Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La femme est l'égale de l'homme dans toute société, et elle ne s'en distingue que par sa nature... Cette notion est officiellement reconnue dans l'ensemble du monde, à en juger par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948), ce dernier terme étant entendu au sens de "l'être humain"... Mais en réalité cette égalité est loin d'être assurée, puisqu'une enquête de l'ONU a montré qu'elle n'était pas assurée dans 174 pays en l'an 2000... En l'occurence la France, réputée être la "patrie des Droits de l'Homme" n'a pas fait exception à ce comportement, car la fameuse Déclaration de 1789 - dont elle a eu, certes, l'initiative - avait affirmé à l'article 1 que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", mais il ne s'agissait alors - stricto sensu - que des "hommes", les femmes restant exclues, leur soumission aux hommes étant d'ailleurs attestée par le Code Civil de Napoléon en 1804... Et il faudra plus d'un siècle de "conquêtes" successives, notamment grâce à des mouvements féministes, pour aboutir avec le Général De Gaulle au Droit de vote des femmes (1944) et à l'Egalité des Droits des hommes et des femmes (1946), bien après d'autres pays... Et encore cette égalité reste souvent théorique, puisque les femmes restent largement minoritaires dans de nombreuses activités, notamment dans les métiers ou fonctions de responsabilité ou de direction (le Parlement étant l'exemple le plus notoire...).
Devant une telle situation remontant à l'histoire ancienne, on aurait pu imaginer qu'au moins la religion avait donné l'exemple de la "fraternité" entre les hommes et les femmes, ne serait-ce qu'en raison de leur égale soumission à une autorité divine, quelle quelle soit... Or - pour s'en tenir aux 3 religions dites "monothéistes" - ce n'est pas le cas :
- En ce qui concerne le judaïsme, l'Ancien Testament donne le reflet d'une société patriarcale dominée par les hommes, où les femmes sont certes respectées mais n'ont aucune responsabilité. En effet, la femme fait partie des biens de l'homme, pour qui elle est tout au plus "un être secondaire et dérivé", dont la mission est "d'enfanter" pour la transmission des générations (la "judéité" se transmet par la mère)... Dans le fameux Décalogue (Exode 20-17), la femme n'est d'ailleurs citée dans les "biens" qu'après la maison et avant le serviteur et ...le boeuf. Elle est impure à l'occasion de ses règles et de la grossesse... et un femme adultère doit être lapidée, ce qui n'est pas le sort de l'homme dans la même situation... Il est symptomatique que la 1ère femme de la Bible - Eve - soit accusée de la "faute originelle" alors qu'Adam - somme toute - aurait pu ne pas l'écouter... et il est aussi remarquable que seuls 3 Livres de l'Ancien Testament portent le nom d'une femme (Ruth, Esther et Judith), l'intervention des femmes étant souvent jugée négative, surtout si elles sont "étrangères" (exclusion des épouses non juives - Esdras 10 ).
- Pour le christianisme, Jésus peut apparaître comme un modèle de fraternité, quand il proclame : "Aimez-vous les uns les autres", sans faire de différence entre les hommes et les femmes... Certes, il s'entoure de 12 apôtres choisis seulement parmi les hommes, mais il accorde aux femmes une importance particulière, n'hésitant pas à braver la Loi,juive en acceptant que des femmes le suivent et même en libérant une femme adultère... Ce n'est pas par hasard que des femmes restent présentes lors de sa Passion, alors que les hommes de son entourage - notamment les Apôtres - se sont ..."carapatés"... Mais l'Eglise naissante n'aura pas ensuite la même sollicitude, puisque Saint Paul (1er siècle) n'hésite pas à écrire : "L'homme n'a pas été créé à cause de la femme, mais c'est la femme qui a été créée à cause de l'homme"... et il ajoute : "Je ne permets pas à une femme d'enseigner, ni de dominer son mari"... Et Saint Augustin (4ème siècle)considère que "la femme est l'égale de l'homme dans le domaine de la Foi"... mais en dehors il invoque l'ordre naturel pour dire qu'elle est inférieure à l'homme... Un concile (6ème siècle) aurait même débattu de la question : "Les femmes ont-elles une âme ?"... En contrepartie, il faut reconnaître que Marie, la mère de Jésus, plutôt marginalisée au début du christianisme, a pris ensuite une importance croissante au Moyen-Age - peut-être par résurgence des cultes païens célébrant la "Mère" - et un culte marial s'est alors développé jusqu'à nos jours (nombreuses églises et cathédrales consacrées à "Notre-Dame", dogme de l'Immaculée Conception au 19ème siècle...).
- Quant à l'islamisme, il reprend dans le Coran l'héritage juif avec un certain nombre de sourates rappelant l'autorité du "père"... La femme est honorée et protégée dans la mesure où elle respecte les prescriptions qui la concernent, notamment celle où Allah rappelle à Mahomet : "Dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants, de ramener sur elles leur voile... Elles éviteront ainsi d'être offensées" (sourate 33 - Verset 59)... Il est vrai que cette prescription a toujours été diversement interprétée par les musulmans eux-mêmes, mais elle contribue néanmoins à donner à l'Islam une apparence anti-féministe... Même les pays musulmans (Turquie, Egypte, Tunisie...) qui, confrontés directement au "modernisme occidental", ont introduit naguère des réformes en faveur des femmes (nécessité du consentement mutuel avant le mariage, interdiction de la polygamie, abolition du voile...) se heurtent à des difficultés d'application en raison de la pression exercée par les courants "intégristes"...
Ainsi donc, la place de la femme est un problème complexe où l'héritage religieux a eu une influence plus ou moins marquée sur l'évolution des moeurs, même en dehors de la pratique des cultes, dans la mesure où il a marqué les "mentalités"... Il y a d'ailleurs encore beaucoup de femmes attachées à la "tradition" et considérant que "la place de la femme est au foyer" et que son rôle est d'assurer les tâches domestiques"... Et cette attitude contribue évidemment à perpétuer une conception "discriminatoire" vis-à-vis des femmes, qui favorise les excès des hommes, notamment dans une utilisation comme une "marchandise" : depuis toujours, la prostitution, ...maintenant les mères porteuses... La véritable égalité ne pourra s'appliquer que par une "reconnaissance mutuelle", et elle n'existera pas tant qu'elle ne sera pas "fondamentalement" acceptée par tous les hommes... Simone de Beauvoir, dans le "Deuxième Sexe", l'avait dit : "Le problème de la femme a toujours été un problème d'homme"...