Réflexions sur l'actualité en tous genres.
"Y-a-comme un défaut !", aurait pu dire le regretté comique Fernand Raynaud... Les médias rabâchent que, depuis 20 ans, l'économie française est en pleine stagnation et même recule par rapport aux autres pays du monde, avec un indice de croissance inférieur à 2 % et un chômage "officiel" restant proche de 2 millions de personnes... Or les bénéfices des 40 premières entreprises françaises - ce qu'on appelle en termes boursiers "le CAC 40" - n'ont jamais été aussi importants, à en juger par les analyses publiées régulièrement par le Figaro-Economie, journal peu suspect d'hostilité au capitalisme :
- Le 16 mars 2006, un article avait été intitulé "Profits historiques pour les vedettes du CAC 40 ", et il était apparu que le "millésime 2005 avait été excellent" avec 84 milliards d'euros de profits contre 66 milliards en 2004, la hausse des bénéfices ayant été de 27 % alors que le taux de croissance de l'économie n'avait été que de 1,4 %...
- Le 13 mars 2007, il n'est plus question de profits historiques, faute de superlatif pour cette expression, mais un nouvel article est intitulé "100 milliards de bénéfices pour le CAC 40" , et en tête du palmarès figurent Total (11,7 milliards), BNP-Paribas ((7,3), Sanofi-Aventis ( 7), Arcelor-Mittal (6,3), EDF (5,6), Société Générale (5,2), etc...
Ainsi donc, quoi qu'on dise, l'économie française est en bonne santé, et même dans une santé florissante et fructueuse... Et "à priori" les profits réalisés n'ont rien d'immoral, puisque, somme toute (c'est le cas de le dire...), toute entreprise doit réaliser des bénéfices pour payer ses salariés, remercier ses actionnaires, et procéder aux investissements nécessaires pour l'avenir... Mais "de facto" ce n'est pas tout-à-fait le cas, et on peut pour le moins exprimer des réserves... Le Figaro-Economie révèle en effet que les investissements ont fortement diminué de 120 milliards d'euros en 1999 à 77 milliards en 2005... Quant aux dividendes versés aux actionnaires, ils ont certes représenté 32 milliards en 2006 - soit une augmentation estimable de 20 % par rapport à 2005 - mais ils sont loin d'être une part légitime, car on apprend que, pour limiter l'importance des versements, de nombreuses entreprises ont procédé au rachat ... de leurs propres actions... Enfin, suivant les chiffres de l'INSEE, la part des salariés dans la valeur ajoutée des entreprises - à laquelle ils ont largement contribué par leur savoir-faire et les gains de productivité - a baissé d'environ 8 points alors que la part des "profits" - c'est-à-dire l'excédent brut d'exploitation - a progressé d'environ 6 points... Sans commentaire... sauf celui de se demander : où va l'argent ?...
On pourrait espérer que cet argent - à défaut d'être équitablement "redistribué" - reste au moins en France et serve à constituer des "pôles" économiques capables de rivaliser avec les géants économiques du monde, et notamment avec ceux des Etats-Unis... Il faut reconnaître sur ce point que la France a "encore" un certain rang avec 10 entreprises parmi les 100 premières entreprises du monde... et cette recherche de puissance est d'ailleurs l'enjeu des regroupements envisagés, comme GDF et Suez... Mais les entreprises du CAC 4O, comme beaucoup d'autres n'y figurant pas, sont de moins en moins ...françaises : Arcelor s'est associé à l'indien Mittal, et Total réalise une grosse partie de ses bénéfices et de ses investissements hors de France, où elle ne fait même pas le geste... d'indemniser les victimes de l'Erika... Inversement, "l'étranger" et notamment les entreprises américaines placent leur argent en France en y prenant des parts croissantes dans les entreprises, non pas pour le bien de l'économie française, mais pour y trouver des "profits" : c'est le cas des "fonds de pension américains", issus des revenus des familles riches de 40-60 ans, et représentant une force colossale dans le monde avec 6000 milliards d'euros... et ayant déjà racheté près de 1500 entreprises françaises, grandes, moyennes ou petites... Le seul souci des organismes gérant ces fonds est alors la rentabilité, c'est-à-dire le culte aveugle des "profits" : pour obtenir par exemple 1 ou 2 % de bénéfices supplémentaires, ils n'hésiteront pas à licencier du personnel, y compris l'encadrement, afin d'avoir des dirigeants plus sensibles à "l'efficacité" qu'à la "culture" de l'entreprise... Cela a été le cas des marques textiles comme Well, Dim, Aubade ou Arena...Et les salariés des Chantiers de l'Atlantique peuvent légitimement s'inquiéter - ainsi que tout le "bassin d'emplois", avec les "sous-traitants" - que cette entreprise soit mise à l'encan par le norvégien Aker, un an après l'avoir rachetée... Tout cela n'est plus qu'un jeu de "marchés financiers" : on achète ...à la baisse, et on revend ...à la hausse, et ainsi de suite...
Alors que faire ?... Taxer les "super-profits" ?...Moraliser les revenus des Présidents de Sociétés, qui atteignent parfois des sommets "incroyables", avec le cumul de leurs salaires, des distributions d'actions... gratuites,, des attributions exclusives de "stock-options", sans oublier, en cas de "départ", des indemnités de "séparation" défrayant la chronique (exemple de Zacharias, ancien Président de Vinci)... Laurence Parisot, Présidente du MEDEF, a recommandé des "règles de bonne conduite"... mais elle n'en affirme pas moins : "Il est normal qu'il y ait des rémunérations élevées, si elles sont liées un talent ou à une compétence particulière" (?!)... Et elle ajoute : "Il n'y a rien de choquant à gagner de l'argent à partir du moment où on en fait gagner"... Evidemment, il fallait y penser !... Mais, au fait, à qui ?...
L'ennui est en effet que le "gain" ne profite pas à tous les "acteurs" en proportion de leurs mérites... Jacques Chirac, Président de la République, a proposé en janvier 2007 que "20 % des plus-values soient reversées aux salariés", mais cette proposition n'a pas eu d'échos...Nicolas Sarkozy, de son côté, suggère que "les stock-options soient étendues à tous les salariés de l'entreprise pour que chacun soit partie prenante au succès de tous", mais il n'est encore qu'un candidat à la Présidence de la République... Enfin, il y a encore la possibilité d'encourager "les fonds de pension à la française", en développant la retraite par "capitalisation", à fortiori si la retraite par "répartition" actuellement presque exclusive s'avère progressivement insuffisante avec le nombre croissant de personnes âgées... Mais, outre les risques encourus - car la Bourse a ses traîtrises - et l'inégalité fondamentale d'un tel système - accessible seulement aux "plus riches", cela ne fait pas partie de la "culture économique" des Français...
Alors ?...