Réflexions sur l'actualité en tous genres.
N'en déplaise à Jean-Jacques Rousseau, l'homme n'est pas naturellement bon, et il n'a jamais assuré l'égalité dans la société ...Au contraire, il a le plus souvent cherché à s'enrichir, c'est-à-dire à acquérir des biens sans les limiter à ses besoins ...En France, le journaliste François de Closets a naguère dénoncé cette soif de richesse dans ses livres "Toujours plus !" (1982) et "Encore plus !" (2006), faisant écho à ...Jésus-Christ qui, il y a deux millénaires, au nom de "l'amour du prochain", c'est-à-dire de la solidarité, condamnait la richesse, selon l'Evangile de Saint Marc (Ch.10-V.23) en proclamant "qu'il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu"...
En fait, cette soif de richesse a marqué toutes les périodes de l'Histoire dans l'ensemble du monde ...Quel que soit le régime politique, et même si celui-ci avait un caractère "populaire", les "riches" ont toujours assuré ou défendu leur prééminence ...Dans l'Antiquité, la "démocratie" athénienne était pratiquement un gouvernement des "propriétaires" ...comme à Rome, la "république" était l'affaire des "citoyens" ...Au Moyen-Age, la socité féodale est dominée par les "seigneurs" possédant les châteaux , ...et ensuite les "marchands" ou "bourgeois" dirigent l'économie dans les villes ...Pendant les Temps modernes, du 16ème au 18ème siècle, l'Ancien Régime repose en France sur les "Privilégiés" ...Et l'abolition des privilèges lors de la nuit du 4 août 1789 n'empêcha pas le reconstitution au 19ème siècle d'une classe dominante de "capitalistes" - encouragée par le pouvoir (cf Guizot : "Enrichissez-vous!") - contre laquelle se dresseront les "socialistes" ...De même, au 20ème siècle, l'instauration du "communisme" en Russie et dans les "démocraties populaires" suscita la naissance d'une "nomenklatura" qui, après la chute du "Mur de Berlin" (1989), induira l'éclosion d''un certain nombre de milliardaires, à l'instar de ceux qui se multiplièrent dans les pays dits "libéraux"...
Car des milliardaires - c'est-à-dire les plus riches des ...riches - il y en a partout, et de plus en plus, dans le monde ...Divers rapports, en dépit de quelques discordances, situent leur nombre à environ 10.000.000 en 2011 ...Et leur répartition suivant les pays est significative, car elle prouve qu'il n'y a pas de correspondance nécessaire avec le régime politique (Chiffres 2007):
1. Etats-Unis : 3.019.000
2. Japon : 1.517.000
3. Allemagne : 833.000
4. Royaume-Uni 497.000
5. Chine 413.000
6. France 396.000
7. Canada 281.000
8. Suisse 212.000
(pas de nombre vérifiable pour l'Inde, la Russie et la Chine à cette date)
Dans le cas de la France, et quoi qu'en pense l'opinion courante, l'enrichissement ne cesse pas de s'accroître, en dépit d'un certain ralentissement pour cause de crise en 2007-2008 ...L'Observatoire des Inégalités révèle que "l'enrichissement " des 10 % les plus ...pauvres a été de 7,3 milliards d'€ de 1998 à 2008 - soit 2,78 % - tandis que celui des 10 % les ...plus riches a été de 82,8 milliards d'€ dans le même temps, - soit 31,7 %... On ne peut donc pas dire que, globalement, les pauvres sont devenus plus ...pauvres, même s'il y a des nuances à apporter dans le détail ...alors que les riches sont devenus plus ...riches ...Mais on peut néanmoins affirmer que l'écart entre les riches et les pauvres ne cesse de grandir ...Et cela suffit pour entretenir un sentiment d'injustice dans l'opinion, voire susciter grève ou révolte dans certains cas, par exemple si l'enrichissement résulte de suppressions d'emplois liées à des "délocalisations" et permet de verser des dividendes importants à des actionnaires...
Devant cette opposition latente à leur situation, les "riches" adoptent, en France comme dans les autres pays, des attitudes très diverses :
- La plupart cultivent la "discrétion" pouvant être résumée dans l'expression "Vivons riches, vivons cachés" ...Ils restent muets sur leurs revenus ...et n'apprécient pas la possibilité pour tout citoyen de consulter les rôles d'impôts ...Pas de vagues !...
- Néanmoins, certains éprouvent le besoin de "justifier" leur richesse, en affirmant que celle-ci contribue à la richesse du pays, et donc à la création d'emplois pour les autres ...C'est la théorie du "Trickle down", c'est-à-dire du "ruissellement", voulant que "la fortune ruisselle le long de la pyramide sociale et fertilise les autres couches successives sous forme de consommation et d'investissement" (sic) ...Le problème est que cette théorie a fonctionné en gros entre 1955 et 1985 (les Trente Glorieuses) où l'élévation du taux de croissance a permis un essor économique important et une restriction relative du chômage ...mais elle a été ensuite contredite en raison du ralentissement de l'économie de 1985 à 2011 (les Trente Piteuses) suscitant un accroissement exponentiel du chômage et une aggravation de l'inégalité dans la société...
