de travail des "actifs" ne pourra pas obtenir un consensus populaire, à fortiori dans un contexte de crise économique ayant mis en cause le niveau de vie ...et que, par conséquent, des mesures nécessairement partielles et limitées comme l'allongement de la durée des cotisations et le relèvement de l'âge du départ à la retraite ...ne pourront que retarder l'échéance de la faillite du système, c'est-à-dire la stagnation, la baisse ...et la chute des pensions au plus tard à partir de 2030...Il est donc nécessaire de trouver d'autres moyens de financement et, comme toujours en cas de déficit chronique, de chercher soit à diminuer les dépenses, soit à augmenter les recettes :
* Une diminution des dépenses pourrait être obtenue par une réforme des structures qui comportent actuellement un "fatras" de dispositions particulières, qu'il s'agisse de la multiplicité des "régimes" où cohabitent le public, le privé et ...les "régimes spéciaux" (EDF, SNCF,RATP...) ou de la multiplicité des "caisses" (actuellement 35 !) avec des procédés divers de fonctionnement (points ou annuités, bonus divers, réversion...), ce fatras étant générateur de "doublons" et de "frais de fonctionnement" en gestion et en personnel...Mais une telle réforme ..."révolutionnaire"...se heurtant au poids des habitudes et à la résistance des "chapelles" ...ne pourrait être réalisée que progessivement, comme elle l'a été dans certains pays voisins...Donc solution possible, mais non immédiate, et certainement insuffisante pour combler le déficit...
* Une augmentation des recettes pourrait être obtenue par une réforme de la fiscalité dans le sens d'une plus grande équité, c'est-à-dire en modulant les impositions de telle sorte que les plus hauts revenus - en matière de salaire et de patrimoine - soient mis à contribution ...En l'occurrence, il ne s'agit pas d'appliquer béatement le vieux slogan démagogique recommandant de "faire payer les riches", mais de tirer les conséquences du fait que l'écart des revenus est passé depuis un demi-siècle de la "fourchette" d'environ 1 à 10 à une "fourchette" d'environ 1 à 100, et qu'un certain nombre de grandes entreprises réalisent des bénéfices colossaux "hors investissements", leurs cadres directeurs ayant des revenus (salaires, indemnités, stock-options, placements divers) pouvant dépasser allègrement le million d'euros par an ...Or, malheureusement, de nouveau à contre-courant, le gouvernement leur assure de conserver au moins la moitié de leurs revenus par le "bouclier fiscal", certes prévu pour tout contribuable, mais ne profitant pratiquement à 80 % qu'aux 500.000 citoyens les plus aisés, alors que les 600 millions d'euros ainsi accordés seraient utiles au financement des retraites "pour tous" ...Comme serait utile la création d'une 5ème tranche d'imposition au delà des 40 % actuels ...Après tout, dans un pays comme la France où la "fraternité"(!) fait partie de la devise républicaine au même titre que la "liberté" (?) et "l'égalité" (??), une contribution plus forte des bénéficiaires dehauts revenus au financement des retraites pour tous, serait moins choquante que la fuite de leurs capitaux dans des paradis fiscaux...
* Enfin, il existe une possibilité directe des "actifs" à améliorer le niveau de leurs ressources à l'âge de la retraite, celle d'avoir recours à la "capitalisation", c'est-à-dire à la constitution d'un capital au cours de "l'activité" pour en recevoir les intérêts lors de la retraite ...Elle est d'ailleurs déjà pratiquée dans certains cas, notamment pour les fonctionnaires avec la "Préfon" ...et elle pourrait être encouragée par une "défiscalisation" des versements ...Mais elle n'est pas encore passée dans les moeurs des Français, puisqu'elle ne représente actuellement que 8 % des pensions de retraite, alors qu'elle atteint 20 % en Allemagne, 30 % au Danemark ...et 40 % aux Etats-Unis ...Il est vrai que les Français restent attachés à leur système de retraite par répartition, où les "actifs" alimentent par leurs cotisations les pensions des "retraités" contemporains, ce qui est évidemment plus "solidaire" que le système de retraite par capitalisation "individuelle" ...Il faut dire que les placements "capitalistes" n'ont jamais été leur "fort" et on peut les comprendre après l'histoire des "emprunts russes" avant 1917, puis la crise de 1929 ..et la crise des "subprimes" en 2007...