Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Telle est la "jaquette" du livre, paru en avril 2006, de Fabienne Brutus sous le titre : "Chômage, des secrets bien gardés" - Edition Gawsewitch/Eyrolles.
L'auteur est "conseillère à l'emploi" dans une ANPE, et on peut donc penser qu'appartenant au sérail, elle sait de quoi elle parle... Néanmoins il convient de garder un esprit critique : l'appartenance à un corps ne permet pas toujours une objectivité suffisante. Naguère, Clémenceau disait à propos de l'Etat-Major : "La guerre est une chose trop sérieuse pour n'être confiée qu'aux militaires"... En ce qui concerne le chômage, toute information doit être contrôlée dans un pays comme la France où chaque famille a actuellement au moins un membre proche "sans travail rémunéré", et où il ne faut donc pas raconter n'importe quoi...
Le livre s'ouvre sur un chapitre "Des chiffres introuvables"... Et on découvre que le nombre de "demandeurs d'emploi" ne correspond pas au nombre des "chômeurs officiels" : les demandeurs d'emploi sont en effet répartis en ...8 catégories, dont seule la 1ère compte pour les statistiques, soit 2.414.125 "personnes sans emploi, immédiatement disponibles, et recherchant un CDI à temps plein" en Novembre 2005... Le nombre peut déjà être porté à 3.177.131 si on y ajoute les demandes de temps partiel et les demandes émanant d'intérimaires... Mais il y a 5 autres catégories (stagiaires, titulaires de CDD, les + 78 h de travail par mois, etc...) qui ne sont pas décomptés... soit au total 4.125.790... Et l'auteur ajoute les "oubliés du chômage" (jeunes, "vieux", malades, RMistes...) pour arriver au total "incroyable" d'environ 10.000.000... A trop vouloir démontrer, l'auteur exagère, et on s'y perd...
Le 2nd chapitre est consacré au Conseiller "soldat de la République"...On peut comprendre que le chemin de celui-ci n'est pas semé de roses, à commencer par son entrée, puisque l'auteur affirme que "c'est le chômage qui mène à l'ANPE" ... Elle ajoute, il est vrai, que le niveau minimal est Bac + 2, ce qui n'est pas pour autant une garantie... Suivent des considérations sur la "capacité à la servitude" pour y faire "carrière" : rien d'original, car on trouve cela dans d'autres secteurs de l'administration française, où les "primes" et les "avancements au choix" dissuadent de tout militantisme excessif... Il faut suivre la politique de l'établissement, qui est souvent la "politique" tout court... En fin de compte, à quelques exceptions près, on y encourt régulièrement l'acrimonie ou la colère des chômeurs estimant "que le conseiller ne fait pas son travail puisqu'eux n'en trouvent pas.".. Ceci dit, l'auteur en "rajoute" ou plutôt il en retranche, car il y a tout de même des témoignages nombreux de l'incompétence ou de la paresse rencontrées dans certaines ANPE...
Suivent 2 autres chapitres consacrés à l'accueil des chômeurs, ce qui est triste "à pleurer" ...et il faut s'habituer à tout un charabia professionnel du genre : "monter une AIS pour garder l'ARE, établir une AFF pour aller au bout d'une formation, faire une DAF pour les frais"...sans oublier évidemment les CV (Curriculum Vitae) et les BCA (Bilans de Compétences Approfondies)... Et on en arrive à un chapitre des "Partenaires voyous" : l'ASSEDIC, donneur d'ordre, qui fait donc la loi, puisqu'elle recueille les cotisations et indemnise les chômeurs (pas tous...)... mais aussi les Cabinets de placement, habilités à utiliser gratuitement les fichiers de l'ANPE, et faisant payer cher aux entreprises leurs prestations : 4000 E (employé) à 7000 E (cadre)... Ce qui pose un problème de principe : privatisation complète ou étatisation, car "l'économie mixte" en la circonstance est plutôt étrange... A noter pour mémoire que les Associations de chômeurs, apparemment les mieux placées pour parler du chômage, ne sont le plus souvent pas consultées...
Et le livre se termine par un chapitre qui fait frémir : "Le pire est à venir"... Les mesures actuelles du Plan de Cohésion Sociale sont fustigées : suppression des allocations (quand elles existent !) après 3 refus d'offre d'emploi, chasse aux faux chômeurs (à définir ?), faux-semblants des Contrats nouveaux (CA, CNE;...et CPE avant son abandon) qui se substituent aux anciens CDI, mais avec des garanties contre le licenciements en moins... Et dans le même temps, les crédits de "formation" disparaissent, à l'encontre de la "mobilité" souhaitée... D'où le mécontentement latent : l'auteur évoque même "les agences qui brûlent"... Faut-il pour autant sombrer dans le pessimisme ?... Certes, il y a des excès et des motifs d'inquiétude dans l'immédiat... Mais, puisqu'il est question "d'avenir", qu'en est-il à moyen et long terme de l'effet du "Papy-Boom" qui commence officiellement en 2005 et va conduire progressivement à une insuffisance de "jeunes" ? Que va-t-il en être en France du prolongement inéluctable de "l'activité" jusqu'à 65, voire 70 ans, déjà en cours de réalisation dans des pays voisins ? Quid du cumul d'une retraite (faible) avec un emploi adapté aux personnes "âgées" ?... L'avenir est sombre...mais peut-être plus pour l'emploi que pour le chômage, même s'il y a un apparent paradoxe...
NB: Pour des informations plus complètes sur le chômage et l'ANPE, voir le Blog "Propositions Audacieuses" de Jacques Heurtault (Cf Lien - Catégorie Cohésion Sociale - 5 pages - 22 articles à ce jour).