Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Il est bien connu que la France est par excellence un "pays d'art et d'histoire" ...et, comme son histoire a été une longue suite de conflits - les luttes féodales, la guerre de Cent ans, les guerres de religion, la Fronde ...et toutes les révolutions de l'époque contemporaine - il n'est donc pas surprenant qu'elle s'offre maintenant une nouvelle querelle consacrée cette fois au rapport de l'art et de l'argent, à l'occasion d'un projet de taxation des oeuvres d'art dans le cadre de l'Impôt Sur les grandes Fortunes (ISF)...
Ce projet repose apparemment sur le postulat que la possession d'oeuvres d'art est le privilège des "grandes Fortunes" et qu'il est donc juste de demander aux "riches" - dans ce domaine culturel comme dans le domaine économique - une contribution proportionnelle à la valeur de ces oeuvres ...Le problème est que le rapport de l'art et de l'argent est loin d'être aussi simple :
- Il faut d'abord s'interroger sur la nature même de "l'art" ...En effet celui-ci a des formes diverses - architecture, sculpture, peinture, céramique, vitrail, etc - qui, à l'origine, étaient souvent associées, à l'exemple des temples d'Egypte, des monuments grecs et romains, et des cathédrales médiévales dont les couleurs extérieures ont disparu avec le temps ...Et, même si les riches de l'époque "décoraient" déjà leurs propriétés, les oeuvres "artistiques" étaient le plus souvent des "biens publics", que ce soit ceux des cités, des églises ou des pouvoirs politiques... L'art n'était pas alors une "entité en soi" et s'intégrait dans l'organisation sociale ...
- On n'arrive que progressivement à la notion de "l'art pour l'art" ...Cette évolution est liée à l'enrichissement général de ce qu'il est convenu d'appeler la "bourgeoisie", qui construit des "maisons de maîtres" et s'offre notamment des oeuvres picturales, soit des portraits commémorant leur souvenir, soit des paysages évoquant la nature, soit même des sujets mythologiques servant de prétexte à la représentation de femmes ... Car l'art reste "concret" et, même si les "écoles" se succèdent , il est toujours "représentatif", en accord avec le goût d'une clientèle "riche"...
- D'où, avec les progrès de l'instruction à partir du 19ème siècle, la volonté de certains artistes de sortir de cette contrainte de "l'académisme" et de "libérer" l'art ...Cela donne "l'impressionnisme", qui, déjà, se dégage de la réalité ...et aboutit à l'art "abstrait" qui n'est plus qu'un jeu de formes et de couleurs, à l'instar des accords de musique... Mais, dans un premier temps, cette "révolution" n'est pas acceptée par les amateurs d'art, et les oeuvres sont même refusées dans les salons et expositions ... Certains artistes vivent dans la misère... Néanmoins, des galeries sont organisées, et des marchands de tableaux avisés parviennent à faire connaître les oeuvres, au point que, désormais, elles atteignent des prix astronomiques ...En posséder devient un "placement", d'autant plus "intéressant" que les pouvoirs publics, en créant l'Impôt sur les grandes Fortunes en 1982, prennent soin "d'exclure les oeuvres d'art du patrimoine taxable", afin qu'elles n'émigrent pas vers des "paradis fiscaux" hors de France... Il arrive d'ailleurs que - la possession de l'argent ne conférant pas nécessairement le sens artistique - certains "riches" en arrivent à collectionner n'importe quoi, comme des tas de ferrailles ou un cheval planté dans un mur...
Dan ces conditions, l'intégration des oeuvres d'art dans l'ISF paraît juste, dans la mesure où elle supprime un privilège ayant un fondement plus financier qu'artistique ...Mais il n'en faut pas moins prendre garde à ce qu'elle ne soit pas une source d'injustice, car l'appréciation de la valeur d'une oeuvre d'art ne repose pas sur des critères précis et durables, et elle est même souvent une "affaire de mode" ...Et il peut y avoir des amateurs modestes, dont l'oeuvre acquise à un prix relativement faible prend de la valeur et qui, s'ils en font la déclaration, peuvent se retrouver dans la situation des petits propriétaires de terrain dans l'ïle de Ré...