Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Cette préoccupation de la mort reste évidemment "latente" dans l'humanité actuelle, mais elle n'a plus la même importance dans la mesure où elle est moins "présente", en particulier dans les pays dits développés comme la France... En effet, jusqu'au 19ème siècle, la mort était partout en raison des difficultés de l'existence (épidémies fréquentes, soins insuffisants, disettes, guerres, etc...), alors qu'elle a reculé depuis le 20ème siècle, en dehors de l'exception majeure de 2 guerres mondiales : mortalité infantile abaissée de 26 % à 0,7 % de l'ensemble des décès, mortalité adulte (10 à 65 ans) passant de 36 à 14 %, la contrepartie étant naturellement l'accroissement de la mortalité des "vieux" de 37 à 85 %... Et l'espérance de vie ou sa durée moyenne est montée de 40 ans au 19ème siècle à 76 ans en 2000 (+ pour les femmes, - pour les hommes)... Les exemples de centenaires étaient naguère rarissimes (exemple célèbre de l'écrivain Fontenelle 1657-1757)... On avait d'ailleurs autrefois une conception plus ...jeune de la vieillesse : les "sénateurs" romains (du latin "senex" =vieux) pouvaient être désignés à 40 ans... et "La femme de 30 ans" de Balzac avait déjà "un certain âge"... tandis que maintenant on est "officiellement" vieux à 65 ans...
Cette prolongation de la vie ou "longévité" est liée aux progrès de la médecine et de l'économie, et elle tend à se généraliser sur la planète puisque l'écart d'espérance de vie entre les pays "riches" et les pays "pauvres" s'est réduit de 25 ans (1950) à 11 ans (2000)... Il s'agit là d'un bienfait indiscutable, mais il n'en est pas moins vrai que ce bienfait a des conséquences dont l'autorité publique, notamment en France, doit prendre pleinement conscience : il ne faut pas, en effet, qu'à l'instar du problème des retraites, prévisible dès le "baby-boom" de 1945-1950 mais non résolu 50 ans plus tard, on ne se prépare pas à remédier aux effets de la longévité, voire même qu'on agisse dans le sens contraire... L'imprévoyance serait d'autant plus coupable que les savants ayant naguère établi que la durée de la vie humaine pouvait atteindre au maximum 120 ans sous réserve du respect de certaines règles de santé... n'excluent plus que les humains (notamment les femmes...) puissent atteindre 150 ans... et même davantage s'il devient possible de ralentir le processus biologique... Or les conséquences de la longévité sont multiples :
-1. La 1ère conséquence sera démographique, car l'équilibre des âges de la population va être modifié : la répartition actuelle relativement équilibrée entre jeunes (23,6 %), adultes (54,6%) et vieux (21,8 %) est appelée à "vieillir par le haut" puisque le nombre des vieux doit "mécaniquement" augmenter (par projection : 37,5 % en 2050), au dépens des deux âges précédents... Et parmi les vieux, les "vieux-vieux" (+ 75 ans) vont dépasser le nombre des "jeunes-vieux" (65 à 75 ans)... Quant aux centenaires, qui étaient environ 100 en 1900, 200 en 1950, 1000 en 1970, 4000 en 1990, 17.000 en 2007, ils dépasseront 60.000 en 2050...
-2. La 2ème conséquence sera d'ordre familial et "sociétal" : alors qu'au début du 20ème siècle, on ne connaissait pas toujours ses grands-parents..., désormais il arrive souvent qu'on connaisse ses bisaieux et trisaieux...et pourquoi ne connaîtrait-on pas des quadri-aieux en 2050 ?... Il en résulte déjà qu'on n'hérite plus vers 30 ans, comme naguère, mais au-dela de 50 ans, et parfois même l'héritage se transmet de "vieux-vieux" à "jeunes-vieux"... Et cela ne peut que contribuer aux difficultés d'installation des générations plus jeunes : l'achat d'une maison ou d'un appartement, même à crédit, leur est d'autant plus difficile que beaucoup de logements restent plus longtemps occupés par les vieux, ce qui est une des raisons de la crise continue du logement et du renchérissement de l'immobilier...
