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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 16:19

   Depuis deux siècles environ, la vie politique de la France est marquée par l'opposition entre la "Gauche" et la "Droite" ...Et pour l'opinion courante, entretenue par une longue tradition éducative, il s'agit d'une opposition récurrente entre les forces du progrès et du changement représentées par la "Gauche" et les forces de la réaction et du conservatisme, représentées par le "Droite" ...En fait, dans l'histoire de la France, jalonnée durant cette période, de nombreux soubresauts - trois Révolutions abouties (1789, 1830,1848) et deux avortées (Commune 1871 et "événements" Mai 1968) - tout n'a pas été aussi simple...

 

   D'abord, il convient de s'interroger sur cette désignation de "Gauche" et de "Droite"...qui relève à la fois du hasard et du paradoxe :

   - le hasard, car cette désignation résulte d'une certaine improvisation ...En 1789, les députés des Etats Généraux , réunis en ...premier lieu par le Roi Louis XVI dans la Salle des Menus Plaisirs (!) du Château de Versailles - salle rectangulaire avec le Clergé et la Noblesse sur les grands côtés et le Tiers-Etat au fond - se retrouvent ensuite dans la Salle du Jeu de Paume quand le Clergé et la Noblesse décident de rejoindre le Tiers-Etat pour former l'Assemblée Constituante ...Déjà, pour faciliter les débats, une tribune est installée pour le Président et les orateurs, l'Assemblée elle-même s'installant en face sur des gradins ... Cette disposition est reprise quand l'Assemblée rejoint le Roi au Château des Tuileries à Paris après les journées d'octobre 1789, mais on ne distingue pas encore de "gauche " et de "droite", les groupes se différenciant de "haut" en "bas", la "Montagne" et la "Plaine" ou le "Marais"...C'est seulement en 1795, lors de l'installation du Conseil des Cinq-Cents au Palais-Bourbon, que la disposition en hémicycle est adoptée, les députés "progressistes" se regroupant "à gauche" de l'espace vu de la tribune, ce qui aurait donc pu être "à droite" du même espace vu du fond de la salle ...et inversement pour les députés "conservateurs"...Toujours est-il que l'usage s'est perpétué ...non seulement en France ...mais ensuite dans de nombreux autres pays du monde, la France ayant ainsi une fois de plus donné l'exemple (!)...

   - le paradoxe, car cette désignation est  ...contraire à la signification ancienne de la "droite" et de la "gauche" . En effet, depuis l'Antiquité, la "droite" avait toujours été considérée comme le "bon côté" : la Bible parle des "justes" placés à la droite de Dieu, la gauche étant la place des damnés ...Et une coutume populaire a longtemps considéré les individus "gauchers" comme des "a-normaux" et il n'y a pas si longtemps que les instituteurs - les "hussards noirs de la République" - frappaient avec leur règle les élèves s'entêtant à écrire de la main gauche ... Etre "droitier" permettait d'être ...adroit, tandis qu'être "gaucher", c'était être gauche, c'est-à-dire ...maladroit... Or, maintenant, qui oserait qualifier un homme de gauche  de maladroit et inversement un homme de droite ...d'être toujours adroit ? ...Quoique...

 

   Ensuite, le problème de la désignation de "Gauche" et de "Droite"  ayant été évoqué, sinon résolu, il reste à savoir si elle correspond à la réalité sociale du pays ... Car la France est une nation issue d'un peuplement très divers où les opinions ne se résument pas dans un choix simpliste entre deux courants :

   - L'échiquier politique a longtemps comporté sous divers régimes - et notamment sous la 3ème et la 4ème Républiques - un nombre important de "partis", dont l'audience a d'ailleurs varié : monarchistes, napoléoniens, républicains, libéraux, radicaux, socialistes, communistes, indépendants, etc ...certains se regroupant parfois en unions éphémères comme le Cartel des Gauches des radicaux et socialistes en 1924, le Rassemblement du Peuple Français en 1947 sous l'égide du Général De Gaulle, ou le Programme Commun des socialistes et des communistes en 1971, et il n'était pas toujours facile d'identifier la "Droite" et la "Gauche", certains partis ayant un courant de "gauche" et un courant de "droite" ...En fait, la distinction était moins dans la nature des partis que dans la politique pratiquée : la "politique de gauche" se caractérisait surtout par le "dogmatisme" (c'est-à-dire la volonté d'appliquer des théories pré-établies comme le marxisme), le"collectivisme" (au sens de la priorité de la société sur l'individu) et "l'égalitarisme" (ni riches, ni pauvres), l'égalité s'imposant, si besoin était, à la liberté ...La "politique de droite", elle, se définissait plutôt par le "traditionalisme" ( respect de l'héritage du passé), "l'individualisme" (à chacun selon son mérite) et le "libéralisme"(favorable à l'esprit d'entreprise), la liberté s'imposant à l'égalité jugée impossible ...Mais, pour autant, il y avait souvent confusion entre "gauche" et "droite", souvent pour des raisons électorales, la "gauche" au gouvernement faisant des concessions aux groupes sociaux censés être de "droite ", et inversement pour la "droite" quand elle était au pouvoir...Il en était résulté une grande instabilité politique, avec une véritable valse de ministères...

