Réflexions sur l'actualité en tous genres.
Depuis déjà un demi-siècle, les élèves ont été admis à participer aux divers conseils des établissements secondaires, et ils y ont souvent apporté des avis pertinents, sortant du cadre ancien de la soumission de "l'enseigné" par rapport à "l'enseignant"...
Il est donc intéressant de relayer le témoignage apporté dans le journal Le Figaro du 1er novembre 2012 , par le jeune Jean-Baptiste Lucq, élève de Terminale "L" au Lycée Saint-Jacques de Compostelle de Dax, sur l'enseignement de l'Histoire ...Il s'agit d'une "libre opinion", et l'appartenance de cet élève à un établissement privé comme la parution de son témoignage dans le journal Le Figaro n'ont aucune signification politique...
"L'Histoire à l'école fait débat: Historiens, penseurs de renom et politiques se sont exprimés sur le sujet, mais jamais les principales victimes. Aujourd'hui, simple représentant d'une jeunesse désenchantée, je considère que la bêtise de son enseignement est idéologique. Notre histoire subit une épuration scandaleuse et inacceptable. Exemple : Napoléon. Le perdant qui a su sublimer son histoire pour devenir un mythe victorieux, le fondateur de la France moderne, l'homme du Code Civil, de la Banque de France, de la Légion d'Honneur, des Préfets, de la Cour des Comptes, la légende qui marqua la littérature du 19ème siècle et dont les récits et les exploits formèrent le livre de chevet du jeune Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir, le génie militaire qui remporta presque toutes ses "40 batailles rangées", n'est réduit qu'au rôle de simple tyran esclavagiste et sanguinaire ...ne représentant qu'une partie optionnelle de nos programmes. L'hécatombe est immense : Louis XIV, Clovis, Louis IX, François 1er, Jeanne d'Arc, Charles Martel, Richelieu et bien d'autres voient leur tête tomber sous le couperet de la sacro-sainte pensée unique . Mais si les personnages souffrent, que dire des évènements ? Tandis qu'on s'étend sur les empires africains, on oublie le Moyen-Age et le génocide vendéen. Mais la plus grande victime reste la guerre. Elle n'est enseignée que de notre point de vue moderne, pacifiste et antimilitariste, sous l'angle de la violence, de la déshumanisation, des massacres de civils et des génocides. On en oublie les grandes batailles et les armées. Pour la 1ère Guerre mondiale, on évoque succinctement Verdun. Les maréchaux passent à la trappe, ainsi que la Marne, la Somme et le Chemin des Dames. Quant à la 2nde Guerre mondiale, hormis Stalingrad, adieu la Blitzkrieg, la bataille de Moscou, El-Alamein, Bir-Hakeim, Koursk, la bataille de Normandie, la bataille des Ardennes, Okinawa, l'Afrika-Korps ou la bataille de Berlin !
Dans un pays en pleine crise identitaire, il est criminel de couper un peuple de son histoire. Les évènements ne sont plus remis dans leur contexte. L'Histoire de résume ainsi à une auto-censure ciblant les erreurs que la France a pu commettre envers certaines minorités mises en avant par le politiquement correct.
Or, pour que cette matière soit attractive, il faut la rendre vivante. Par ailleurs, les méthodes de travail de l'historienne peuvent être adaptées à notre jeunesse. Quand l'historien doit penser, l'élève, lui, doit connaître. Grosse différence ! En ce moment, dans mon lycée, nous étudions les mémoires de la 2nde Guerre mondiale. On demande à des élèves qui, pour la plupart, n'ont pas acquis les fondamentaux de la guerre, d'étudier et d'analyser les mémoires (notion complexe) des différents courants de pensé et partis politiques d'après-guerre? C'est comme demander à un maçon de faire une maison sans brique ni ciment !
Il est fait quasiment abstraction de la chronologie qui est la base de l'histoire et de sa compréhension. L'Histoire est une chaîne dans laquelle chacun des maillons est lié. Sans causes, pas de conséquences ; sans Révolution, pas de Napoléon ; sans Napoléon, pas de Restauration, ni de 1830 ou de Louis-Philippe et donc pas de 1848 ni de 2nde République, de Send Empire, de Sedan, de 3ème République, de 14-18, etc ...Est-il possible comprendre un roman en sautant des chapitres ?
C'est justement ce grand roman national qu'il faut ressusciter. Revenons à Malet, à Isaac et à Bainville. C'est la meilleure façon de connaître et de faire aimer l'Histoire. L'un des plus beaux exemples du succès de "l'Histoire-roman", c'est Max Gallo et ses livres qui nous l'offrent . Parce qu'il nous met au plus près des personnages, nous raconte une histoire fascinante, de César à la 2nde Guerre mondiale en passant par De Gaulle.
Cessons de vilipender nore Histoire. Ne rouvrons pas les vieilles blessures. Voyons-y plutôt une chance. Notre héritage historique est-il à ce point lourd qu'il faille en occulter certaines pages ? Que dire alors du passé de l'Allemagne ou de la Russie ? Leur Histoire n'est-elle pas plus tragique que la nôtre ? Oui, mais les petits Allemands et les petits Russes apprennent leur Histoire telle quelle, car, même si elle n'est guère plaisante, elle est constitutive de leur identité. Notre Histoire doit être un puissant levier de cette unité dont notre peuple désorienté a besoin. Au lieu de répondre aux débats actuels par le matraquage de nore passé, servons-nous de celui-ci, et des personnages qui l'ont bâti, comme d'un exemple. Napoléon ne pourrait-il pas être un modèle pour les jeunes de nos banlieues, qui ne se sentent pas Français ?
Il faut raconter notre Histoire avec fierté et amour. Ce roman doit être facteur d'assimilation et non de division. Ernest Lavisse avait très bien résumé les choses sur la couverture de son fameux manuel : "Enfant, tu dois aimer la France parce que la nature l'a faite belle et parce que son Histoire l'a faite grande !"...
Evidemment, on entend déjà les esprits forts "philosopher" sur la guerre, un peu trop donnée en exemple dans ce témoignage, "crier" à propos de l'identié nationale, ...ou "rigoler" de l'évocation de Lavisse en pensant aux élèves d'origine étrangère à qui on ferait ânonner : "Autrefois, notre pays s'appelait la Gaule, et ses habitants les Gaulois "...Mais ce témoignage aura au moins le mérite de faire réfléchir sur l'Histoire, qui n'a pas de caractère rétro-actif, et dont le passé ne peut pas être considéré avec les critères actuels, qui n'auront qu'un temps ...