-3. La 3ème conséquence est économique : il y a d'abord la crise des retraites, car l'équilibre déjà difficile entre les recettes venant des cotisations des "actifs" et les dépenses dues au paiement des pensions ne pourra que se rompre si les bases actuelles de calcul sont maintenues - Référence chiffres INSEE pour la France :
Avant 2006 : 35.860.000 cotisants - 10.035.000 pensionnés
Janvier 2006 : 33.120.000 cotisants - 12.770.000 pensionnés
Projection 2025: 27.772.000 cotisants - 18.357.000 pensionnés
Et de surcroît, il y aura encore et toujours les difficultés de la Sécurité Sociale, qui ne pourront que s'aggraver en raison de l'augmentation inévitable des dépenses de santé avec un plus grand nombre de vieux, notamment ceux atteints de maladies "dégénératives" (Alzheimer... environ + 100.000 par an actuellement)
-4. Une dernière conséquence (moins perceptible) est de nature politique en raison du vieillissement du corps électoral... On parle déjà de "l'irrésistible essor du pouvoir gris" ou du "vieillissement de la démocratie"... Or les analyses des scrutins anciens montrent qu'en moyenne (ce qui n'exclut pas les écarts...) les vieux votent plus "conservateur"... Voilà qui donne à réfléchir sur l'équilibre nécessaire entre les générations dans l'exercice des institutions...
Afin de remédier aux conséquences fâcheuses de la longévité sur l'équilibre social, il est donc déjà urgent d'envisager dès maintenant des solutions dont l'application demandera du temps :
- Il faut évidemment éviter toute solution qui pourrait engendrer un "conflit de générations", notamment celles heurtant la morale comme toute formule d'élimination plus ou moins discrète des "vieux", en particulier les malades pour lesquels certaines émules des nazis imaginent le recours à l'euthanasie... Mais inversement il faut réfléchir à toute formule permettant d'assurer aux jeunes - et d'ailleurs aussi aux femmes appelées à être beaucoup plus nombreuses que les hommes - une juste représentation dans la gestion de la société...
- Il est certainement illusoire d'espérer une reprise de la natalité... La remontée actuelle du taux en France n'est certainement qu'un épisode passager lié surtout à 'immigration... Ou alors il faut encourager l'immigration, surtout à partir des "pays en voie de développement"... mais une telle immigration devra être contrôlée pour ne pas aboutir à la formation de "communautarismes" néfastes à l'identité nationale, à moins qu'on ne préfère à l'avenir une France multiculturelle...
- Il faut surtout avoir le courage de remettre en cause les structures sociales : comme les jeunes seront proportionnellement moins nombreux, les "jeunes-vieux" devront continuer à travailler jusqu'à 70, voire 75 ans (sauf métiers pénibles...), car on connaîtra une situation inverse de la situation actuelle, le chômage faisant progressivement place à un manque "d'actifs"... Cela signifie qu'il faudra une politique opposée au courant actuel, où on pratique encore la retraite anticipée... De même, il conviendra de relever progressivement le taux des cotisations des "actifs", et comme il faudra éviter de rendre ce relèvement insupportable pour les "actifs", il sera nécessaire d'augmenter les salaires, ce qui suppose une participation plus grande des entreprises, au moins de celles réalisant des bénéfices au delà de quotas fixés par des conventions collectives...
- Il faut enfin prévoir les structures nécessaires pour l'accueil des vieux - en priorité les ..."vieux-vieux" - en multipliant les maisons de retraite médicalisées dans un cadre légal évitant les spéculations sur leur "rentabilité", et en développant les services d'aide à domicile, si les "vieux" concernés préférent et peuvent rester chez eux, ce qui est humainement compréhensible...