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Si on demande à l'improviste à un Français - même agnostique - quelle est la religion dominante en France, il répondra spontanément "le catholicisme" ...et s'il est un croyant, il pourra même ajouter que "d'ailleurs, la France est la fille aînée de l'Eglise"...
Cette conception d'une "France catholique" est pour le moins battue en brèche par un sondage réalisé en Janvier 2007 par la Revue "Le Monde des Religions". Il en ressort en effet que 51 % seulement des Français se déclarent "d'appartenance catholique"... Certes ils sont encore - de peu - la "majorité", mais manifestement plus pour longtemps, à en juger par l'évolution de la proportion : 80 % (1990), 69 % (2000), 61 % (2005)... Or il ne s'agit que d'une notion "d'appartenance" plutôt imprécise... Les catholiques "pratiquants", eux, sont passés de 80 % au début du 20ème siècle à 10 % au début du 21ème siècle... Ce n'est plus une baisse, c'est un affaissement !...
Est-ce à dire pour autant que les Français ne croient plus en Dieu ?...La proportion de "croyants" remonte à 52 % en 2006, mais elle avoisinait encore 75 % à la fin des années 1960... Et leur notion de "Dieu" a changé : 18 % seulement des Français reconnaissant leur appartenance catholique croient à un "Dieu personnel" auquel ils vouent une relation alors que cette notion est pourtant un des fondements du catholicisme (avec la complication supplémentaire de la Trinité : Père, Fils et Saint-Esprit...)... Le plus grand nombre des 82 % restants imaginent un Dieu qui est une "Force" ou une "Energie",... les savants - plus rationnels - en faisant même un "Architecte de l'Univers"...
Il faut noter en l'occurrence que ces derniers se confondent plus ou moins sur ce point avec ceux qui ne se reconnaissent pas (ou plus) dans le catholicisme : en effet, sur les 49 % de Français qu'ils représentent, 31 % se déclarent sans religion, ce qui, pour beaucoup d'entre eux, signifie qu'ils sont "athées" - c'est-à-dire qu'ils ne croient pas en un Dieu (étymologie grecque : "a" privatif - "Théos"), mais ne signifie pas nécessairement qu'ils ne croient en rien... Il y a souvent une reconnaissance de la "force de l'esprit"... et d'ailleurs les philosophes ne manquent pas actuellement de souligner les progrès de la "spiritualité" ...et ce n'est pas par hasard que le "bouddhisme" - qui est une "Morale" sans Dieu et non -stricto sensu - une religion - connaît actuellement en France un succès certain...
L'Eglise catholique est consciente de cette situation, car les principaux indicateurs de son influence sont en baisse :
- Baptêmes : 1975 - 578.212 sur 724.000 naissances
2004 - 357.762 sur 767.816 naissances
- Mariages religieux : 1975 - 281.786 sur 387.000
2004 - 96.863 sur 271.600
- Prêtres : 1970 : 45.059 dont 7.504 moines
2004 : 22.135 dont 5326 moines
Cette perte d'influence se traduit aussi dans le comportement "cultuel" des catholiques d'appartenance : certes, 80 % d'entre eux affirment connaître le "Notre Père" et le "Je vous salue Marie", 62 % ont à leur domicile au moins un crucifix ou une statuette de la Sainte-Vierge... mais 48 % seulement ont une Bible, 33 % savent à quoi correspond la Pentecôte, 30 % ne prient jamais ...et ils ne sont que 17 % à aller régulièrement à la messe... D'autre part, si 64 % croient encore aux miracles (?!), et 58 % à la Résurrection du Christ,...39 % seulement croient à la Virginité de Marie, 37 % à la Trinité... et 33 % au ...Diable !
Néanmoins l'Eglise catholique conserve une influence largement plus forte que son "importance réelle" : 76 % des catholiques d'appartenance ont une bonne opinion d'elle ...et 71% du Pape Benoît XVI (nettement moins que Jean-Paul II qui dépassait 80 %...). D'autre part elle conserve une forte audience populaire par son action caritative, illustrée par le Secours Catholique et la Fondation de l'Abbé Pierre... Elle est représentée constamment au Comité National d'Ethique... Enfin la fréquentation des institutions scolaires catholiques ne cesse d'augmenter... il est vrai en partie parce que les Français - même... athées - y trouvent plus de "morale" et de "discipline" que dans l'enseignement public faisant parfois office de "repoussoir"...
Peut-on imaginer alors que le catholicisme est susceptible de regagner le terrain perdu ?...
- Sur le plan institutionnel, certainement pas... Les temps sont révolus où le catholicisme était la "religion d'Etat", et au terme de diverses difficultés au 19ème siècle (la Loi Falloux...), la laïcité est reconnue en France, y compris par l'Eglise qui en a tiré des accommodements, notamment pour l'entretien des bâtiments...
- Sur le plan numérique, rien n'est moins sûr, car dans les familles catholiques la volonté de transmettre la religion aux enfants s'est fortement ...affaiblie... Et les souhaits de 81 % d'autoriser le mariage des prêtres ... et de 79 % que les femmes puissent être prêtre(sse)s se heurtent au refus de la hiérarchie du Clergé et notamment du Pape...
- Sur le plan personnel, une réaction paraît par contre possible en raison des progrès de la "spiritualité". Car, s'ils sont moins nombreux qu'autrefois, les catholiques pratiquants ont certainement une foi plus "approfondie" que ceux d'autrefois, dont la foi était un peu celle du "charbonnier", plus attachée au "rite" qu'à la "réflexion intérieure"...
Dans ces conditions, il n'est vraiment plus possible de dire que la France est un "pays catholique", mais il faut reconnaître en contrepartie que le catholicisme, après en avoir été un élément "fondateur", reste une structure "fondamentale" du pays... Mais jusqu'à quand ?... En 2006, les jeunes (18-34 ans - 30 % de la population) ne sont que 17 % à se reconnaître catholiques, alors que les + de 50 ans (42 % de la population) sont 56 %...