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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 15:13

   La Commission Européenne a proposé le 2 juillet 2008 une directive nouvelle autorisant les patients à se faire soigner dans un autre pays européen que le leur sans autorisation préalable ...Il ne s'agit pas d'une mesure révolutionnaire puisque, déjà, au titre de la libre circulation des personnes, le droit d'accès à des "soins transfrontaliers" était garanti depuis une dizaine d'années dans l'espace de l'Union, et que, par conséquent, il y a déjà beaucoup de "tourisme médical", en plus des soins d'urgence donnés en cas de voyage ou de séjour à l'étranger ...Le fait nouveau est que, maintenant, les patients n'ont plus à faire l'avance des frais - parfois importants - , la prise en charge étant assurée par le pays d'origine en fonction de ses tarifs en vigueur...

   Il est évident que cette "libéralisation" va mettre directement en concurrence les systèmes de santé des divers pays européens, et que les clients potentiels vont donc être tentés de faire au niveau de l'Europe le choix du "meilleur rapport qualité-prix" en matière de soins qu'ils pratiquent déjà autant que possible dans leur propre pays ...L'exemple des cliniques dentaires de la Hongrie qui offrent aux clients des "forfaits" comprenant, outre les soins à la qualité reconnue, le transport, l'hôtel et même parfois ...des visites guidées, est très significatif ...Et les les services de santé nationaux risquent alors de subir rapidement le contrecoup de leurs insuffisances éventuelles ...Car la santé est - n'est-ce-pas - le bien le plus précieux de chaque individu, qui est donc prêt à faire éventuellement des sacrifices importants pour la conserver ou la rétablir ...Et, dans ce domaine, les Français ne sont pas les derniers ...et ils sont même les premiers en Europe , avec 11 % de leur PIB consacrés aux dépenses de santé...

   Quelle importance ? ...diront certains d'entre eux, convaincus que "la France a le meilleur service de santé au monde", sa réputation étant attestée par une brillante succession de savants ou de médecins éminents : Paré, Bichat, Laënnec, Bernard, Pasteur, Roux, Calmette, Guérin, Schweitzer, Lépine, Follereau ...Malheureusement, malgré cette conviction tenace, il n'en est rien ...car le système de la Sécurité Sociale mis en place en 1945 sous l'égide du Général De Gaulle et ayant alors représenté un progrès considérable et exemplaire, en assurant notamment la gratuité des soins pour le plus grand nombre, n'a pas cessé de se dégrader, et apparaît désormais à bout de souffle...

   La 1ère constatation - continuellement répétée depuis environ 30 ans - est le déficit chronique de la Sécurité Sociale - devenu même une référence ironique sous l'appellation de "trou de la Sécu" - malgré les réformes successives - en moyenne une tous les 2 ans - n'aboutissant le plus souvent qu'à des prélévements accrus sur les revenus des citoyens ...Si encore ce déficit (2 milliards d'euros en 2002, 8 milliards en 2007) servait à moderniser le service de la santé publique et à maintenir ou créer des emplois  à tous les niveaux (des médecins aux agents), on pourrait admettre son utilité et le combler sur le budget de la nation, au nom de la solidarité ...Mais - et c'est la 2ème constatation - le système est pratiquement en faillite parce qu'il n'est même plus capable d'assurer toujours la qualité des soins et de l'encadrement, notamment au dépens des couches sociales les plus défavorisées, puisque les couches les plus aisées peuvent recourir aux cliniques privées... Ce qui permet de parler de "médecine à 2 vitesses", car ce n'est pas seulement pour cause de "pénibilité du travail" que l'espérance de vie d'un ouvrier est actuellement inférieure de 7 ans à celle d'un cadre, et qu'il y a une grande disparité des bilans de santé d'un département à un autre...

