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L'inauguration du "Musée du Quai Branly" à Paris est un événement important, car il traduit la volonté de remettre définitivement à leur juste place - c'est-à-dire une place équitable - les manifestations culturelles de toutes les civilisations, en éliminant de l'opinion la conception - issue de la colonisation - d'Arts dits "primitifs" au sens d'être inférieurs aux Arts occidentaux.
Néanmoins, ce Musée pose un... premier problème, qui est celui de sa dénomination...Le nom de "Musée du Quai Branly" ne fait qu'évoquer à la fois une bordure fluviale... et un savant français inventeur de ...la TSF, sans référence à son objectif comme c'était le cas pour le Musée de l'Homme... On a avancé, dès la décision de sa construction, le nom de "Musée des Arts Premiers", dans la mesure où le mot de "Primitifs" - qui,...à l'origine, désignait simplement "les premiers temps" (on parle par exemple d'Eglise Primitive) - a pris un sens péjoratif, synonyme de "frustes" ou "grossiers" par opposition à l'Art occidental considéré comme "évolué"... Mais cette désignation "d'Arts Premiers" n'est pas pour autant satisfaisante car elle sous-entend un "classement", alors qu'en la circonstance il n'y en a pas... Dans ces conditions, pourquoi ne pas utiliser un mot qui désigne le "début" - sans "classer" ni "mépriser" - à savoir : "initiaux"... Ce mot est d'autant plus évocateur qu'il a la même racine que celui "d'initiation" : or, depuis la Préhistoire, l'Art des premiers temps de toutes les civilisations - y compris la civilisation occidentale - a toujours été non pas un "Art pour l'Art", mais un "Art initiatique"...
Telle est d'ailleurs la raison du second problème posé par ce Musée... Qu'il soit "des Arts Premiers", des "Arts Initiaux" ou plus pauvrement ...du Quai Branly, il a l'inconvénient majeur de "figer" ces Arts dans des "collections" qui sont une pratique occidentale... En dehors des chapiteaux et des vitraux des cathédrales, ou encore des icônes russes ou byzantines, les oeuvres "occidentales" n'ont en effet pas de "contexte" (religion, magie,danse...) et peuvent donc sans inconvénient être présentées dans des musées... Tel n'est pas le cas des masques, costumes et objets divers de l'Afrique, de l'Océanie ou des Indiens d'Amérique, qui n'avaient de sens que dans les rites locaux... Les vieux Africains pouvant encore témoigner des pratiques de leurs ancêtres ne comprennent pas d'ailleurs cette "particularisation" d'objets en dehors de leur contexte, ce qui pour eux n'a aucun sens... Il est vrai que les Africains contemporains ont par contre très bien compris l'intérêt qu'ils pouvaient en tirer, au point de ne plus se contenter de vendre des objets authentiques; mais de fabriquer en série des copies souvent médiocres... Par contre, l'incompréhension des "Occidentaux" est telle qu'ils sont capables d'acheter un masque plusieurs millions d'Euros, alors que , dans la mentalité africaine, un masque pris isolément ne vaut "spirituellement" rien... Mais après tout, tant mieux pour les Africains qui trouvent ainsi - si elle n'est pas détournée ou confisquée par un commerce "parallèle" - une ressource non négligeable, alors qu'ils sont les plus pauvres du monde...