Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Le bonheur fait partie des préoccupations constantes des hommes, mais sa recherche a été très variable au cours de l'Histoire ...Ainsi, il y a eu des périodes où les hommes ont été surtout soucieux de leur "bien-être", c'est-à-dire de leur confort matériel - comme celle de l'Empire Romain à son apogée au 2ème siècle ...ou celle de la société de consommation occidentale au 20ème siècle - ...et il y en a eu d'autres où les poètes ont manifesté en leur nom une "nostalgie" d'un bonheur plus ou moins idéalisé, comme Du Bellay au 16ème siècle ..."Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage" ...ou encore Verlaine au 19ème siècle ..."Le ciel est par dessus le toit, si bleu, si calme" ...Et, actuellement, en ce début du 21ème siècle et du 3èmme millénaire, le thème du bonheur revient comme une résurgence, à en juger par les titres des revues depuis 2 ans et la multiplication des études sur ce sujet : environ 1200 à la Bibliothèque Nationale ...comme si les hommes en avaient un besoin pressant pour faire face aux réalités de la vie ...Mais un besoin de quoi ?...
En effet, qu'est-ce que le "bonheur" ?...Le dictionnaire, censé traduire la "connaissance", n'évoque qu'un "état de la conscience pleinement satisfaite", ce qui n'est pas vraiment satisfaisant, et il n'en donne d'ailleurs que des "synonymes" comme plaisir, joie, allégresse, félicité, extase, béatitude, ce qui revient à tourner autour du sujet en montrant divers aspects sans en traiter le fond ...Car le bonheur ne se résume pas dans des "réactions" personnelles ou collectives limitées dans le temps, ...il s'inscrit dans la durée ...Autrement dit, il n'existe que dans la continuité ...Lamartine l'avait bien compris, qui s'exclamait :
"Ô Temps, suspends ton vol
Et vous , heures propices,
Suspendez votre cours,
Laissez-nous savourer les rapides délices
des plus beaux de nos jours..."
Mais le bonheur n'est pas seulement le rêve des poètes ...Il est aussi un sujet de réflexion pour les philosophes, et ceci depuis l'Antiquité ...Déjà Epicure affirmait : "Vide est le discours des philosophes s'il ne guérit pas la maladie de l'âme" ...A l'époque, on croyait à la possibilité de parvenir au
bonheur sur terre, à condition de s'en donner les moyens : "Connais-toi toi-même", disait Socrate ...Zénon le stoïcien disait que le bonheur est "affaire de volonté" ...Et l'Empereur Marc-Aurèle maniait le paradoxe en suggérant que "c'est un bonheur de supporter le malheur avec courage"... Il est vrai que le christianisme, avec la notion même de "Paradis", repousse le bonheur à la "fin des temps", et Jésus-Christ fait le sacrifice de sa vie pour le salut des hommes qui ne trouvent sur la Terre qu'une "vallée de larmes" ...Et ce ne sont assurément pas les conflits et les massacres de toutes sortes depuis le "début des temps" qui peuvent apporter la contradiction ...D'ailleurs, quand l'influence prégnante de
l'Eglise commence à s'effacer, les philosophes ne conçoivent qu'un bonheur "relatif" qui ne peut être atteint qu'à condition de cesser de croire à un bonheur "absolu" ...Pour Kant, celui-ci n'est qu'un "idéal de l'imagination" ...Spinoza et, à sa suite, les "Philosophes des Lumières" ne conçoivent le bonheur que dans le cadre d'un "Pacte social", où, d'ailleurs, Rousseau s'illusionne sur la bonté des hommes... Telle est aussi l'illusion de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en 1789, qui veut "assurer le bonheur de tous" ...et le "montagnard" Saint-Just va mêle la porter jusqu'à la caricature en voulant instituer un "bonheur obligatoire et réglementé" dont l'interface a été la Terreur ...A partir du 19ème siècle, avec les excès du "libéralisme" économique engendrant la formation d'un prolétariat misérable, se développent des théories "socialistes" inspirées aussi par le souci d'un "bonheur universel", où l'on veut refaire le monde dans des structures idéales - le "socialisme utopique" de Fourier, Proud'hon et Sant-Simon - ou par la "lutte des classes - le "socialisme scientifique" de Marx et Engels ...On connaît la suite au 20ème siècle, où la ruine des idéologies et de leurs perversions "nationales-socialistes" est certainement une des causes de cette nouvelle recherche du bonheur au début du 21ème siècle, avec cette différence majeure qu'il ne s'agit maintenant que du bonheur "individuel", celui de son "égo" pour chacun, et non plus d'un bonheur "universel"...
Mais se pose alors un problème touchant à la "nature" même des hommes ...Celle-ci prédispose-t-elle les hommes à être "heureux" ?...Des chercheurs de la Nouvelle-Zélande viennent d'isoler un gène - le 5HT1 - transmetteur la "sérotonine", c'est-à-dire un "neuro-médiateur" assurant
la régulation de l'humeur ...Et il en ressort que chaque homme peut être "profilé" pour voir "la vie en rose" ...ou être "dépressif", ...avec bien entendu tous les états intermédiaires ...De là à imaginer qu'il peut y avoir alorsune "pilule du bonheur", il n'y a qu'un pas ...mais, il est vrai, un grand pas, car on touche au problème des "manipulations génétiques" attentatoires à la liberté ...Il n'en reste pas moins que "l'idée du bonheur" n'est peut-être que le résultat de "circuits dans le cerveau", dont on n'a pas certainement ma maîtrise ...On peut penser à ce propos aux "génies", aux "mystiques", à tout ce qui, dans le comportement des hommes, peut êre ..."irrationnel"...
Alors la recherche du bonheur est-elle vaine ?...N'est-elle qu'un sujet de méditation ?...Est-il vraiment malheureux de ne pas être heureux ?...Peut-être, comme l'a dit André Maurois, "le bonheur est une fleur qu'il ne faut pas cueillir" ...