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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 15:15

   L'Art est une activité humaine universellement reconnue, mais il n'en est pas moins difficile à définir en raison de l'extrême variété de ses formes dans l'espace et dans le temps, autrement dit au cours de l'histoire et suivant les pays.

 

   Cette activité a la particularité d'être liée à une "matière concrète", qu'il s'agisse de la toile ou des couleurs de la peinture, ...du bois, de la pierre ou du métal de la sculpture, ...de la brique ou du ciment de l'architecture, ...des vibrations sonores de la musique, etc ...Et elle se différencie à ce titre d'autres activités dites "intellectuelles" comme la philosophie, s'exprimant par des concepts ou des formules "abstraites" ...Toutefois cette opposition n'est qu'apparente, car "l'esprit" n'est manifestement pas absent de l'art, et la philosophie débouche souvent sur des réalisations concrètes ...D'ailleurs, ce rapport au concret n'est pas limité à l'art, puisqu'il est le propre de la plupart des métiers ...On parle "d'artefact" pour désigner ce qui est créé par l'homme et donc "non naturel", mais pour autant la "fabrication humaine" n'est pas toujours de l'art, même si parfois la distinction entre "l'artisan" et "l'artiste" n'est pas évidente...

 

   C'est pourquoi, à défaut d'une définition "globale", il est intéressant de savoir comment la "notion d'art" a évolué depuis les premiers temps de l'humanité :

 

   - Il y a d'abord les "vestiges" de la Préhistoire ...L'homme a déjà des "outils" qui le distinguent des animaux - pierre taillée, pierre polie, métal - mais il confectionne aussi des "bijoux" qui ne sont pas "utilitaires" et traduisent une élévation de sa pensée et de ses sentiments ...Et surtout il réalise des peintures rupestres - le plus souvent dans desCopie-de-260px-Lascaux-aurochs.jpg grottes abritées (ex : Lascaux) - que l'homme moderne a d'abord considérées comme "l'enfance de l'art " ...mais cette expression est excessive, car il n'est pas possible de juger du passé avec les conceptions du présent ...En fait, il apparaît que ces peintures traduisent une forme première de religion, cherchant à conjurer les forces auxquelles l'homme était alors confronté, notamment les animaux dangereux comme le taureau ou le lion... et une notion abstraite comme celle de la beauté lui était certainement étrangère...

 

   - Cette notion de beauté apparaît en effet à partir de l'Antiquité, à en juger par l'affirmation du philosophe grec Platon qui identifie l'Art à l'Esthétique, ... et à la définition du romain Quintilien qui considère l'Art comme "le système des enseignements universels, vrais, utiles, partagés par tous, tendant vers une seule et même fin", ce qui signifie que l'oeuvre d'art ne doit pas seulement être "belle", mais doit être perceptible par tous, et donc à contrario qu'il n'y a pas d'art si celui-ci n'est pas perçu comme tel Vinci-La-Joconde.jpgpar le plus grand nombre ...C'est dans cette optique que se placent toutes les oeuvres de l'Antiquité, et à leur suite toutes les oeuvres "représentatives" qui se sont multipliées jusqu'à l'époque contemporaine, de la Vénus de Milo ou du Parthénon d'Athènes au Radeau de la Méduse de Delacroix ...en passant par la Joconde de Léonard de Vinci ou le Château de Versailles de Jules-Hardouin Mansart ...On en arrive ainsi, du moins dans la civilisation dite "occidentale", à une notion d'Art fondée sur le concept d'un "beau" universel auquel tendent tous les artistes en utilisant des chemins divers que les historiens ont classés en "écoles" successives : roman, gothique, classique, romantique, impressionniste ...

 

   - Arrive l'époque contemporaine ...et avec elle, la notion d'art universel conçue en Occident s'effrite au contact des autres civilisations qui révèlent l'extrême variété desthumb.jpg réalisations artistiques à travers le monde ...Même si la colonisation occidentale conduit d'abord à prétendre apporter la civilisation à des pays jugés "primitifs", on en vient progressivement au 20ème siècle à considérer qu'ils ont élaboré un art "premier" dont l'importance est non seulement reconnue mais contribue au renouvellement de l'art occidental... On  en arrive ainsi à une notion non plus universelle mais "polystructurelle" de l'art...

 

   - Mais l'évolution de la notion de l'art ne s'arrête pas là ...car on passe alors de cette Picasso-1937--Dora-Maar.jpgnotion polystructurelle à une .."restructuration"...Car l'art, resté jusque là "représentatif" suivant le principe ancien d'être accessible au plus grand nombre, ...passe du "concret" à "l'abstrait"...Le jeu des couleurs l'emporte sur la forme des sujets...Déjà l'impressionnisme découpe la forme en petites taches de couleur... Puis le cubisme casse délibérément la forme, à ...l'image des portraits de Picasso, pour aboutir à un art où la forme n'existe plus, les tableaux n'étant plus que des jeux de couleursKandinsky-Composition-VIII.jpg purement imaginaires, comme ceux de Miro ou Kandinsky...L'artiste ne travaille plus que dans le rapport des couleurs, comme le musicien dans l'harmonie des sons ...Il ne cherche plus à satisfaire le goût du plus grand nombre, mais à trouver une inspiration correspondant à son goût personnel ...Mais au moins recherche-t-il encore le "beau": un tableau de Vasarely ou Mathieu reste séduisant, même s'il ne représente rien...

