Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Il fut une époque 'immémoriale" où la durée du temps de travail ne faisait l'objet d'aucune limitation autre que celle des nécessités matérielles ou des prescriptions d'origine religieuse comme le "sabbat" des Juifs (samedi) ou le "jour du Seigneur" des chrétiens (dimanche) ainsi que les jours de "fête"...Contrairement à un préjugé courant, cela ne signifiait pas que les hommes (et les femmes...) étaient écrasés de travail, parce que les jours de fête étaient beaucoup plus nombreux que maintenant ...et que les gens "libres" avaient une part importante de leurs tâches allégée par l'utilisation d'esclaves ...Seul le sort des esclaves était souvent peu enviable ...comme le fut celui des "serfs" du Moyen-Age qui étaient "taillables et corvéables à merci" ...De toutes façons, l'économie esssentiellement agricole ne se prêtait pas à une délimitation stricte de la durée du travail...
Ce n'est qu'avec la Révolution Industrielle, d'abord en Angleterre (fin 18ème siècle), puis en France (début 19ème siècle), que le regroupement de la main d'oeuvre dans des espaces spécifiques entraîne le développement d'un "prolétariat" et une longue lutte pour l'amélioration des conditions matérielles et notamment la réduction de la durée hebdomadaire du travail... Les premières mesures, inspirées par des considérations religieuses et des associations charitables, concernent les enfants, dont une loi de 1841 limite la durée journalière de travail à ...8 heures pendant une semaine de ...6 jours. Pour les adultes, la durée hebdomadaire était alors de ...70 heures (le double de 35 heures !) ...et ce n'est que progressivement que la durée est diminuée à 60 heures (10 heures par jour) en 1900, ...48 heures (8 heures par jour) en 1919, ...et 40 heures (5 journées de 8 heures) en 1936, avec les congés payés (d'abord 2 semaines), dans le cadre du gouvernement de Front Populaire de Léon Blum... En fait, "la semaine de 40 heures" est longue à se mettre en place, en raison de la spécificité de certains métiers ne se prêtant pas à une structure rigide (ex: la restauration), des difficultés subsistant encore à la fin du 20ème siècle ...C'est d'alleurs la raison pour laquelle le Président François Mitterrand, qui avait inscrit les "35 heures" dans le Programme Commun de 1981 se contente d'instituer les ...39 heures par son Ordonnance de 1982...
C'est alors qu'au terme de diverses alternances politiques, arrive sous la présidence de Jacques Chirac le gouvernement de Lionel Jospin qui, à l'initiative de Martine Aubry, Ministre responsable, décrète "d'autorité" et sans véritable concertation - malgré un Rapport accablant d'une Commission sénatoriale (*) - la limitation de la durée hebdomadaire de travail à 35 heures par deux Lois successives (13 juin 1998 et 19 janvier 2000) ...Les entreprises sont mises en demeure de réduire les horaires de 39 à 35 heures dans un délai dépendant de leur importance, ...la différence de 4 heures pouvant être transformée en demi-journées ou journées de "Repos Compensatoires" (RC devenues RTT) en plus des congés payés, ...l'Etat, pour sa part, versant des subventions pour que les salariés conservent leur salaire initial (les "35 heures payées 39") . Evidemment, ces dispositions ont l'approbation de la "Gauche", et notamment du Parti Socialiste - dont elles sont la "mesure-phare" - et Martine Aubry devient la "Dame des 35 heures" (certains diront "Notre-Dame"...), comme naguère Léon Blum avait été "l'Homme des 40 heures"...
L'intention est certainement généreuse, mais malheureusement elle est fondée sur une idée fausse de "partage du travail" suivant laquelle, la "masse de travail" étant le produit de la durée hebdomadaire par le nombre des emplois, il suffit donc de réduire la durée hebdomadaire pour accroître le nombre des emplois... En vertu de ce sophisme, certains "techniciens" envisagent même alors de passer à la "semaine de 4 jours" pour "32 heures" !...Or la "masse de travail" n'est pas fixe, et elle ne peut pas l'être, à fortiori avec une mesure rompant les équilibres... En alourdissant leurs charges, l'instauration des "35 heures" ne peut en effet que réduire le budget des entreprises et leur compétitivité sur les marchés extérieurs : elles ne peuvent alors que maintenir leur équilibre soit par un renforcement technologique, soit par des compressions de personnel, soit par des "délocalisations" vers des pays "moins chers" ...quand elles ne ferment pas purement et simplement...
Le bilan est sans appel ...Alors que l'ambition d'origine était de créer 700.000 emplois, Martine Aubry elle-même n'avance plus en Février 2004 que 400.000 emplois ...et l'économiste socialiste Dominique Strauss-Kahn ..., comme le MEDEF ... s'en tient à 200.000. Et l'IFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques) ne comptabilise que ...50.000 emplois "nets", car il faut tenir compte des suppressions parallèles d'emplois en partie générées ...par les 35 heures ... Et chacun sait que le chômage n'a pas baissé de façon significative depuis 2000, le nombre "officiel" de 2.200.000 chômeurs en 2007 dissimulant au mois autant de chômeurs "oubliés" à divers titres (non-inscrits, radiés, stagiaires, employés précaires,etc...). Et comme dans le même temps les subventions payées au titre des "35 heures payées 39" par les Collectivités publiques - donc par tous les contribuables - s'élèvent à environ 16 milliards d'euros par an, ...on peut parler d'un véritable scandale des 35 heures, d'autant plus choquant qu'il y a parfois des réductions d'ouverture des services au public par les entreprises concernées, la réduction de 39 à 35 heures faisant perdre l'équivalent d'une demi-journée...
Evidemment, à la faveur de la dernière alternance politique en 2002, la majorité modérée a cherché à réduire la portée des "35 heures" en assouplissant son application, notamment pour les heures supplémentaires... Mais elle a échoué avec Dominique de Villepin dans une tentative de création d'emplois dits de "Contrats de Première Embauche" (CPE) pour les jeunes en raison d'une précipitation excessive et d'un manque de concertation ...Et surtout elle n'a pas touché au principe devenu presque un "mythe" des "35 heures", incontestablement populaire auprès de ceux qui en ont bénéficié et qui ont ainsi plus de "loisirs" ...ou de possibilités d'emplois complémentaires... Même le Président Sarkozy, qui a promis dans son programme en 2007 de "remettre la France au travail" n'a encore pris dans ce domaine que des mesures "palliatives" comme la "défiscalisation des heures supplémentaires" ou "l'allègement des charges pour les entreprises pratiquant l'intéressement des travailleurs"... Mais il n'a pas à ce jour touché à la "patate chaude" des 35 heures et n'évoque même pas l'hypothèse d'un retour à ...40 heures, voire plus ..., à l'instar des ...40 ans, voire plus, que son Premier Ministre François Fillon a eu le courage de mettre en place par étapes pour le départ à la retraite à taux plein...
(*) Rapport du Sénat - http://www.senat.fr/rap/l97-279/l97-279.html