Réflexions sur l'actualité en tous genres.
En cette année 2010, et en particulier à l'occasion de la "Fête de la Victoire" du 8 mai, la presse écrite et télévisuelle a multiplié les études et reportages commémorant l'année 1940 ...Il y a de quoi surprendre ...Car la "Fête de la Victoire " se rapporte à l'armistice du 8 mai 1945 consacrant la défaite de l'Allemagne nazie, ...dont les troupes avaient réussi la percée de Sedan le 10 mai 1940 ...Autrement dit, on a célébré cette année une défaite de la France, alors que, depuis 1945, il était devenu traditionnel de ne fêter pour 1940 que "l'appel du 18 juin" du Général De Gaulle ...Et cette célébration de Mai 1940 n'a même pas l'excuse de se plier à une coutume "décadaire" consistant à fêter des évènements lors d'un "trentenaire", un "quarantenaire", plus souvent un "cinquantenaire", ...et, au-delà, une coutume "séculaire" pour un "centenaire", un "bi-centenaire", un "tri-centenaire", etc ...Pourquoi donc cette célébration de 1940 après 70 ans, alors qu'il n'y a même pas de mot pour qualifier cette période ?... Il y a là un problème de "conscience collective", comme si, après avoir célébré longtemps la "grandeur de la France" en cristallisant pour 1940 l'honneur qui lui est rendu par l'appel du 18 juin, ...on était maintenant obsédé par le sentiment de son "déclin" ...Le contexte actuel de crise économique débouchant sur une crise morale justifie-t-il cet intérêt pour le côté sombre de l'histoire, où on préfère les "faibles" aux "héros" ?...
En fait, dans l'Histoire de la France, ...1940 ...Qu'est-ce que c'est ?...
- Dans l'orde chronologique, c'est d'abord une affaire militaire ...Au début de l'année, il y a déjà 4 mois que la France et l'Angleterre ont déclaré la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, en réponse à son invasuin de la Pologne le 1er septembre précédent ...Et que s'est-il passé sur la frontière française ?...Rien, en dehors de quelques escarmouches ...Et il en est de même jusqu'en mai 1940 ...Toujours rien, même si par ailleurs les Français et les Anglais se distinguent à Narvik en Norvège, où l'Allemagne perd des navires de guerre qui lui manqueront ultérieurement pour son projet de débarquement en Angleterre...C'est la "Drôle de guerre" ...Et cette passivité, du côté de la France, est déjà une faute ...Car l'Allemagne a l'essentiel de ses troupes en Pologne à l'est, et Hitler n'a alors qu'une crainte, celle d'une offensive franco-anglaise à l'ouest ...Mais telle n'est pas la tactique de l'Etat-Major français : il a construit à grands frais la "Ligne
Maginot" - avec casemates, tourelles, canons ...et même des petits trains intérieurs - mais seulement à la frontière de l'Alsace-Lorraine, laissant à découvert la frontière belge ...Il est vrai que le Généralissime Gamelin a concentré ses troupes dans la nord de la France, prêt à fondre dans les plaines de la Belgique sur les allemands s'ils renouvelaient leur invasion de 1914 ...Malheureusement, le 10 mai 1940, les allemands passent par les forêts de la Meuse, réputées infranchissables, et Paul Reynaud, Président du Conseil depuis le 22 mars 1940, qui avait déjà déclaré "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts" a beau affirmer "La poche de Sedan sera colmatée" ...elle ne l'est pas ...Elle l'est d'autant moins que le général allemand Gudérian a concentré ses forces sur ce point où les Français n'ont qu'une troupe de couverture, reprenant la stratégie classique de ...Napoléon 1er (cf Austerlitz), et y a regroupé ses blindés, appliquant la tactique vainement proposée alors en France par un colonel inconnu ...Charles de Gaulle. Les Allemands foncent alors vers la Manche, enfermant l'armée française qui est faite prisonnière, une partie de l'armée anglaise réusissant à ré-embarquer à Dunkerque ...Et c'est la débandade en France, où la population du Nord, de l'Est et de la Région parisienne s'enfuit vers le Sud, dans un lamentable "Exode"...
- Cela devient alors une affaire politique : Paul Reynaud ne manque pas de courage et, mal informé de la situation militaire, il espère encore enrayer l'offensive allemande et devenir un nouveau ..."Clémenceau", c'est-à-dire un "Père la Victoire" ...Mais Paris est occupé et le gouvernement doit fuir à Bordeaux ...qui est également menacé ...Ses collaborateurs lui conseillent de se réfugier en Afrique du Nord pour continuer la lutte, notamment De Gaulle qu'il a nommé "Général de Brigade à titre temporaire" (ce qu'il restera...) et Sous-Secrétaire d'Etat à la guerre le 2 juin 1940, avant de l'envoyer en Angleterre auprés de Winston Churchill, pour étudier ...un projet d'union entre l'Angleterrre et la France...Finalement, conseillé par sa
propre compagne, il préfère démissionner et laisse la place au Maréchal Pétain, partisan d'un armistice ...qui est finalement signé le 22 juin dans le wagon de Rethondes qui avait servi à la capitulation allemande en 1918 ...On connait la suite...Les Français, désemparés, dont beaucoup sont des réfugiés sans toit et sans ressources, sont soulagés ...d'autant plus que Pétain, auréolé de son prestige de vainqueur en 1918, sait prononcer des paroles rassurantes de sa voix chevrotante: "J'ai fait à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur...En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes... ...C'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat"... Peu nombreux sont ceux qui savent qu'il est un partisan de la "Révolution Nationale" ayant voulu corriger les effets du Front Populaire de 1936 qu'il juge responsable de la défaite ...Très peu de Français ont alors entendu
l'appel d'un inconnu, le Général de Gaulle, le 18 juin 1940 à la BBC de Londres; à l'instigation de Winston Churchill qui, à défaut d'une personnalité plus éminente comme Georges Mandel ou Jean Monnet (qui préfère alors émigrer aux Etats-Unis...) voit en lui "l'homme du destin" : "La défaite est -elle définitive ? Non ! ...Rien n'est perdu pour la France ...Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir la victoire. Car la France n'est pas seule ...Elle a un vaste empire derrière elle ...Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France, cette guerre est une guerre mondiale ...Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas "...Plus tard, une affiche sera diffusée avec la mention initiale :" La France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre !"
Et c'est ainsi que 1940 , d'abord symbole de la défaite, deviendra plus tard - après 4 ans d'occupation et de privations - le symbole d'un futur renouveau...
Sources :
- Le Monde - Hors-série - Mai-juin 2010 - 1940 "La débâcle et l'espoir"
- Revue L'Histoire - Avril 2010 - "Autopsie d'ine défaite - France 1940"
- Les Années 40 - Editions Tallandier/Hachette 1978
- Souvenirs personnels