Réflexions sur l'actualité en tous genres.
A nouveau, un crime odieux - commis par un criminel récidiviste ayant fait l'objet d'une libération anticipée sans contrôle - a remis en cause la justice française, au point que le Président de la République a ...jugé nécessaire de répondre à l'émotion populaire en critiquant le comportement des magistrats.
La justice étant exercée "au nom du peuple français", conformément à la Constitution de 1958, il est en tout état de cause légitime que le peuple français puisse demander des comptes à la justice, soit directement par voie de presse, soit par l'intermédiaire de ses représentants démocratiquement élus, ...et donc, à fortiori, le Président de la République qui, au titre de l'article 65 de la Constitution, préside le Conseil Supérieur de la Magistrature pouvant statuer en Commission Disciplinaire...
Toutefois, il est nécessaire que les magistrats puissent exercer la justice avec sérénité, c'est-à-dire avec une totale objectivité et sans la moindre contrainte extérieure - ce qui est symbolisé par une femme ayant un bandeau sur les yeux et tenant une balance et un glaive -
en application cette fois de l'article 64 de la Constitution prescrivant que l'autorité judiciaire est indépendante ..., cette prescription ayant d'ailleurs toujours été une règle constante dans toutes les Constitutions républicaines depuis plus de 2 siècles (1791 - 1848 - 1975 - 1946 ) suivant le principe de la "séparation des pouvoirs" élaboré au 18ème siècle par le philosophe Montesquieu et rappelé dans l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, selon lequel "toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution" ...Il est donc tout à fait regrettable que le Président de la République ait pu mettre en cause des magistrats publiquement - c'est-à-dire en prenant l'opinion à témoin - alors que, s'il estimait qu'il y avait eu "de graves dysfonctionnements" et "une faute", il lui appartenait, étant "le garant de l'indépendance de la justice", de saisir en qualité de Président le Conseil Supérieur de la Magistrature seul habilité à statuer sur la réalité d'une faute et éventuellement à la sanctionner.
Il n'en est pas moins vrai que les magistrats, même si la justice doit rester indépendante, ne doivent pas pour autant faire n'importe quoi...Et, en l'occurrence, la libération d'un criminel récidiviste au passé particulièrement chargé pose incontestablement un problème grave ...Un problème d'autant plus grave que les magistrats - par l'intermédiaire de leurs syndicats et dans des séances solennelles - ne se ...justifient qu'en invoquant une "surcharge de travail" due à un "manque de moyens" ...Certes, le nombre des magistrats n'est pas actuellement ajusté au nombre des délits et l'administration pénitentiaire n'a pas assez de places pour un nombre d'environ 58.000 détenus, mais on reste songeur en apprenant que 30 % de ces détenus sont en détention préventive - donc non encore jugés - alors que, par ailleurs, il y a environ 100.000 peines de prison non exécutées... et en apprenant aussi que des criminels sont régulièrement libérés à la moitié de leur peine - soit, pour la perpétuité consistant seulement en ...18 ans, un minimum de 9 ans - ...et encore que, le plus souvent, les récidivistes ainsi libérés ne font pas l'objet d'une surveillance et d'un contrôle de l'obligation de soins ... Que penser de telles dispositions devant le risque avéré de nouvelles victimes potentielles ?... Car la justice, en prononçant des peines, a l'obligation de veiller à leur application, ces peines ayant pour but de protéger les citoyens et non pas seulement de punir les criminels... Or certains magistrats vont plus loin encore en allant jusqu'à plaindre des coupables, parce qu'il ne leur paraît pas "humain" de laisser des gens en prison "sans espoir", à fortiori si ceux-ci manifestent une "bonne conduite" ...comme si cette bonne conduite - sincère ou intéressée - en prison avait quelque rapport avec la conduite dans la société...Comme le souligne un ancien Président de Tribunal de Grande Instance à la retraite (1), "il faut ré-apprendre aux magistrats à ne pas faire la charité avec le sang des autres"...
Il faut effectivement en finir avec ce comportement inspiré par un autre philosophe du 18ème siècle, Rousseau, suivant lequel "l'homme est fondamentalement bon" ...Non, l'homme n'est pas bon "par nature" ...il peut devenir bon ...comme il peut devenir mauvais ...pour des raisons complexes se rapportant à sa physiologie, à son milieu, à son éducation... Une étude scientifique (2) révèle que le cerveau humain peut comporter des anomalies et que des comportements ne sont donc pas toujours "volontaires" ...Effectivement, il y a des cas où certains individus ont la clairvoyance et le courage d'admettre leur "dangerosité" - notamment dans le domaine sexuel - et réclament eux-mêmes une surveillance, un traitement sanitaire, voire une opération... Autrement dit, il faut admettre qu'il peut y avoir des individus anormaux et que, dans certains cas, ceux-ci sont des "monstres", qu'il faut donc les mettre définitivement "hors d'état de nuire" ...Et comme "la peine de mort" a été abolie sans qu'il soit possible de la rétablir pour des raisons d'éthique, il n'y a pas d'autre solution qu'un "emprisonnement à vie"...Or, la justice a fait exactement le contraire, puisque les "mesures de sûreté" permettant de garder les criminels les plus dangereux dans des quartiers spéciaux des Centrales ont été supprimées en 1981...
La sérénité de la justice n'est donc pas seulement une question d'indépendance ...et encore moins une question de moyens ...Elle est surtout une question de réalisme, de bon sens, de discernement ...bref, de ...jugement.
(1) D. Gallot - Les Fossoyeurs de la justice - Ed.Albin Michel
(2) Revue Sciences et Avenir - Le Cerveau - N° 768 - Février 2011