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Réflexions sur l'actualité en tous genres.

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Dieu contre Darwin

   En intitulant ainsi son numéro de février 2008, la Revue L'Histoire reprend un débat récurrent ...depuis un siècle et demi, mais connaissant actuellement un regain d'intérêt : celui opposant le "créationnisme" et "l'évolutionnisme" pour expliquer l'origine des espèces, dont l'homme ...Mais le débat ne s'arrête pas là, car il oppose plus largement et une fois de plus les deux registres de la Connaissance : la "Religion" et la "Science"...
   

   Avant Darwin, le débat pouvait paraître relativement simple : il y avait l'explication séculaire des textes religieux, en particulier la Bible et le Coran, suivant lesquels le monde avait été créé par Dieu et ne pouvait donc pas changer : c'était la thèse du "fixisme de la Création", autrement dit du "créationnisme", inspiré par la notion fondamentale de la "Providence divine"... Mais cette thèse était déjà battue en brèche depuis le 18ème siècle par les héritiers de la "Philosophie des Lumières", notamment par le français Lamarck qui, dans son livre "La Philosophie Zoologique" (1809) défendait contre son concitoyen Cuvier, connu pour sa classification définitive des espèces, la notion d'une "évolution des espèces" : celles-ci seraient à l'origine nées de la matière inerte pour aboutir à des organismes de plus en plus complexes, dont l'homme serait l'aboutissement... Au "providentialisme religieux", il substituait donc le "progressisme scientifique"...

   Or l'anglais Darwin, avec la parution de son livre "L'origine des espèces" (1859), remettait tout en question : non seulement il niait l'explication "religieuse" - s'attirant les foudres de l'Eglise et des milieux conservateurs de l'époque ( presse satirique exploitant l'interprétation fausse de "l'homme descendant du singe") - mais il mettait également à mal l'explication "scientifique" en niant toute progression dans l'évolution... En effet, il introduisait la notion de "sélection naturelle", celle-ci étant assurée non pas par une action délibérée - et donc "scientifiquement explicable" - mais par le "hasard" - évidemment indémontrable par la science ...Selon lui, les espèces sont assujetties à des "variations" dépendant de leur "milieu", c'est-à-dire des conditions d'existence : celles qui trouvent des conditions favorables se reproduisent plus facilement et arrivent à "survivre", et au contraire, les autres sont appelées à disparaître... On imagine pourquoi il y eut alors "l'affaire Darwin" tout au long du 19ème siècle...
   
   Néanmoins, les esprits s'étaient apaisés au 20ème siècle, et l'Eglise elle-même, suivie sur ce point par les musulmans éclairés, avait admis, notamment avec les encycliques du Pape Pie XII, qu'il fallait se tenir non plus à une lecture "littérale" mais à une lecture "symbolique" de l'Ecriture... Et les exégètes juifs et chrétiens de la Bible, surtout après le Concile Vatican II (1962), avaient reconnu, en raison même de l'écriture relativement tardive de la Genèse sous l'époque perse (5ème- 3ème siècles), que les "histoires" de Création en 7 jours, d'Adam et Eve, du Déluge, etc... n'étaient pas des récits ...historiques, mais des explications "merveilleuses", plus ou moins empruntées aux vieux "fonds" de l'Orient ancien, en particulier aux civilisations de la Mésopotamie (Epopée de Gilgamesh - 4ème et 3ème millénaires avant JC)... D'ailleurs l'Eglise, renonçant à faire descendre l'humanité d'Adam et Eve, se contente désormais d'affirmer que le monde, quelle qu'en soit l'origine, "vient de Dieu"... Et de leur côté les savants ont depuis longtemps assumé la notion de sélection, en montrant que celle-ci a conduit à la supériorité de l'homme "sur les autres animaux" en raison d'un développement plus important de son cortex cérébral...

   Tout au plus peut-on exprimer des réserves sur ce "développement", manifestement insuffisant à en juger par la persistance de la "sauvagerie de l'homme", qu'il s'agisse de crimes individuels ou de conflits collectifs... Peut-être aussi, faut-il mettre sur le compte de ce développement insuffisant la persistance d'une pensée "extrêmiste" - dans le domaine d'un créationnisme sans fondement, malgré son succès actuel aux Etats-Unis, comme dans d'autres domaines (ex: l'eugénisme...), de la part de fanatiques incapables d'admettre non seulement l'évolution des espèces, mais ...l'évolution des esprits, pourtant de plus en plus disposés à admettre la co-existence de la science et de la religion...
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