 

  - Or ce n'est plus le cas aujourd'hui ...car le dernier mode - ou la dernière mode ? ...- est désormais de considérer la recherche du "beau" comme "dépassée", voire "ringarde" ...et de se lancer dans une course effrénée vers la "nouveauté", quelle qu'elle soit...Il ne cherche même plus à "exprimer", et le spectateur n'a pas à "comprendre" ...Il doit apparemment s'extasier devant un tableau fait d'une seule couleur uniforme, comme le "Bleu" Klein, ...ou le dégoulis résultant de la projection de couleurs sur une toile ...des mécènes en mal de "modernisme" à défaut de goût ouvrant même des musées où, par exemple un cheval a la tête enfoncée dans un mur, tandis qu'on encombre le château de Versailles avec des poupées aussi  gonflables que saugrenues...

 

   Alors qu'est-ce que l'Art ?... Et où va-t-il ?...Cette interrogation n'est pas celle d'un provincial nécessairement attardé ...Elle est celle du philosophe Luc Ferry, ancien Ministre de l'Education Nationale, dont la "culture" ne peut pas être mise en doute et qui raconte plaisamment dans un article récent (*) :

   "Faisant part, l'autre jour, de ma perplexité au cours d'un dîner en ville, je glissais doucement, rasant les murs, qu'à mes yeux l'art devait garder un minimum de lien avec l'idée de beauté. L'éclat de rire général qui accueillit ma remarque, comme s'il s'agissait d'une bonne blague, acheva de me convaincre que j'étais encore mal tombé.

   Pourtant, ai-je plaidé, sans grand espoir, de tout temps et dans toutes les écoles, l'oeuvre d'art fut définie dans l'histoire de la pensée comme la belle incarnation d"une "grande idée" dans un matériau sensible ...à priori réfractaire à l'esprit : le marbre, le bois ou le bronze du sculpteur, la toile et la couleur du peintre, les vibrations sonores du compositeur...

   Avec l'art contemporain, cette référence au beau est devenue si désuète qu'elle prête à rire ...Désormais, c'est la rupture et l'innovation, la créativité pure et l'invention radicale, l'originalité et la table rase du passé qui sont mises en scène ...Si on pense l'oeuvre en termes d'innovation et de rupture avec la tradition, rien n'est plus génial que la haute culture du temps présent ...Si on la pense en terme de beauté, aucune période n'est plus misérable...

   ...La vraie question, à mes yeux, est plutôt la suivante : Qu'est-ce qui vient après ? Quel art sera capable à la fois de tenir compte des bouleversements inouïs vécus au XXème siècle sans pour autant s'obstiner dans la répétition morne et vide du geste pseudo-subversif de la rupture avec le passé ?...

   ...C'est sans doute dans le domaine de la littérature que les réponses commencent d'apparaître le plus clairement. On y sort enfin du nouveau roman, cet équivalent littéraire de la musique atonale et de l'abstraction : des  auteurs comme Philip Roth, Milan Kundera ou Gabriel Garcia Marquez sont réellement post-modernes : à la fois totalement de leur temps, absolument contemporains, et cependant classiques. Ils ont eu le courage de rompre ...avec la rupture, d'en finir avec l'obligation dogmatique de casser l'intrigue et la psychologie ...A quand l'équivalent pictural et musical ?..."

 

    A quand, en effet ?... Peut-être aux calendes grecques, ce qui serait  d'ailleurs un juste retour des choses ? ... En attendant, il faut bien constater que, pour le commun des mortels, c'est-à-dire le public essentiel, l'Art n'est plus dans l'art...

 

(*) Figaro du 29 juillet 2010 - Article dans la rubrique "Opinions" : L'Art contemporain est-il nul ?...

  

 

  

 

  

 

  

 

  

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Published by Jean Daumont - dans Arts
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commentaires

jacques 07/09/2010 11:16



Ah mais Cher JH, ne dites donc pas du mal de François Pinault, voyons.


Il a tellement mauvaise conscience de sa fortune, qu'il héberge gratuitement Bernadette et Jacques pour leurs vacances sur la Côte d'Azur.


C'est donc quelqu'un qui mérite bien de la Patrie, non ?


 


jf.



Jacques Heurtault 06/09/2010 20:32



Voilà bien un sujet on ne peut plus difficile ...


Je crois qu'il faut laisser chacun faire ce qu'il veut, à charge pour lui de vendre sa production artistique. s'il trouve des clients, c'est que la dite production es reconnue ...


Il est, par contre, essentiel que les artistes ne soient, en aucun cas, fonctionarisés par je ne sais quel mécanisme pervers. Il faut favoriser le mécénat, à condition de l'encadrer en volume
mais pas en contenu.


Il faut enfin faire rentrer les oeuvres d'art dans le patrimoine assujetti à l'ISF ... Ca devrait calmer certains "mécènes" qui ne savent plus très bien quoi faire pour éviter de payer de l'ISF.
Un certain François Pinault, par exemple!



Jean Daumont 06/09/2010 15:06



Merci de votre confiance ... Comme la nuit, les vacances ont porté conseil ...et m'ont convaincu que je ne devais pas, comme j'ai le tort de le faire en juillet dernier, me laisser impressionner
par des menaces contraires à la liberté d'espression ...Donc, fort de vos encouragements,  je repars, et ce ne sera pas ...de l'art "destructuré" !!!



Éric 06/09/2010 11:23



Moi Aussi !



jacques 06/09/2010 10:35



Content de pouvoir vous lire à nouveau, Cher Jean Daumont


 


jf.