Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La Revue L'Histoire n° 316 de Janvier 2007 consacre un dossier spécial à "La Mort des Civilisations"... et la Revue Sciences et Avenir n° 719 de la même date évoque "La Chute de l'Empire Maya et autres Apocalypses"... Cette convergence n'est pas le fait du hasard, car elle répond à "l'obsession" actuelle du "déclin de la civilisation", en particulier de la civilisation occidentale... on a même inventé pour la circonstance un mot nouveau qui est la "déclinologie", les experts (?) en étant évidemment les "déclinologues"... L'inquiétude doit donc être grande : la "fin de tout" est-elle vraiment à notre porte ?...
Pour tenter une réponse à une question aussi "grave", il faut d'abord s'entendre sur les termes, et notamment sur la notion même de "civilisation"... On s'aperçoit que cette notion a évolué depuis son apparition chez les "Philosophes" au 18ème siècle... Il s'agissait alors de "l'état le plus parfait auquel est parvenue la partie la plus éclairée du génie humain" (on devine laquelle...), et on lui oppose la "barbarie"... Mais à partir du 19ème siècle les historiens l'utilisent pour désigner des "organisations collectives" pouvant être différentes à la fois dans l'espace et dans le temps... Ils mentionnent néanmoins une différence entre les "civilisations évoluées" et les "civilisations primitives", émettant ainsi d'emblée un jugement de valeur... Ce n'est qu'à la fin du 20ème siècle que l'originalité de chaque civilisation - ancienne ou actuelle - est reconnue et étudiée comme telle sans hiérarchisation...
Cette étude n'en a pas moins entraîné une autre notion qui est celle de la "vie" des civilisations, qui "naissent" et "meurent", conformément à la phrase fameuse de Pau Valéry : "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles"...Et, bien entendu, des exemples illustrent cette notion : la disparition des civilisations préhistoriques comme celles de Néandertal et de Cromagnon - ayant eu la durée la plus longue (des centaines de milliers d'années, soit immensément plus que les civilisations "historiques" remontant au mieux à 7000 ans...), et ayant inventé le B.A. - BA du progrès avec le feu, l'élevage, la culture, la métallurgie... et ensuite les civilisations du Moyen-Orient (Egypte, Mésopotamie, Asie Mineure, Perse...) et bien sûr celles du monde gréco-romain revisité par le christianisme... sans oublier les civilisations précolombiennes (Mayas, Aztèques, Incas)... Certes, ces civilisations n'existent plus comme "structures vivantes", mais elles ont laissé des traces, non seulement les plus tangibles comme les monuments, mais les plus diffuses comme les traditions et les formes d'art, de langues et de pensées... C'est le cas notamment de la civilisation dite "occidentale" héritée largement du monde gréco-romain... Il en ressort finalement qu'il y a le plus souvent évolution et transmission plutôt que déclin et mort... Et effectivement les cas de destruction totale sont relativement rares dans l'histoire : soit il y a eu anéantissement total à l'occasion de guerres (ex : certaines cités-états de la Mésopotamie antique : Our, Mari,... Babylone), soit il y a eu auto-destruction (cas de l'ïle de Pâques en raison d'un déboisement insensé ayant tari l'économie), soit il y a eu un phénomène climatique (cas des Vikings du Groënland - "terre verte" - disparus à la suite du ...refroidissement du Petit Age Glaciaire vers l'an 1000)...
Alors, qu'en est-il des civilisations actuelles ? Sont-elles vraiment menacées à leur tour de déclin et de mort ?... Certains augures comme Nicolas Hulot n'hésitent pas à déclarer que "nous courons vers l'abîme" dans la mesure où "la dégradation empire sans cesse", et il parle même d'une "6ème extinction" par référence aux catastrophes ayant jalonné l'histoire de la planète, notamment la chute de météorites dont l'une aurait peut-être sorti la Lune de la Terre il y a 2 ou 3 milliards d'années... Sans remonter aussi loin, d'autres "décadentistes", disciples de Nietzche, ont nié l'optimisme né des progrès de la science au 19ème siècle et trouvé dans les 2 Guerres mondiales la preuve de la disjonction complète entre le progrès matériel et le dépérissement moral... A cet égard, la crainte de l'énergie nucléaire, à la suite des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagazaki par les Etats-Unis, n'a rien arrangé... et l'écrivain catholique Emmanuel Mounier a pu écrire en 1947 : "Le désespoir est un état neuf en Europe... Les hommes ne croient plus au bonheur, à peine à un avenir"... Et, à la faveur de leurs alternances politiques, les Français ne manquent pas "d'en rajouter", à l'image du livre de Jean-Pierre Rioux -" La France perd la mémoire" Ed.Perrin 2006- tout y passe : la peinture décadente de Picasso, la fin de l'othographe, la chute du latin, la raréfaction des prêtres... et même l'émancipation des femmes !...
Et pourtant... Et pourtant, notre époque est aussi celle des fusées, des satellites, et du débarquement sur la Lune (en attendant Mars !) ... Elle est aussi celle de l'éviction de grandes maladies épidémiques, même s'il y a encore le cancer et le sida... Elle est encore celle des grands mouvements humanitaires qui atténuent, à défaut de pouvoir les supprimer, les grandes misères humaines (ex: la solidarité internationale après le Tsunami en 2005)... Et on peut ajouter la révolution informatique et la généralisation du portable contribuant à resserrer les liens entre les hommes... ce que recherchent d'ailleurs depuis plus d'un demi-siècle des organismes comme l'ONU, l'UNESCO, et l'Europe elle-même... Quant à la France, n'en déplaise aux "esprits chagrins", elle a connu les "Trente Glorieuses" (1945-1975) marquées par un progrès démographique et économique considérable, et elle garde son rang de "puissance exemplaire" avec ses écrivains, ses savants, ses sportifs... et une action internationale fondée sur la paix et la solidarité...
Alors, le déclin ?... Certainement pas... Tout au plus une maladie infantile du progrès... son "négatif" en quelque sorte !... Comme aurait pu le dire le regretté humoriste Pierre Dac, l'avenir n'est pas derrière nous... il est devant !...