   La tentation est alors forte de rendre les "professionnels de la santé" responsables des difficultés, et il y a d'ailleurs de plus en plus d'incidents entre eux et les familles des malades ...ou de recours en justice "à l'américaine" après l'échec d'opérations, ce qui entraîne une souscription coûteuse des médecins à des assurances, augmentant évidemment le prix des prestations médicales ...Mais un tel procès est injuste, même s'il y a parfois, comme dans toute profession, des incapables ou des "fumistes"...Car les professionnels de la santé sont les premiers à dénoncer la dégradation des conditions d'exercice de leur métier, notamment des professeurs aussi éminents que le Docteur Dubernard (cf : article dans le Monde du 28 septembre 2007 "Malade oublié, coûts explosés, inertie généralisée : le mal est connu" !) ...Et de fait, la situation n'est pas brillante :
   - Apparemment, l'équipement hospitalier est le plus dense du monde, avant même les Etats-Unis , avec environ 3000 hôpitaux et cliniques (soit en moyenne 30 par département), 700.000 "lits" (soit 1 pour 10 Français) ...mais c'est un faux-semblant, car 3000 postes de médecins sont vacants ou occupés (partiellement) par des médecins étrangers n'ayant pas toujours des diplômes correspondant aux normes françaises ...et, de même, le manque d'infirmières est tel qu'il faut en faire venir du reste de l'Europe ou de l'Afrique (dont viennent aussi, il est vrai, beaucoup de malades) ...Quant au personnel de service, leur nombre est notoirement insuffisant, l'application des 35 heures aidant ...Finalement la sécurité sanitaire est parfois mise en cause : les affections "nosocomiales" (infections post-opératoires) font chaque année 4000 à 5000 morts, soit plus que les accidents de la route !...
   - La Sécurité Sociale, en dépit des efforts de certains directeurs départementaux, comme en Loire-Atlantique, couvre par inertie ou négligence des abus manifestes des "administrés" : pléthore de médicaments - notamment les plus coûteux, pas toujours opportuns et et efficaces (antibiotiques) - soit en moyenne 4,5 par ordonnance, contre 0,8 dans les pays scandinaves ...Excès d'analyses de toutes sortes (examens du sang ou d'urine, radios, scanners, IRM, etc) ...Remboursements de transports (2 milliards d'euros en 2007)souvent injustifiés ...sans oublier la charge annuelle de 500.000 curistes qui bénéficient "d'insufflations de trompes", de "douches filiformes" ou autres "injections de gaz" pour le plus grand bien  ...des établissements thermaux...Et il vaut mieux ne pas évoquer les bienfaits de la CMU, notamment dans les départements d'outremer... Et que dire de la Carte "Vitale" qui, certes a simplifié les démarches des gens, mais a donné lieu à de nombreuses fraudes (60 millions d'euros par an) au point qu'elle va être remplacée par une nouvelle carte avec photo d'identité (devis : 160 millions d'euros), comme si on n'avait pas pu y penser plus tôt ...Après cela, à défaut de parvenir à réduire le remboursement des frais de maladies de longue durée (en raison d'une "levée de boucliers" justifiée !), il ne restera plus qu'à augmenter, encore et toujours, les cotisations des salariés et retraités...quitte, pour ceux-ci, à se rendre aux "urgences" pendant les week-ends, faute de trouver un médecin ou un service hospitalier disponible...

   Bien sûr, il peut paraître facile de "critiquer", et il convient donc de proposer des solutions ou du moins des "pistes de réflexion" :
   - Une solution - étroitement "financière" - consisterait à "fermer des lits" (sic), c'est-à-dire à réduire le réseau hospitalier de la France. C'est ainsi que, dans de nombreuses régions, des affaires éclatent en raison de la fermeture éventuelle d'hôpitaux locaux (ex : Carhaix en Bretagne) ou de certains services de ces établissements (ex :psychiatrie à Redon, également en Bretagne), car  le public aspire légitimement à des "soins de proximité" qui doivent primer sur une "rentabilité" peu acceptable quand il s'agit de la santé...
   - Une solution "humaine" doit donc consister à respecter ce souci de "proximité", au moins pour les services les plus simples et les plus courants (ex : les maternités, où l'urgence éventuelle n'est pas à démontrer). En contrepartie, pour les soins difficiles nécessitant des appareils coûteux et des médecns très spécialisés, il n'y aurait rien de choquant à mettre les hôpitaux en réseau en centralisant les services dans un hôpital bien situé et pouvant bénéficier de transports rapides (ambulances, hélicoptères)...
   - Mais une solution humaine restera impossible s'il n'y a pas un personnel de santé en nombre suffisant ...C'est assurément le problème le plus difficile, car il met en cause la formation scolaire et universitaire...Et comme il faut , après le Baccalauréat, au moins 7 ans pour former un médecin et 3 ans pour une infirmière, autant dire que le scandale de la santé n'est pas prés d'être résolu, d'autant moins qu'il ne faut pas seulement rattraper le retard, mais se préparer à l'afflux inévitable des personnes âgées dans les décades à venir en raison de la courbe démographique, notamment pour les soins et l'accueil des personnes dépendantes (800.000 malades d'Alzheimer en 2007)

   Tel sera l'enjeu de la Conférence européenne prévue les 13 et 14 octobre 2008 à l'Institut Pasteur de Paris...Une gageure, notamment pour la France !...

