Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Dans la perspective du 70ème anniversaire des évènements de 1940 en France, il est évidemment nécessaire d'évoquer, après la défaite militaire du mois de mai, l'appel du 18 juin du Général de Gaulle...
...Et ceci d'autant plus qu'après avoir été longtemps vilipendé, en France comme à l'étranger, le Général de Gaulle fait l'objet actuellement d'une véritable ferveur transcendant, à de rares exceptions près, les traditionnelles divisions politiques ..."Tous gaullistes !" proclame même un magazine du 12 juin 2010 ...Ce qui, peut-être, fait sourire l'intéressé dans sa tombe, lui qui ironisait sur ce terme, le concédant seulement pour sa chère épouse Yvonne, ...et encore, disait-il, "cela dépend des jours !"...
Car le Général de Gaulle était un homme de caractère, qui avait d'ailleurs écrit dès 1932 dans son essai "Le Fil de l'épée" : "L'homme d'action ne se conçoit guère sans une forte dose d'égoïsme, d'orgueil, de dureté, de ruse" ...Et, de fait, celui qui, dès son séjour à l'Ecole de Saint-Cyr, dérangeait par sa stature personnelle, ne sera pas tendre avec ceux qui s'opposeront à lui : Darlan, Giraud, le Maréchal Pétain ...et, plus tard Mitterrand, l'auteur
du pamphlet "Le coup d'état permanent" .. Mais il était aussi un homme simple, capable d'une grande chaleur humaine, comme le prouvent de nombreux textes rassemblés après sa mort dans les "Lettres, notes et carnets", où il manifeste une tendresse indéfectible pour sa famille, en particulier sa petite fille Anne, handicapée mentale ...Et il avait ses faiblesses, car l'homme qui dressera ses bras en V sur le balcon du Palais du Gouverneur à Alger en 1958 ou à Pnom-Penh en 1966 sera également celui qui, saisi d'angoisse avant ses conférences de presse, demandera à son entourage comme un acteur "la salle est pleine?...", alors que les journalistes se bousculent pour y assister...
C'est pourquoi l'évocation de son appel du 18 juin 1940 - auquel il a été identifié : "l'homme du 18 juin " - doit être débarrassé de toute forme de culte "à postériori", comme si cet appel avait été le fondement de la "geste gaulli ...enne"...Il apparaît en effet que ce fameux appel n'avait pas eu alors une grande importance :
- D'abord, il avait été quelque peu improvisé ...Le 1er Ministre anglais Winston Churchill, partisan acharné de poursuivre la lutte contre l'Allemagne d'Adolf Hitler et ne promettant à son peuple que "du sang et des larmes", est à la recherche d'une personnalité française
capable de s'opposer à l'armistice annoncé le 17 juin par le Maréchal Pétain ..."qui a fait à la France le don de sa personne ...pour atténuer son malheur"...Mais Georges Mandel décline l'invitation "parce qu'il est juif" ...et Jean Monnet préfère émigrer aux Etats-Unis ...Il se rabat sur ce colonel que le Président du Conseil Paul Reynaud vient de promouvoir général de brigade à titre temporaire et intégrer à son gouvernement comme Sous-Secrétaire d'Etat à la guerre ...On rapporte que, l'ayant alors rencontré pour un projet d'Union franco-britannique, il aurait murmuré "l'homme du destin" ...Peut-être ...Mais De Gaulle lui-même reconnaît qu'il n'était alors qu'un ..."second couteau" ...
- Ensuite, l'Appel du 18 juin n'était pas le 1er appel du Général de Gaulle ...Il s'était déjà exprimé à la Radio française le 21 mai, après avoir remporté une des rares victoires française à Montcornet dans l'Aisne grâce à une concentration de blindés dont il avait prophétisé auparavant l'efficacité dans un autre essai "L'Armée de métier" en 1934 ...et son Appel à la BBC a alors failli ne pas avoir lieu, ayant seulement été imposé par Winston Churchill en dépit de réticences de son entourage le trouvant "undesirable" ...Il n'a d'ailleurs pas été enregistré ...Il est vrai que le Général de Gaulle en fera ensuite ...18 autres dans les semaines suivantes, notamment celui du 22 juin dont l'enregistrement est encore régulièrement diffusé ...Quant à la célèbre affiche "A tous les Français" commençant par la formule " La France a perdu une bataille, mais elle n'a pas perdu la guerre", elle ne sera imprimée et diffusée - surtout en Angleterre - qu'en août 1940...
- Enfin, l'appel du 18 juin, comme les suivants, n'a été entendu que par un minorité de Français ... En juin 1940, c'est "l'Exode", et il y a près de 10 millions de gens qui sont sur les routes ou réfugiés dans des conditions précaires ...et il n'y a pas plus de 4 millions de postes de "TSF" qui ne sont pas ..."portables" ...Et les Français qui sont encore chez eux écoutent naturellement la radio française, beaucoup ayant été "rassurés" la veille par l'allocution du Maréchal Pétain ...Pourquoi écouteraient-ils la BBC ?... D'ailleurs, le gouvernement de Vichy ne va pas tarder à sévir contre De Gaulle : déjà condamné par un Tribunal militaire le 4 juillet à 4 ans de prison et 100 francs d'amende (!), il est considéré par une juridiction d'appel le 2 août comme "déserteur ayant trahi la France au profit d'une puissance étrangère", ...et dégradé, condamné à mort par contumace, déchu de la nationalité française et de ses droits civiques, avec confiscation de ses biens ...
Rares sont ceux qui alors réagissent contre cette condamnation d'un général inconnu ...Il faut préciser qu'à l'époque beaucoup de Français cultivaient une vieille rancune contre les Anglais, qui avaient été des ennemis traditionnels ...du Moyen-Age jusqu'au 19ème siècle, ...et des rivaux dans l'expansion coloniale...Et ils s'indignent évidemment de la destruction de navires français dans la rade de Mers-el-Kébir en Algérie le 3 juillet par les Anglais craignant une main-mise allemande, ...comme ils s'indigneront de la tentative de débarquement à Dakar le 23 septembre par une escadre franco-anglaise voulant aider le Général de Gaulle et les premières "Forces Françaises Libres" -composées alors de 66% "d'indigènes" - à rallier l'Afrique Occidentale Française...
L'avenir paraît sombre alors pour le Général de Gaulle ...L'Histoire n'a pas encore jugé !...