- Plus rare est l'attitude des riches qui se sentent redevables envers la société ...C'est le cas aux Etats-Unis, pays paradoxal où le culte de la libre entreprise peut laisser de la place à la générosité : ainsi Bill Gates, le patron de Microsoft, a décidé de de distribuer 90 % de sa fortune aux bonnes oeuvres, et son concitoyen Warren Buffett, Président de la Bank of América, en prévoit 99 %, en affirmant pour le 1 % restant "qu'une personne très riche doit laisser suffisamment à ses enfants pour qu'ils fassent ce qu'ils veulent, mais pas assez pour qu'ils ne fassent rien" ...Mais en France ce n'est pas tellement le cas, puisque non seulement des familles célèbres préfèrent acheter des châteaux, des vignobles, des yachts ou des jets privés, voire financer des oeuvres artistiques ou des musées... leur permettant une déduction importante de leurs impôts, quand elles ne placent pas leur fortune dans des "paradis fiscaux" en Suisse ...ou dans les Antilles !...
C'est pourquoi, conscients du problème posé par l'inégalité des ressources et des moyens de les sauvegarder, les gouvernements - le plus souvent de "gauche", mais pas toujours ..;- ont voulu assurer une certaine "équité fiscale" ...Au début du 20ème siècle, il y a eu "l'impôt sur le revenu", avec des tranches prévoyant un paiement progressif suivant l'importance du revenu ...Mais, en raison du nombre d'exemptions, cet impôt n'est désormais payé que par une minorité de citoyens, devenant ainsi très inégalitaire, et il ne représente plus que 20 % des ressources financières ...Plus efficace est apparue la "Contribution Sociale Généralisée" (CSG), instituée par le socialiste Michel Rocard en 1990 pour le financement de la Sécurité Sociale et représentant 50 % des comptes nationaux, mais elle n'a de "généralisée" que le nom, sans pour autant combler le déficit - il est vrai, insondable - de la Sécurité Sociale ....Et il y a eu la création de "l'Impôt sur la Fortune " (ISF), particulièrement controversé dès sa création, dans la mesure où il a eu surtout pour effet d'entraîner une fuite des capitaux ..et de nombreux "riches" à l'étranger, le journal Le Monde ayant d'ailleurs écrit que "les milliardaires étaient ce que la France exportait le mieux"...De fait, les "évadés fiscaux" ont été 649 en 2005, 843 en 2006, 717 en 2007, 821 en 2008 (pas de chiffres recensés de 2009 à 2011) ...et le rendement de l'ISF n'a cessé de diminuer, passant de 4 milliards d'€ (seulement...) en 2007 à 3,2 milliards d'€ en 2009, ...alors que le nombre d'assujettis n'a cessé d'augmenter, passant de 281.000 environ en 2002 à 562.000 en 2010...C'est d'ailleurs la raison pour laquelle a été créé le "bouclier fiscal" par Nicolas Sarkozy en 2007 (Loi TEPA), en vue d'enrayer la fuite des capitaux nocive à l'économie ...Mais cette protection n'a pas manqué d'être interprétée comme un "cadeau aux riches" ...et il en résulte que l'ISF a été réformée, ce qui la rend encore plus inefficace ...et qu'une nouvelle taxe a même été instituée par l'Assemblée le 19 octobre 2011 sur les hauts revenus (3% au delà de 250.000 €, 4 % au delà de 500.OOO €) ...ce qui est loin de satisfaire l'opposition socialiste qui y voit - non sans raison - une mesure "électoraliste" en vue des échéances de 2012, le député Henri Emmanuelli remarquant : "Je veux bien que vous fassiez un numéro ...en disant "on taxe les riches" ..;mais en juin vous avez sorti la moitié des contribuables de l'iSF pour un coût de 1;8 milliard d'€ !"...Et effectivement, l'effort ainsi demandé aux "riches" est très timide, comparé à l'effort demandé en Grande Bretagne ou en Italie à cause de la crise (5 à 10 %) ...
Tel est finalement le dilemme : comment rendre juste la répartition de la richesse, et donc son imposition, sans tomber dans un excès d'égalitarisme ou inversement dans une aggravation des inégalités ?...Jusqu'à présent, en France, les gouvernements - de droite comme de gauche - n'ont pas trouvé la "solution-miracle" capable de rallier le plus grand nombre des citoyens, à défaut d'une unanimité impossible ...Et, de toutes façons, si cette solution existait, elle ne devrait pas être limitée à la France, ...mais faire l'objet d'une législation commune, d'abord au niveau de l'Europe, puis au nivau mondial ...On n'en est pas là !.. On en est même loin ! ...Les "riches" peuvent continuer à "vivre heureux", même si une maxime célèbre leur conteste ce droit, car "l'argent ne fait pas le bonheur" ...
Sources :
- Le Monde - Dossiers et Documents - N° 414 Décembre 2011
- Thierry Pech - Le temps des riches - Anatomie d'une Sécession - Ed. du Seuil
- www://inegalites.fr