 

  

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Published by Jean Daumont - dans Médecine
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commentaires

Jacques Heurtault 10/07/2008 23:26

Une mine d'or qui est traversée par la crise de génération ... Que les groupes pharmaceutiques gagnent beaucoup d'argent ne me gêne pas. Cependant, la part des médicaments dans le budget de la Sécu (6%) montre que ces profits ne sont pas la cause du déficit de la dite Sécu ... C'est l'hopital public qui est à l'origine de ces déficits. Ils sont à peu près ingérables.

Daumont Jean 09/07/2008 23:52

  J'avoue avoir avancé l'exemple des laboratoires Roussel-Uclaf hâtivement, sans la moindre vérification que je m'impose habituellement....Qui n'a jamais péché... De toutes façons, même si ces laboratoires ont été intégrés au groupe Hoechst, lui même acquis par Sanofi-Aventis (!), cela ne fait que prouver encore plus que les médicaments sont une mine d'or, qu'on se dispute...

Jacques Heurtault 09/07/2008 22:55

Justement si! Roussel Uclaf est dans la débine puisque l'entreprise a .. disparu! Le siège social a été vendu au Conseil régional Ile de France; l'usine de Romainville a été, elle aussi, vendue ... Les deux autres (Neuville sur Saône et Vertolaye), je ne sais pas. Ca fait 20 ans que j'ai quitté le groupe ... Ce que je veut mettre en cause, c'est l'incroyable rigidité des 900 corps de fonctionnaires (900!). Je le vis quasiment tous les jours ... Ils ne comprennent pas qu'ils creusent leur propre tombe! J'en ai fait aujourd'hui même le constat! C'est tout simplement fou ...Annocez donc que les personnels hospitaliers vont devenir salariés de droit privé ... Vous allez voir la GIGANTESQUE levée de bouclier! Celle de La Poste, à côté, apparaitra comme une petite bibine!

Daumont Jean 07/07/2008 16:19

   Je comprends que vous puissiez être en désaccord avec mon analyse, car je n'ai assurément pas la "science infuse" et il est légitime que je puisse être parfois "recadré"...   Permettez-moi néanmoins quelques remarques :   1- Vous limitez l'analyse aux hôpitaux, alors que mon article parle de la "Santé en général", y compris donc la médecine libérale (ex:l'abus des médicaments)...   2- Votre vue des hôpitaux est un peu simpliste : Les médecins qui y travaillent ne sont pas tous des "fonctionnaires" et souvent, s'il y sont "salariés", ils ont aussi un cabinet privé ...y compris à l'intérieur de l'hopital (utilisation du matériel sans avoir à en faire l'investissement) et ils y font ce qu'ils veulent : je pourrais vous donner un exemple privé où un Professeur", avant l'opération, a demandé à son client une somme importante en espèces... même si je me garde bien d'en faire une généralité, faute de preuves...   3-N'exonérez pas aussi facilement les laboratoires de leur responsabilité dans le prix des médicaments... A ma connaissance, Roussel-Uclaf n'est pas dans la débine !...

Jacques Heurtault 04/07/2008 19:25

Je suis en relatif désaccord, voire, sur certains points, en total désaccord ...1. Quand on travaille dans un hôpital, on est ... fonctionnaire, au même titre que si on ést  ...policier, magistrat, agent des impôts, etc ... 2. La sous-productivité chronique liée, directement,, au mode de gestion lui-même (si caractéristique de toute la fonction publique!) est la cause principale du déficit dont l'origine n'est pas dans la soi-disant "cherté des médicaments qui enrichissent les laboratoires" mais dans la gestion des hôpitaux publics ...3. Oui, il y a sur équipement hospitalier en France. Oui, il est normal que le réseau soit correctement maillé selon les spécialités.4. L'hopital doit fonctionner pour les malades et non pour les personnels qui y travaillent. C'est tout comme l'Anpe qui doit fonctionner pour les demandeurs d'emploi et non pour les agents de l'Anpe.5. La rationalisation est considérablement freinée à cause du statut de la fonction publique dont bénéficient les agents. Essayez donc de faire muter un agent sur un autre poste, y compris dans le même hopital, si cet agent ne le veut pas! C'est impossible ... Tout comme à l'Anpe!