   - L'échiquier politique a été, il est vrai, simplifié à l'instigation du Général De Gaulle, avec la Constitution de 1958, qui a établi la suprématie de l'exécutif, et surtout par le référendum de 1962 instaurant l'élection du Président de la République au suffrage universel, avrc le choix imposé au 2ème tour des 2 candidats ayant eu le plus de voix ...Il en est résulté un rassemblement en deux "camps", qui n'ont pas été nécessairement la "Droite" et la "Gauche" (cas de Pompidou-Poher et de Chirac -Le Pen ...), même si cela a été le cas le plus fréquent (De Gaulle-Mitterand, Sarkozy-Royal...), de sorte qu'on parle plutôt de "Majorité" et "d'Opposition" ...La France a ainsi rejoint d'autres pays démocratiques comme l'Angleterre ou les Etats-Unis, qui avaient de façon pragmatique appliqué depuis longtemps un "bi-parties-system" ... Néanmoins, le système a montré ses limites en France, car, s'il a permis une alternance politique satisfaisante sur le plan démocratique, il a donné lieu aussi à des "cohabitations", quand la Majorité élue à l'Assemblée n'était pas celle qui avait élu le Président (Chirac 1er ministre sous Mitterrand, et inversement Jospin 1er Ministre sous Chirac) ...De l'avis des intéressés eux-mêmes, cela entraînait confusion et parfois paralysie ...même sil y a eu le plus souvent une collaboration loyale (exemple Mitterrand-Balladur), parfois plus cordiale qu'entre Présidents et 1ers Ministres du même bord (exemples de Pompidou-Chaban ou Mitterrand-Rocard)...Finalement la solution adoptée, couplant les élections présidentielles et législatives tous les 5 ans, peut limiter le risque de "cohabitation", mais sans l'éliminer totalement...

 

   Car il se trouve qu'en France  - héritière, comme chacun sait,  des Gaulois qualifiés par Jules César de "peuple instable et querelleur" - l'électorat reste volatile, et un gouvernement - de "Droite" ou de "Gauche" - n'est jamais assuré de sa continuité, surtout s'il a le courage de prendre des mesures impopulaires mais nécessaires à l'intérêt du pays, les citoyens privilégiant souvent leur intérêt personnel à court terme ...C'est ainsi que Lionel Jospin, alors 1er Ministre, échoue en 2002 dès le 1er tour de l'élection présidentielle en raison de la rigueur de sa gestion ...Et, bien entendu, on peut se poser la question du sort de Nicolas Sarkozy, s'il se représente en 2012, après avoir eu au moins le mérite de s'atteler au problème des retraites, éludé par ses prédécessseurs de "Droite" comme de "Gauche"...Lui faut-il se placer clairement à "droite", comme il est tenté actuellement de le faire en profitant des désaccords de la "Gauche", ou doit-il brouiller les cartes en confondant au gouvernement la "Droite" et la "Gauche", comme l'avaient tenté naguère  De Gaulle avec l'association "Capital-Travail", Giscard d'Estaing avec son "Centre", Chirac avec la "Fracture sociale" ... sans oublier Mitterrand, dont on a pu dire "qu'il avait eu une manière ...adroite d'être à gauche" ?...

  

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Published by Jean Daumont - dans Politique Intérieure
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Jean Daumont 05/12/2010 09:46



   Je suis de votre avis, ne serait-ce qu'en considération du fait qu'environ la moitié seulement des citoyens paie l'impôt sur le revenu ...Autrement dit, la France est un pays
"d'assistés"...


NB. J'ai consulté et apprécié votre blog... Je vais prendre le temps de la réflexion avant d'apporter éventuellement des commentaires.



Marcel Cacaud 02/12/2010 11:50



Je suis d'accord sur à peu près sur tout votre artice, cependant concernant la rigueur de Jospin, elle a surtout consisté à ne rien réformer, notamment les retraites,  alors qu'il avait des
marges de manoeuvre économiques économiques réelles à ce moment là.


Je dois dire qu'étant partisan du libéralisme économique, je ne suis pas enclin à émettre des jugements favorables à la gauche...et parfois malheureusement à la droite non plus surtout dans le
domaine économique !


Nous sommes dans un pays où l'on redistribue avant de produire ! Je n'ai rien contre la redistribution, qui me parait normale en démocratie (je suis un démocrate tocquevilien), à condition que
chacun fournisse les efforts nécessaires à la production de richesses.


Bien à vous,


Marcel CACAUD


*mon blog est à l'état d'embryon....