Réflexions sur l'actualité en tous genres.
La pauvreté est revenue sur le devant de l'actualité avec le froid, les sans-abris et la mort de l'Abbé Pierre... mais en fait, elle n'a jamais quitté l'actualité même si elle passe souvent au second plan derrière les événements qui passent...
Néanmoins , certains "experts" expriment des réserves sur la pauvreté - ou du moins la "paupérisation" - en faisant valoir des chiffres et des graphiques qui montrent les progrès incessants de l'expansion économique dans le monde... Mais d'autres "spécialistes", s'appuyant sur l'accroissement rapide la population mondiale passée de 2 à 7 milliards de personnes entre 1950 et 2000, affirment que la misère s'accroît et risque même de devenir dramatique, puisque 800 millions de personnes - soit une personne sur 8 - souffrent actuellement de la faim... Où est la vérité ?...
D'abord, il faut définir la pauvreté, qui est une notion très relative dans le "temps" et dans "l'espace" :
- Dans le "temps", et sans remonter très loin, les personnes âgées se souviennent de leurs parents et grands-parents à la campagne , vivant alors chichement, surtout des produits de leur jardin, n'ayant installé l'électricité que dans leur pièce principale et allant dans leur chambre avec une lampe-pigeon... Leurs besoins étaient modestes, et ils ne ressentaient pas leur pauvreté... Or, maintenant, même s'il y a encore des sans-abris ou de mal-logés - ce qui est intolérable - la plupart des gens ont un minimum de confort (téléviseur, portable, et même.. ordinateur), y compris dans des caravanes si le renchérissement de l'immobilier ne leur permet pas d'acheter ou de louer un appartement ou une maison... Le "pouvoir d'achat" d'une majorité de Français a incontestablement augmenté, mais ils ressentent néanmoins une impression de pauvreté parce que leur "vouloir d'achat" a également augmenté dans une proportion plus importante...
- Dans "l'espace", il est évident que la pauvreté, même si elle est réelle dans les pays développés, n'a rien à voir avec la misère profonde éprouvée par des populations faméliques de certains pays d'Afrique et d'Asie... Quand bien même ces populations auraient un "vouloir d'achat" - ce que le voisinage de la richesse pourrait légitimement susciter - elles n'ont pas de toutes façons de "pouvoir d'achat".. et elles ne peuvent vivre le plus souvent , compte tenu de leur croissance démographique, que de la mendicité et de l'aide internationale...
Mais, puisque les Français considèrent, même sans retomber dans une telle misère, qu'ils "s'appauvrissent", et que l'écart entre les revenus s'accroît - " les riches devenant toujours plus riches...et les pauvres plus pauvres" -, il est intéressant de consulter les chiffres... Or les statistiques de l'INSEE révèlent ...le contraire : le nombre de "pauvres" - à critères comparables - n'a cessé de baisser depuis 30 ans, passant de 12 % de la population en 1970 à 7,2 % en 1996 et 6,2 % en 2004, le Produit Intérieur Brut (PIB) ayant doublé dans le même temps... Il est vrai que cet accroissement a été plus lent en France que dans beaucoup d'autres pays développés, puisque les Français ont perdu en pouvoir d'achat 3 % par rapport aux Etats-Unis, 8 % par rapport au Canada et 12 % par rapport aux Britanniques, n'ayant gagné que par rapport au Japon (+5 %) et à l'Italie (+8 %)... Quant à la consommation des Français, il est remarquable que l'alimentaire soit passé de 30 % en 1960 à 15 % en 2006, la différence étant compensée par les biens d'équipement et les loisirs... Par ailleurs, l'INSEE contredit l'opinion courante en soulignant - sur 8 années de 1996 à 2004 - que les inégalités de niveau de vie (ou revenu par unité de consommation) sont restées relativement stables : 10 % des Français gagnent moins de 750 euros par mois et 10 % plus de 2360 euros, et ce rapport de 3,2 n'a pratiquement pas varié... Evidemment, il s'agit de "moyennes" qui ne rendent pas compte des cas extrêmes, et on peut toujours opposer le cas de ceux qui n'ont pratiquement rien et celui des PGG des entreprises du CAC 40 qui gagnent plusieurs millions d'euros par mois...
Mais il faut reconnaître que cet "équilibre" n'a pu être maintenu que parce que l'Etat a joué un rôle important en augmentant les "transferts sociaux" : actuellement 15 % des Français ont un revenu où les transferts sont plus importants que le salaire... Et, bien sûr, il en résulte un accroissement de la Dette Publique, auquel l'Etat n'a pu faire face jusqu'à présent qu'en maintenant un haut niveau de prélèvements obligatoires (entre 45 et 50 %) - ce qui est un frein à la consommation et à l'emploi - et en pesant ainsi sur la catégorie en expansion qui est la "classe moyenne" : le revenu moyen de celle-ci n'a en effet augmenté que de 1 % en 10 ans, et cette stagnation est certainement pour beaucoup dans le sentiment d'appauvrissement actuellement répandu... Il n'en aurait pas été ainsi et la "pauvreté" aurait certainement été réduite si la "richesse nationale" avait augmenté plus vite et avait été mieux répartie... Oui, mais voilà : "La France vit au-dessus de ses moyens" ou, si on préfère une formule plus concrète", " Les Français veulent le beurre et l'argent du beurre"... Il faut choisir : on travaille moins avec les "35 heures" qui ont apporté plus de repos et de loisirs.. On peut difficilement demander en plus de s'enrichir...