Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Il n'en est pas moins vrai qu'elle traîne "comme une casserole" une incapacité permanente à trouver l'équilibre nécessaire entre l'économie et l'emploi... En effet l'économie française est très active, même si elle connaît actuellement un ralentissement qui n'est peut-être que conjoncturel (progression de 2 % seulement en 2006, l'une des plus faibles de l'Europe)... Mais, à la différence d'autres pays, elle conserve l'un des plus hauts taux de chômage, malgré une légère baisse, avec environ 2 millions de personnes "officiellement " sans emploi, et "pratiquement" beaucoup plus en ajoutant celles qui, à des titres divers, sont retirées des listes (*)... Or les entreprises - surtout les plus grandes - réalisent depuis plusieurs années des "bénéfices historiques" alors qu'elles reçoivent déjà une aide indirecte de l'Etat par une exonération au moins partielle de charges sociales... Mais l'effet sur l'emploi reste limité, puisqu'en 2006 environ 200.000 emplois nouveaux ont été créés, ce qui est un progrès insuffisant ... car , dans le même temps, des emplois ont été supprimés, parfois massivement, pour cause de "rationalisations" ou de "délocalisations"...
Néanmoins, il convient de ne pas considérer de façon simpliste les entreprises comme les seules responsables du "Mal français"... Car la France est un pays singulier - qui étonne d'ailleurs sur ce point les autres pays - par une "co-habitation contradictoire" entre un chômage massif et un grand nombre d'offres d'emploi non satisfaites... Contradiction qui doit d'ailleurs être nuancée suivant les secteurs puisque les offres d'emploi non satisfaites concernent surtout le bâtiment (25.700), les conseils et assistances (11.500), les transports (8.300), l'industrie des biens intermédiaires (6.300), les services aux particuliers (4.900), le commerce de gros (4.300), etc ...alors que le chômage sévit dans les services opérationnels (14.600), les hôtels et restaurants (7.500), l'industrie automobile (3.900), le commerce de détail (2.800), etc... (**)
Le Mal français a donc des origines "structurelles" qui dépassent le comportement des entreprises... La tentation est alors grande de s'en prendre à la formation professionnelle, et plus largement à l'Education Nationale qui, assurément, ne fournit pas toujours - tant s'en faut - à l'économie les jeunes qualifiés dont elle a besoin... Mais si l'Education Nationale fait preuve incontestablement d'une trop grande inertie, c'est certainement aussi parce qu'elle n'est pas suffisamment renseignée sur l'évolution des besoins, et notamment sur "l'économie du futur"... Que fait-elle actuellemant par exemple en matière de bio-technologie, nanotechnologie, etc... alors que l'économie française va inévitablement continuer à perdre du terrain dans les activités "traditionnelles" en raison de la concurrence des pays dits "émergents" ?... Forme-t-on des professeurs à ces techniques?... A-t-on prévu les équipements et leur renouvellement régulier dans les établissements de formation ?...
Mais la formation n'est certainement pas le seul problème à résoudre pour guérir le Mal français... Au moins aussi important, et peut-être même fondamental, est celui d'assurer une coordination "organique" entre "l'économie" et le "social"... En l'occurrence, il ne s'agit pas simplement d'augmenter les salaires, car les entreprises doivent réaliser des bénéfices pour assurer leurs investissements ...et pour payer les salariés et les charges sociales inhérentes... Certes, il n'est pas normal que les "super-profits" obtenus par certaines entreprises ne soient pas taxés... et que certaines d'entre elles préfèrent même racheter leurs propres actions pour diminuer le paiement des dividendes en partie au dépens de leurs salariés petits actionnaires... Mais, au delà de ces cas d'espèce, il faut aller plus loin et chercher des solutions plus "générales"...
A ce titre, le débat actuel sur la "TVA sociale", repris à l'occasion des élections présidentielles, a le plus grand intérêt (*)... Le principe serait d'augmenter la TVA et en contrepartie de baisser d'un montant équivalent les charges sociales des employeurs, ce qui permettrait en particulier de faire face aux dépenses "familles" et "maladies" de la Sécurité Sociale . L'avantage serait évidemment de diminuer le coût du travail, et d'améliorer la compétivité des entreprises ...non seulement parce que les produits "devraient" être moins chers... mais parce que les produits importés de l'étranger seraient également taxés... Mais l'inconvénient, souligné par les syndicats des salariés, est que cette TVA sociale péserait sur le pouvoir d'achat de tous les Français, notamment sur les plus défavorisés... On peut y répondre qu'il n'est pas anormal de répartir l'effort éventuel sur tous les Français, plutôt que de continuer à demander à une partie seulement d'entre eux de toujours payer pour l'autre... En contrepartie, l'allègement des charges sociales "pourrait" être modulé pour les entreprises en fonction de leurs créations d'emplois - notamment pour les PME - afin de contribuer efficacement à la résorption du chômage, ...et il ne serait pas anormal que celles-ci prévoient une hausse "raisonnable" des salaires... Chacun y trouverait son compte... et la France y trouverait l'avantage de bâtir ainsi une "éco-socialité" où l'opposition traditionnelle entre "patrons" et "salariés" serait au moins atténuée... La France, certes...mais il faudrait encore que la France ne soit pas le seul pays à la pratiquer... A noter qu'une expérience d'augmentation de la TVA a déjà été tentée sans difficulté majeure en Allemagne, mais son taux normal initial de TVA n'était que de 16 %.. En France, il est déjà de 19,6 %...
* Voir lien / http://propositions-audacieuses.over-blog.com /Rubriques Fiscalité (Article de la Croix du 4 avril 2007 sur la TVA sociale), Allocations et Anpe-Assedic
** Article Ouest-France 6 avril 2007