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"Oeil pour oeil, dent pour dent"... En cette période de mise en cause de la justice en France, il est intéressant d'évoquer cette loi du talion qui passe pour une forme primitive de jugement...
On peut penser en effet que , "l'homme étant un loup pour l'homme" suivant le proverbe, il a dû dès son origine exercer un jugement de ses semblables, ne serait-ce que pour conjurer les vengeances personnelles, et qu'il leur a donc substitué la loi du talion...
Mais cette loi, contrairement aux idées reçues, est en fait déjà une forme élaborée de justice... Elle trouve son origine, d'après les historiens, dans le fameux code d'Hammourabi, instauré (vers 2000 av.JC) au nom d'un Dieu de la justice et établissant la règle de faire subir au coupable le même dommage qu'il a causé... Ce principe est repris dans la Bible, où il figure dans l'Exode (écrit vers le 8ème ou 7ème siècle av JC)... Mais déjà cette loi jugée sévère et aveugle est nuancée par une "tarification" : ainsi la loi juive prévoit en cas de vol la simple restitution, et si le voleur est insolvable, il peut être vendu comme esclave... Par contre la loi romaine prescrit de rendre le "quadruple", ce que n'ignore pas le publicain Zachée dans l'Evangile de Luc (19/1-10)... Plus tard, la loi des Francs dite "salique", appliquant le "Wergeld " des peuples germaniques, ira jusqu'à élaborer des "remboursements" adaptés à une "appréciation" des dommages parfois surprenante : par exemple 300 sous pour le meurtre d'un homme de 20 à 50 ans, mais 100 sous seulement si la victime avait plus de 65 ans... Dans une société troublée, où il n'y avait pas de justice "d'Etat", mais seulement des justices particulières (seigneuriales ou ecclésiastiques), il fallait empêcher le retour aux vengeances privées, et ces règles n'étaient pas toujours respectées... La "vendetta" corse est une lointaine survivance de cette situation...
Il n'en est pas moins vrai que cette "tarification" prévue dans la Loi du talion reste sous-jacente dans l'institution du Droit et l'organisation d'une Justice d'Etat avec la notion de "Dommages et intérêts"... Et elle se retrouve dans la vie quotidienne avec la notion de "Responsabilité civile" qui est le fondement même des "assurances" : chacun sait qu'elle donne même lieu à une "codification" précise dans le cas des accidents de la route...
Et au delà de ces considérations matérielles, la Loi du talion se maintient aussi dans "l'esprit des gens" et par conséquent dans "l'opinion" : n'est-ce pas le cas quand les familles des victimes - certes, sous le coup de l'émotion et sans l'impartialité nécessaire - crient à l'injustice parce que le criminel n'est pas, à leurs yeux, puni "à la hauteur" de son crime ?